‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 29 sur 142 · LA MÉDECINE EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

LA MÉDECINE EN ÉGYPTE

Pour terminer ce tableau il convient de dire quelques mots de la médecine. Les Pharaons des premières dynasties s’occupent de l’art de guérir; on leur attribue des traités relatifs à ce sujet. De leur côté, les prêtres professent la médecine et la chirurgie dans des écoles annexées aux temples. Les progrès accomplis sont cependant peu rapides, la religion interdisant de disséquer les cadavres. De plus, le praticien est tenu de suivre servilement les indications de certains livres déclarés sacrés ; s'il s’en écarte et que le malade meure, on le poursuit pour homicide par imprudence 46.

la sportule romaine ( Papyrus de Leyde, I, 344, pl. VI, 1. 7 ; Papyrus Harris, dans Chabas, Rech. sur la XIXe dynastie). Sous la XIIe dynastie, un titre me paraît s’appliquer au fonctionnaire chargé de la part du Roi de cette répartition bienfaisante. »

45. Les réformes et les rêves d'un Roi philanthrope , par E. Révillout, Rev. Egyp., t. VIII, in-4 1898, p. 106 et suivantes.

46. Diod. de Sicile, I, § lxxxii; Legrand, La terre des Pharaons , ch. III; G. Maspero, Hist. a ne. des peup. de l'Orient , op. cit ., t. I, Les origines , ch. III, p. 215.

LES PEUPLES DE l’aNTIQUE ORIENT

Les médecins égyptiens jouissent néanmoins d’une grande renommée, à l’étranger. Hérodote (II, LXXXIV) prétend qu’ils ne traitent chacun qu’une sorte de maladie; les textes prouvent l’inexactitude de cette assertion. Les médecins s’occupent de toutes les affections, mnis il existe des spécialistes auxquels on s’adresse de préférence, selon la nature du mal. Aux bords du Nil, les maux d’yeux et d’intestins sont habituels et leurs modes de traitement occupent une place importante dans les papyrus, tel que le papyrus Ebers. provenant, selon toute probabilité, de la bibliothèque médicale du temple de Phat 47,on y trouve mentionnées la plupart des misères qui affligent les hommes, y compris la peste, au dire de Chabas 48.

La nomenclature des médicaments préconisés forme un vaste ensemble ; les trois règnes y apportent leur contingent : l’huile, le miel, le lait se mélangent avec les substances les plus étranges ; le fiel humain, par exemple, forme un collyre recommandé 49. Renfermés dans de petites boîtes à compartiments, les remèdes sont accompagnés d’inscription indiquant leurs propriétés : pour arrêter le sang ; pour ôter la douleur 50. Officiellement on distingue le médecin véritable du rebouteur , attaché au culte de Sokhit qui guérit les fractures, grâce à l’intervention de sa déesse et de Y exorciste, dont la mission est de chasser le génie mauvais, tourmentant le malade.

« La première idée d’un Égyptien, écrit Loret, est de s’adresser à un sorcier de profession, s’il ne réussit pas on se décide à recourir au médecin ; mais généralement les remèdes et les incantations marchent de front pour plus de chances de guérison. » Aussi les ordonnances ne sont-elles point délivrées sans formules magiques destinées à favoriser l'action des médicaments, si elles sont récitées selon toutes les données liturgiques, en élevant la

47. G. Maspero, ffist. anc., op. cit., t. I. ch. III, p. 215 ; Loret, L'Egypte au temps des Pharaons, in-12, 1889, ch. IV, p. 220. Ce papyrus a été publié en Allemagne par G. Ebers, 1 vol. in-fol., Leipzic, 1875, suivi d’un glossaire rédigé par L. Hern.

48. Chabas, Mélanges égyptologiques , in-8, 1862, § ni, p. 39.

49. Chabas, Notice du papyrus médical Ebers. L’Egyptologie, t. I, fasc. oct.nov. 1875. p. 183.

50. P. Pierret, Descrip. sommaire des salles du Musée égypt ., 1894, p. 85; Amelineau, op. cit., ch. Ier, p. 8 à 10.

la voix sur telle ou telle syllabe, en prononçant fortement telle ou telle imprécation 51 .

On a recours également aux amulettes. Une pierre memphite (aner-soptou) appliquée sur la partie du corps malade a, suivant la croyance populaire, le don de la rendre insensible 52.

De plus, comme la plupart des dieux des morts, Miritskro est une divinité généreuse; on s’adresse à elle dans les cas où la médecine ordinaire est impuissante, et ses clients consacrent par des ex-voto le souvenir de la faveur qu’elle leur a accordée 53. Enfin à Memphis, Imhotep (l’Imouthès des Grecs) est le dieu de la médecine et se voit invoqué en cette qualité 54.

Il convient d’ajouter que jusqu’ici les papyrus et les inscriptions ne fournissent aucune donnée sur les secours que les malades pauvres peuvent, dans l’Egypte ancienne, attendre des personnes vouées à la carrière médicale.

En résumé, la connaissance des devoirs de l’homme envers la divinité et vis-à-vis de son semblable caractérise l’Egypte Pharaonique. Le droit en la vallée du Nil a son fondement dans la morale, « qui ne permet pas d’abuser de la force, de la situation sociale, du pouvoir résultant d’un titre, d’une dignité, d’une magistrature pour faire tort à quelqu’un, pour violenter les faibles, pour s’enrichir à leurs dépens 55 ». A l’exécution de ces règles est attachée la résurrection après la mort : et tout homme, fût-il esclave, pouvant devenir ainsi un Osiris, « cette déification suprême efface, suivant la remarque de E. Revillout, les inégalités de conditions dans la vie terrestre » ( Rituel cle Pamonth , p. 4).

51. Legrand, op. cit., ch. VIII, p. 221, 222 ; Chabas, Notice du papyrus Ebers , op. cit ., p. 178.

52. Alex. Max de Zogheb, L'Egypte ancienne , in-8, 1890, p. 97.

53. « La plupart des stèles consacrées à la déesse Miritskro la représentent sous forme de serpent. Tantôt c’est un serpent à tête humaine, tantôt c’est un serpent ordinaire... L’image du serpent vivant adoré. » (G. Maspero, Etude de myth. et d’arch. égypt ., t. II, 1893, p. 402-405.)

54. Loret, op. cit., ch. V, p. 255. On lit dans Diodore de Sicile (I, xxv) : « Selon les Egyptiens, Isis a inventé beaucoup de remèdes utiles à la santé; elle possède une grande expérience de la science médicale ; devenue immortelle, elle se plaît à guérir les malades ; elle se manifeste à eux sous sa forme naturelle, et apporte en songe des secours à ceux qui l’implorent. »

55. E. Revillout, La créance et le droit commercial dans l'antiquité , in-8, 1897, lre leçon, p. 3.

LES PEUPLES DE l'aNTIQUE ORIENT

Il est vrai que la pratique, et il ne saurait en être autrement, ne répond pas toujours à la théorie ; des souffrances, plus ou moins grandes, selon les époques, atteignent les classes astreintes aux métiers manuels. A côté de monarques philanthropes comme Haremhebi on trouve des oppresseurs violents ; mais cette antique civilisation sait proclamer bien haut et maintenir durant des siècles ces grands principes : l’égalité de la justice — les droits de la femme et de l’enfant — le maintien de la condition d’homme chez l’esclave — les obligations qu’imposent la richesse et le pouvoir — l’assistance due au prochain malheureux.

Ce sont là des titres qui ne peuvent être enlevés à ce Peuple et, dans l’histoire de la charité antique, ils lui assignent une place d’honneur.

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