‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 30 sur 142 · L’ASSYRIE. LA BABYLONIE · texte numérisé non relu

L’ASSYRIE. LA BABYLONIE

On connaît les luttes séculaires des populations habitant les contrées situées entre le Tigre, l’Euphrate et la Méditerranée; — l’accroissement rapide du grand empire assyrien ; — la rivalité de Ninive et de Babylone tour à tour conquises et dévastées ; — la chute de la première de ces villes sous Sin-Shar-Ishkoun et la restauration merveilleuse de la seconde au temps des Rois de la dernière dynastie chaldéenne.

Au point de vue qui nous occupe, étant donnée la rareté des documents spéciaux, il est nécessaire de grouper ces peuples et d'examiner la manière dont ils comprennent leur rôle à l’égard des faibles et des petits. Parmi eux les Assyriens ne vivent que pour la guerre ; lorsque l’épuisement de leur population ne permet plus les succès des champs de bataille ils disparaissent.

Partout la lutte est accompagnée de cruautés inutiles, de massacres, d’exécutions accomplies froidement après la victoire ; à chaque page de larges taches de sang souillent les annales de ces nations.

§ 1er. — Le mépris de la vie humaine.

« L’Assyrien ne se pique pas de douceur et ne se sent pas pénétré d’affection pour le prochain ainsi que T Egyptien prétend l’être ; il se montre obstiné, hautain, impitoyable aux autres et à luimême 56 ». Toutefois, lorsqu’il s’agit de leurs sujets, les rois montrent des sentiments humains. Assurbanipal invoque « Ningal, la déesse de gloire... la mère de la miséricorde qui parle pitié à Shamash, son premier-né ; celle qui rend agréable la parole de

56. Maspero, Hisi. anc. des peuples de l'Orient ; Les premières mêlées des peuples , ch. VI, p. 620.

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supplication » 57. La déesse Ishtar écoute également la prière des malheureux.

Un courtisan, dans une lettre adressée probablement à Assarhaddon, s’écrie : « Les grands dieux du Ciel et de la terre, au temps du roi, mon maître, les vieillards les prient. Les jeunes gens dansent. Les femmes chantent. Les jeunes filles apprennent avec joie l’œuvre des femmes. Elles enfantent ; elles mettent au monde des garçons et des filles. La génération est prospère. Celui que son péché à la mort a condamné, le roi, mon maître, le fait vivre. Celui que de nombreuses années on a tenu captif, tu le délivres. Celui qui de longs jours a été malade revient à la vie. Les affamés sont rassasiés, les affligés sont consolés 58 >>.

Ces éloges d’un solliciteur peuvent être vrais ; mais lors des guerres destinées à comprimer des révoltes ou à agrandir les royaumes, les souverains semblent s’ingénier à trouver de nouveaux genres de supplices. Les inscriptions, les sculptures retracent des scènes épouvantables dont ces contrées sont le théâtre .

Assur-Nazir-Pal 59, roi d’Assyrie, prend une ville : « J’en tuai, dit-il, un sur deux, et la moitié du reste fut réduite en esclavage... Ahirbal prisonnier assista au pillage de son palais, il vit enchaîner ses fils et ses filles... il vit écorcher vifs tous ses ministres et les principaux chefs de la rébellion ; une pyramide élevée à l’entrée de la ville fut tapissée de leur peau; quelques-uns furent murés dans la maçonnerie, d’autres mis en croix ou exposés sur des pals le long des côtés de la pyramide. J’en ai fait écorcher un grand nombre en ma présence. J’ai fait couvrir le mur de leurs peaux ; je fis des pyramides de leurs têtes et des trophés de leurs cadavres mutilés... 60 »

Devant une cité qu’assiège Téglath-Phalasar II sont dressés trois pieux, chacun supporte un cadavre ; pour terrifier les défen-

57. François Martin, Textes religieux assyriens et babyloniens. Transcription traduction et commentaire , in-8, 1900, p. 3.

58. François Martin. Lettres assyriennes et babyloniennes (Ext. de la Revue de l'Institut cathol. de Paris), in-8, 1901, p. 12.

59. Nous respectons, dans les fragments cités, l’orthographe adoptée par chaque auteur pour les noms des Rois. On sait que l’accord est encore loin d’exister à ce sujet.

60. Hist. anc. de l'Orient, par F. Lenormant, continuée par Babelon, t. IV, ch.V, § 2, p. 169-170.

seurs de la iilace, le Roi fait empaler, sous leurs yeux, les captifs tombés entre ses mains. Ailleurs, dans des bas-reliefs, les têtes s’entassent aux pieds des scribes qui les comptent afin d’en payer le prix 61 .

Des peintures égyptiennes montrent, il est vrai, le Pharaon tenant de la main gauche les chevelures réunies de plusieurs prisonniers de races diverses, tandis que sa main droite brandit une massue ; il s’agit ici d’une allégorie destinée à montrer l’étendue de la puissance du vainqueur; à Ninive, rien de pareil, les représentations sont la traduction de faits réels ; on voit les captifs attachés aux poteaux et écorchés ; on voit le Roi devant un malheureux enchaîné par les lèvres et lui crevant les yeux avec une flèche ; tels sont les actes dont ces monarques aiment à se glorifier. Un d’entre eux fait graver ce qui suit :

« Mes soldats parvinrent au sommet de Nistoun qui est comparable à un roc tombé du ciel... Je m’emparai de deux cent soixante combattants, je leur coupai la tête; je les mis sur des pals; leurs enfants je les écrasai sur les rocs des montagnes, comme des oiseaux qui sont encore au nid... Je m’approchai ensuite de la ville de Sour... je la châtiai... je construisis un mur devant les grandes portes... je fis écorcher les grands et je couvris le mur de leurs peaux, J’en fis murer quelques-uns dans le mur; j’en fis monter en croix d’autres sur le mur; j’en fis empaler d’autres le long du mur; beaucoup d’autres je les fis écorcher devant moimême... Je m’avançai sur Tiela.., j’emmenai les captifs,., je coupai aux uns les mains et les pieds, aux autres le nez et les oreilles 62. »

Les bas-reliefs de Tello (Chaldée) représentent des scènes de carnage ; des champs de bataille où les oiseaux de proie se disputent les membres dispersés des vaincus. La Bible ( Jérém ., LU) nous montre Nabuchodonosor prenant Jérusalem, après un long siège, faisant périr les fils du Roi Sédécias, en présence de leur père, et ordonnant de mettre à mort les personnages les plus considérables d’entre les Juifs.

6Î. G. Perrot et Ch. Chipiez, Hist. de Va rl dans V antiquité, t. II, ch. Ier, § vii, p. 106-107.

62. Jules Oppert, Hist. des empires de Chaldée et d'Assyrie , in-8, 1865, p. 77

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Les souverains d’Assyrie et de Babylonie se plaisent enfin à employer « le système de transplantations en masse des peuples subjugués ; ils tiennent pour plus assurée la soumission des tribus ainsi dépaysées 63 ».

Quant à la procédure criminelle en Assyrie elle est dure, et les peines ont un caractère atroce ; en dehors de la torture admise pour arracher les aveux des accusés, la peine de mort ne s’applique presque jamais sans des mutilations que l’Egypte ne connaît pas 64.

Néanmoins le culte des dieux à Ninive et à Babylone n’entraîne aucun sacrifice humain. Il n’en est pas de même au sein des peuples établis sur les côtes de Syrie 65. Là ce genre d’immolation forme le sacrifice par excellence. L’offrande consiste principalement en enfants nouveau-nés ; elle dérive de l’idée « du rachat de la vie du père par le meurtre de son premier-né : le rejeton qui élève la tête sur l’humanité, le rejeton pour sa vie il l’a donné ; la tête du rejeton pour la tête de l’homme il l’a donnée ; le front du rejeton pour le front de l’homme il l’a donné ; la poitrine du rejeton pour la poitrine de l’homme il l’a donnée... 66 ».

C’est également une manière de consacrer à la divinité les prémices de ses richesses. De bonne heure cependant on introduit le principe de la substitution , — le petit être est remplacé par un animal; «une pierre même destinée à devenir le représentant d'un sacrifice fictif et qu’on érige en l’honneur du Dieu 67 ». De là cette coutume formellement condamnée par les livres saints de consacrer ses enfants à Moloch ou à Astarté en les faisant passer par le feu en guise de lustration68.

63. F. Lenormant. Les premières civilisations, op. cit., t. II, p. 266.

64. F. Lenormant et Babelon, op. cit., t. V, liv. VI, ch. Ior, § v, p. 84.

65. Çes sacrifices d’enfants sont transportés à Carthage, colonie phénicienne, Diod.de Sicile, liv. XX,xiv ; Plutarq., De la superstition, §13 : « Çeux qui n’avaient pas d’enfants (pour les égorger aux pieds des autels) achetaient ceux des pauvres. »

66. F. Lenormand, Etud. Accad., t. II, 1874, p. 297, formule d’exorcisme, n° XXIII.

67. Berger, art. Phénicie, dans Y Encyclopédie des sciences religieuses, sous la direction de Lichtenberger, t. X, p. 523-545.

68. Certains Rabbins ont contesté l’existence de ces sacrifices trop nettement indiqués dans la Bible et les auteurs anciens pour être mis en doute. (Voir notre Histoire des Enf. aband. et délaissés, ch. Ier, p. 12 à 15.) « Maimonide ne disconvient pas du reste que l’usage de bi’ûler les enfants n’ait existé chez les anciens païens ; mais il distingue de cet usage barbare la cérémonie de la lustration qui

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