CHAPITRE II
Il Fa élevé à la qualité de son enfant. Il l’a inscrit comme son fils. Il lui a fait enseigner la science des lettres 76 ».
Tous ces petits abandonnés ne sont pas adoptés et d’autres fragments nous les font voir : « exposés à être mordus par les serpents du chemin » .
En ce qui concerne le traitement des maladies, Hérodote (I, cxcvn) raconte qu'à Babylone, faute de médecins, on transporte les malades sur la place publique ; les habitants s’en approchent, s’enquièrent de leur mal, et celui qui a ressenti des souffrances analogues ou a vu quelqu’un dans le même état aide le patient de ses conseils.
Ce récit est rejeté par la science moderne; il y a des médecins à Ninive et à Babylone 77 ; en Assyrie, leur nom est a-zu ; leurs fils sont, pense-t-on, élevés dans les temples avec les fils des prêtres et formés par un long apprentissage à la profession de leur père. Peut-être existe-t-il une école de médecine à Nippur, une autre à Borsippa, jointe à la célèbre école d’astrologie.
Ces médecins forment une corporation ; certains d’entre eux paraissent attachés à la personne des rois et habitent le palais 78 . Des textes récemment déchiffrés parlent d’ustensiles affectés à un usage médical, de bandages, etc. ; ils nous montrent ces praticiens lavant les plaies, appliquant des remèdes ; obligés d’étudier « les vertus des simples, la propriété des pierres » 79, pour soigner les nombreuses maladies 80 qui régnent dans ces contrées.
76. F. Lenormant, Etud. accadiennes , t. III, op.cit ., p. 167-168.
77. Consulter, sur ce paragraphe: Dumon, Notice sur la profession de médecin d'après les textes assyro-haby Ioniens, Journ. asiatique , neuvième série, t. IX, 1897, p. 315-376; Baron DrOefele, V or hippokratische Medizin westasiens Ægyptens etc., separatabdruck (p. 52 à 109) a us dem Handbuch der Geschichte der Medizin Iena, 1901.
78. « On s’adresse au roi pour lui demander un médecin : « la servante du roi, la femme Baugamelat, est fort malade... donc que le roi mon maître ordonne qu’un médecin soit désigné par mon maître, qu’il vienne, qu'il la voie. » Une autre lettre remercie le roi d’avoir envoyé à un malade un médecin qui l’a guéri. » (Dumon, op. cit ., p. 322).
79. « On possède les débris d’un vaste traité de médecine intitulé : Lorsque tu entres en la maison de ton malade, qui comprenait au moins 17 tablettes et plus sans doute et dont deux exemplaires étaient conservés dans la bibliothèque d’Assurbanipal. » (Dumon, op. cit., p. 325).
80. La lèpre; « l’ulcère mauvais»; l’hydropisie ; la folie; les maladies des viscères, du foie ; la paralysie ; « la dyssenterie mauvaise » ; « la tumeur qui gonfle »; « la peste qui déracine le pays », etc.
LES PEUPLES DE L’ANTIQUE ORIENT
Il ne faut pas néanmoins se dissimuler qu’il sont surtout tenus à connaître les rites de purification, les formules d’exorcisme, à être au courant des habitudes des mauvais esprits, à savoir évoquer des génies favorables, tout en discernant l’importance des jours fastes et néfastes, car les pratiques superstitieuses jouent le plus grand rôle à cette époque, et les médecins ont, auprès des rois, des concurrents redoutables en la personne des voyants , susceptibles de renseigner les malades « sur les maléfices possibles et sur les talismans ». En effet, toute atteinte à la santé est attribuée à l’action néfaste d’une des divinités inférieures et il faut détruire ce sort par des incantations appropriées 81 : «. l’ulcère... le démon de la tête... la maladie des entrailles... le poison malfaisant... la peste et la consomption qui déracinent le pays... la peste qui embrase l’homme comme une flamme... la peste qui courbe le malade comme un paquet... esprit du ciel conjure ; esprit de la terre conjure. Tourne ta face vers le soleil couchant et que par toi la peste malfaisante qui possède son corps aille se fixer ailleurs. »(F. Lenormant, Etudes accad., t. III, passim).
Il n’est pas surprenant, étant données ces idées, de voir la Ghaldée regorger d’astrologues, de devins et de nécromans. Il existe aussi des dieux préposés à la médecine : « le dieu Ninip et la déesse Gula ». Les déesses Gula et Ishtar président particulièrement aux accouchements 82 .
Dans l’état actuel de nos connaissances, les Syriens et les Babyloniens apparaissent comme des peuples religieux, enclins à la superstition, sachant respecter la personnalité humaine dans l’esclave et pratiquer l’hospitalité. Ils sont animés d’une réelle âpreté au gain ; l’usure ronge leurs villes et leurs campagnes (Oppert et Ménant, Doc. jurid. de l'Assyrie et de la Ghaldée , in-8, 1877).
Les rois se montrent envers leurs adversaires d’une cruauté
81. Pour ces peuples, la maladie était la conséquence d’un péché, d’une infraction même involontaire aux rites religieux (F. Lenormand, La magie chez les Chaldéens , in-8, 1874, ch. IV, § 3, p. 166; François Martin, Textes religieux , op. cit., Introduction, p. xvm et suiv. Voir aussi p. 15).
82. A Carthage il existe un dieu guérisseur, Esmun ou Eschmoun, adoré sous la forme d’un serpent (Berger, Encyclop ., op. cit., t. X, p. 543.
qui fait frémir ; quant aux prêtres de Babylone, Baruch (VI, 27) leur reproche de vendre les nombreuses offrandes faites aux dieux sans en rien distribuer aux malheureux.
Au point de vue spécial qui nous occupe, ces races semblent inférieures à leurs ennemis héréditaires : les Egyptiens.