Politique , liv. IV, ch. XIV
30. Apollon : « Sortez, je vous l’ordonne, ce n’est point ici que vous devez habiter, mais là où la justice punissant les assassinats, les avortements , les mutilations ordonne la torture et la mort » (Eschyle, Les Euménides, v. 179-195). — Les législateurs, dit le stoïcien Musonius, ont défendu aux femmes de se faire avorter et ont infligé des peines à celles qui n’obéiraient pas ; ils leur ont aussi défendu d’empêcher la conception et de se servir de drogues abortives ( Stobée , XIX, 177). Cité par E. Caillemer, art. Ambloseos graphè, du Dict. des ant. grecq. et rom., t. 1er, p. 225. — M. Caillemer rappelle aussi que : « dans les très anciens serments attribués à Hippocrate et exigés des médecins, ceux-ci s’engageaient à ne pas provoquer d’avortements. » On peut dire ici avec vérité : « Quid leges sine moribus ? vanæproficiunt ».Si les médecins s’abstenaient de ce crime, les sages-femmes suffisaient amplement à un pareil office.
31. Iliade, VI, v. 40-45; Odyss., IX, v. 40-41; Thucydide (Didot), I, xxix ; III, xxxvi, lxvi ; V, cxvi.
32. Iliade, VI, v. 455-488. Hector : « Un Grec chargerait Andromaque de fers et l’emmènerait sur ses vaisseaux, captive, désespérée ! Esclave dans Argos, tu tournerais le fuseau sous les lois d’une maîtresse impérieuse, mourant de peine et de misère ; tu porterais l’eau des fontaines... »
33. Euripide, Les Troyennes (Didot), v. 190-195 ; Euripide, Hécube, v. 357 et suiv. Polixène : « ... maintenant je suis esclave, ce nom seul méfait aimer la mort... je tomberais entre les mains d’un maître cruel... il me contraindrait à faire le pain, à balayer la maison, à manier la navette et à passer mes jours dans la douleur... »
34. « Achille s’endort auprès de la jeune Diomeda, fille de Phorbos, qu’il emmena captive de Lesbos. Patrocle repose avec la belle Iphis que dans Scyros conquise lui donna le fils de Pélée. » ( Iliade , IX, v. 662 et suiv.)
LE CITOYEN GREC CHEF DE FAMILLE
C’est ce triste sort que décrit le chœur dans une pièce d’Eschyle : « Hélas! qu’une ville prise d’assaut éprouve de malheurs... on n’entend que des rugissements, la mort enveloppe tout comme d’un filet. L’homme est massacré par l’homme, l’enfant blessé, ensanglantant la mamelle qu’il suçait, pousse des cris inarticulés... des jeunes filles qu’un autre sort attendait sont forcées de partager servilement la couche d’un vainqueur heureux, d’un ennemi triomphant 35... »
« Imaginez-vous un pareil désastre, s’écrie Eschine, figurezvous des murs renversés, des maisons réduites en cendres ; des mères et leurs enfants tramés en servitude ; des vieillards languissants et des femmes affaiblies par l’âge, privés à la fin de leur vie des douceurs de la liberté... 36 »
Ces massacres, ces coutumes sauvages, nous les trouvons partout, à toutes les époques de la civilisation hellénique 37.
Le fait si honorable de Bias rachetant des captives pour les rendre sans rançon à leur famille constitue une exception au milieu de ce règne brutal de la force 38.
En dehors même des guerres, les populations habitant les côtes ne sont jamais sûres du lendemain 39. Le métier de pirate n’a rien de déshonorant, l’idée de représailles à exercer, de butin à conquérir, enflamme les imaginations ; de légers navires sont frétés, on arrive à l’improviste, et bientôt des captifs, les fers aux pieds, sont emmenés au loin pour être vendus 40. Les pirates ne
35. Eschyle, Les sept chefs devant Thèhes (Didot), v. 320 à 369.
36. Eschine, Discours sur la couronne (Didot), § 157, p. 125.
37. Contentons-nous de citer: Diod.de Sicile, XII, lxxvi ; XIII, cxi ; XVII, xm ; Thucydide (Didot VII, xxix) raconte que les Thraces, au service d’Athènes, ayant surpris la ville de Mycalesso, en Béotie, se jetèrent dans l’école qui était fort vaste, les enfants venaient d’y entrer, iis les massacrèrent tous.
38. Diogène Laërce-Bias (Didot), liv. I, ch. V (5 à 8) ; Diod.de Sicile, frag., liv. IX, xm, p. 332. Afin de rendre le rachat des captifs plus fréquent, la loi donnait au rédempteur un droit de rétention sur le racheté, pour le recouvrement de ses avances.
39. « Comme la piraterie fut longtemps en vigueur, les anciennes villes, tant dans les îles que sur le continent, furent bâties loin de la mer, car les habitants des côtes, même sans être marins, exerçaient le brigandage entre eux et contre les autres. » (Thucydide, I, v et vii) ; Wallon, Hist. de l' esclavage dans l'antiquité , op. cit., t. Ier, p. 68.
40. Démosthène (Didot), Plaid. d’Apollodore contre Nicostrate , § 6, p. 655.