Xénophon (Didot), Revenus de VAttique, passim
clans de vastes ateliers, des fabriques d armes, des forges ; c’est là une source de richesses pour le père de Démosthène 54.
On rencontre également des esclaves appartenant à l’État 55, ce sont les Ayjîjloctici, ils remplissent souvent des fonctions inférieures, balayage, etc. A Athènes on les emploie aussi à divers métiers, au maintien du bon ordre ; ils forment alors des compagnies d’archers, assujettis à une discipline sévère. Quelquesuns deviennent des fonctionnaires subalternes. Leur condition est du reste toujours meilleure que celle des esclaves attachés à des particuliers, puisque, soumis à une personne morale, ils n'ont pas à craindre les caprices d’un maître 56.
Les Ilotes de la Laconie figurent, en quelque sorte, au nombre des esclaves de l’État ; ils labourent la terre pour le compte des Spartiates sans appartenir en particulier à aucun 57. L’histoire raconte mille traits de la cruauté avec laquelle on les traite ; des craintes qu’ils inspirent 58 et de la manière perfide dont les Lacédémoniens se débarrassent souvent de ceux qui, s’étant distingués à la guerre, paraissent plus dangereux 59.
54. Démosthène, Plaid, de N icobule contre Panténète ; — Premier plaid, contre Aphobos ; Eschine, Plaid, contre Trimarque ; etc.
55. Wallon, Hist. de l'esclav., op. cit ., t. Ier, p. 195 et suiv. ; Dict. d'antiq. grecq. et rom., t. II, lre partie, art. de E. Caillemer. Voir aussi, du même auteur, Le droit de succession légitime à Athènes , in-8, 1879, sect. VI, § 5, P- 147.
56. Il y a toutefois des exceptions, ainsi les Athéniens forcés de mettre bas les armes à la suite de la folle expédition de Sicile, sont entassés dans des carrières où ils périssent presque tous ; on leur donne seulement deux cotyles d’orge et un d’eau (le cotyle valait moins d’un litre ?) alors que la moyenne des allocations pour un esclave était d’une chénice (Plut., Nicias , xxix, Didot, p. 647 ; Bœckh, op. cit., t. Ier, liv. Ier, ch. XV, p. 153-163).
57. Curtius, Hist. grecq., op. cit. , t. Ier, liv. II, ch. Ier, § 2, p. 228-229 ; Dict. ant. grecq. et rom., t. Ier, p. 307, au mot Aphetai ; « Il y avait des Ilotes qui vivaient à Sparte et dans d’autres villes et faisaient l’office d’esclaves domestiques, mais tel n’était pas le caractère général de cette classe » (Grote, Hist. grecq., op. cit., t. III ; ch. VI, p. 299).
58. Les révoltes d’ilotes ne sont pas rares (Thucyd., V, xxm ; Plutarq., Cimon, XVI, p. 584 ; Diod. de Sicile, XI, lxiii, p. 395. — « Ils voudraient, dit Xénophon, manger les Spartiates tout vifs. » (Hellen., liv. III, ch. III, § 6, p. 375).
59. Thuyd., IV, lxxx ; Diod de Sicile, XII, lxvii. « Quant à la fameuse cryptie, la
critique moderne se refuse à admettre la description qu’en fait Plutarque (Lycurgue, XXVIII, Didot, Vies, p. 67) : « Il semble, dit Grote (op. cit., t. III, ch. VII, p. 301-305), que la Krypteia était une pratique réelle ; que les Ephores entretenaient un système de police et d’espionnage... au moyen de jeunes citoyens actifs... L’assassinat commis individuellement sur des Ilotes par ces agents de police ou Kryptæ passait probablement inaperçu Une formelle déclaration de
LË CtïOŸEN GREC CHEF GE FAMILLE 67
C’est un esclave qui distribue à ses compagnons les coups de fouet auxquels ils sont condamnés sous les prétextes les plus futiles 60 : « Qui de nous, dit Plutarque (Sur les moyens de réprimer la colère, § 11), serait assez cruel pour punir et faire battre un esclave cinq à six jours après un ragoût brûlé, une table renversée, un ordre exécuté trop lentement et pourtant voilà les crimes qui à l’instant où ils tiennent d’être commis, où ils sont tout récents, nous transportent de colère, nous trouvent féroces et inflexibles61. » « Savez- vous, ajoute-t-il (§ 15), à quels signes nous reconnaissons les hommes cruels et colères? Au visage de leurs esclaves, aux meurtrissures dont ceux-ci portent les marques, aux fers qu’ils ont aux pieds ».
Certains esclaves étant enclins à manger de la farine pendant qu’ils broient le grain, on leur passe parfois la tête dans une planche de forme ronde, trouée par le milieu et dont le diamètre les empêche de porter la main à la bouche 62.
Toutefois ces malheureux, en dépit des déclamations des auteurs tragiques, tiennent à la vie ; d’ailleurs subsiste chez eux l’espérance de voir une fuite heureuse les aider à reconquérir la liberté 63 ; car ils sont assurés de trouver un refuge inviolable dans les temples. En Attique l’édifice consacré à Thésée, ce protecteur légendaire des faibles, est au nombre de ces asiles64.
Tous les auteurs s’accordent à reconnaître l’Etat Athénien comme celui où le sort des esclaves est le plus tolérable 65 ; les législateurs y concèdent à ces infortunés le droit d’obtenir,
guerre faite à l’avance aurait plutôt provoqué la réaction du désespoir qu’imposé la tranquillité. «Dans le même sens ( Dict . ant. grecq. et rom., lettre H à J, au mot Iielotae , et fasc. 27, au mot Krypteia, p. 871-873).
60. Démosthène, Sur les prévarications de l'Ambassade, § 196-199, p. 211.
61. LesMimes d'Herondas, trad.par Dalmeyda, in-8, 1893 ; La jalouse, mime V : « Attache-lui fortement les deux coudes ensemble, serre-lui les membres à les lui scier... »
62. Aristoph., La paix , trad. Ch. Brotier, revue par Humbert, note sur les vers 12 à 14.
63. «A l’époque d’Alexandre, le Rhodien Antiménès eut l’idée de créer une sorte d’assurance contre la fuite des esclaves... L’opération fut, dit-on, très fructueuse parce qu’il eut l’art d’encaisser les primes et de rejeter sur les gouverneurs des provinces le paiement des indemnités... » (P. Guiraud, op. cit ., ch. VII, p. 119).
64. Plutarque, Thésée, xxxvi, p. 20. En Sicile c’est le temple des Paliques (Diod. de Sicile, XI, lxxxix ; Wallon, op. cit., t. Ier, p. 310 et suiv.).
65. Schœmann, op. cit., t. Ier, IIIe section, ch. III, p. 400.