CHAPITRE III
s’ils sont maltraités, un changement de maître 66 ; la loi qui punit le meurtre est la même, qu’il s’agisse d’un homme libre ou d’un esclave 67 ; il est défendu de frapper aussi bien l’un que l’autre 68 ; enfin une instance peut être introduite contre celui qui outrage une personne, même privée de liberté, et se porte contre elle à des excès criminels.
Xénophon se fait l’écho de ces mœurs plus douces ( Econom VII, § 37, p. 631) ; dans le dialogue déjà cité, entre Ischomaque et sa jeune femme, on peut relever ce qui suit : « Une des fonctions de ton sexe, qui peut-être ne te plaira pas, dit le mari, sera de donner tes soins à ceux des serviteurs qui tomberont malades. Que dis-tu ? répond-elle : Je n’aurai point de plus grand plaisir, puisque reconnaissants de mes bons office, ils doubleront leur attachement pour moi ».
Euripide (Alceste, v. 152-198) n’hésite aucunement à faire exprimer par une esclave la peine qu’elle ressent de la mort de la Reine : « Je pleurais ma maîtresse qui était pour nous une mère. De combien de maux ne nous a-t-elle pas sauvés en adoucissant la colère de son mari. A son lit de mort tous les esclaves éclataient en sanglots et elle tendait la main à chacun ; il n’y en eut pas un à qui elle n’adressât quelques paroles 69 ».
Il est pénible de constater néanmoins qu’au milieu de cette civilisation athénienne si vantée, on meta la torture tout esclave appelé à témoigner devant les tribunaux, ou que son maître se substitue pour la circonstance. Cette coutume ne suscite aucune réprobation, et d’une âme tranquille Démosthène offre à ses adversaires d’y recourir comme à l’expédient le plus naturel 70.
66. Samuel Petit, Comm. in levés atticas, in-f°, 1625, De servis et Liberis, tit. VI, p. 178.