‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 45 sur 142 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

à une divinité 76. Tantôt celui qui en est l’objet reste au service fort doux du temple sous le nom d' hiérodule, tantôt, au contraire, il s’agit en réalité d’une vente fictive destinée à donner à l’acte une sanction religieuse, et l’esclave devient libre aussitôt; la somme fournie pour le rachat n’est d’ailleurs jamais tirée du trésor du dieu77, elle provient du pécule de celui qui en bénéficie ou de toute autre source 78.

L’homme une fois affranchi, ne s’élève point par ce fait au rang de citoyen ; à Athènes, il est assimilé aux métèques et tenu à certains devoirs de respect et de services envers son ancien maître, devenu son patron 70.

§3. — Le Père de famille et les étrangers.

La famille est fermée ainsi que la cité, nul, s’il n’en fait partie, n’a accès au foyer domestique ; les cérémonies rituelles sont souillées par le regard même de l'étranger 80 ; s’ensuit-il que, dans le monde antique, le voyageur, le naufragé, l’exilé ne peuvent trouver un asile? Cette conclusion serait fausse; l’hospitalité existe et fleurit en Grèce comme en Chaldée, elle est placée sous la protection spéciale des dieux, le meurtre d’un hôte constitue une infamie 81 .

76. Les inscriptions se rapportant à cette forme d'affranchissement abondent à Delphes et dans le nord de la Grèce (P. Foucart, Mèm. sur V affranchissement des esclaves par forme de vente à une divinité d’après les inscrip. de Delphes , in-8, 1867. — Voir aussi : P. Guiraud, op. cit., ch. IX, p. 139 et 140; Dict. ant. Grecq. et rom., t. Ier, p. 302, art. Apeleutheroi de E. Caillemer.

77. Chaque temple de quelque importance possédait un trésor formé des dons, du produit des biens sacrés et d’autres revenus dévolus au dieu (Boeckh, op. cit., t. Ier, p. 266) . SI v

78. « Les prêtres de Delphes étaient la sanction d’un contrat que les lois civiles auraient laissé violer; ils n’étaient rien de plus et ne ressemblaient en rien aux corporations religieuses, qui se dévouaient pendant le Moyen Age et la Renaissance au rachat des captifs » (article de Beulé sur l’ouvrage de P. Foucart, Journal des savants, mai 1867, p. 286).

79. Voir, pour tous développements à ce sujet: Pastoret, Ilist. de la lègis., t. VI, ch. VII, p. 330-331 ; Wallon, op. cit., t. Ier, p. 346 et suiv.

80. Fustel de Coulanges, Cité ant., livre 1er, ch. IV, p. 36.

81. « Je t’aurais reçu dans ma demeure, dit Eumée à Ulysse, je t’aurais rendu les devoirs de l’hospitalité et je t’assassinerais? Je t’arracherais la vie et j’oserais, teint de ton sang, invoquer Jupiter et lui offrir des sacrifices... » ( Odyss ., chant XIV, v. 401-406).

LE CITOYEN GREC CHEF DE FAMILLE

Hésiode recommande de ne pas maltraiter cet hôte 82 ; le tromper est un acte criminel qui ne peut échapper aux regards des immortels 83. Les poètes nous disent en effet : la prière est fille de Jupiter ; ce maître des dieux se proclame le protecteur des suppliants 84; c’est lui qui dirige vers la demeure des hommes le pas des étrangers 85. On aime aux temps héroïques h se vanter d’avoir eu des parents offrant toujours à l’hôte un asile assuré 86.

Télémaque et le fils de Nestor arrivent à la demeure de Ménélas. L’écuyer du monarque court lui annoncer cette nouvelle : « Ferais-je dételer leurs chevaux, dit-il, les adresserai-je à quelque autre qui leur rende les devoirs de l’hospitalité? » Ménélas s’indigne: « Combien de fois, s’écrie-t-il, n’avons-nous pas goûté les mets de l’hospitalité chez des peuples lointains, avant de revenir en ce palais ? Puisse Jupiter, avoir pour jamais mis un terme à nos douleurs ! Va donc dételer le char de nos hôtes et convie-les à prendre part au festin 87 ».

Nausicaa s’adressant à ses suivantes, au sujet d’Ulysse, prononce ces paroles: « ... Lorsqu’un malheureux errant est jeté sur nos rives, nous devons le secourir. Les hôtes et les mendiants nous sont envoyés par Jupiter, et les modestes dons qu’on leur fait lui sont agréables 88.

Ce sentiment du devoir envers les voyageurs, si vif aux époques primitives, où chacun peut avoir besoin le lendemain d’une assistance semblable à celle qu'on vient lui réclamer, ne disparaît pas avec les progrès de la civilisation qui multiplie les

82. Hésiode, Les trav. et les jours , v. 325. Ulysse a été blessé par un des prétendants : « Qu’est-il arrivé dans ce palais et sous tes yeux, dit Pénélope à Télémaque, tu as laissé insulter, outrager indignement un étranger ; l’homme que nous avons reçu sous notre toit, qui y reposait tranquillement sur la foi de l’hospitalité, éprouve un traitement odieux, la honte en est sur toi. » ( Odyss ., ch. XVIII, v. 221-225.)

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