LE CITOYEN GREC, SES RAPPORTS AVEC L’ÉTAT
Est citoyen celui qui a part au culte de la Cité. L’Etat considère le corps et lame de chaque citoyen comme lui appartenant 1, les individus n’existent pas, ils s’absorbent complètement en lui à titre d’élément essentiel. De là découle pour l’Etat une obligation étroite de venir en aide aux citoyens, mais aux citoyens seuls , dans certaines circonstances de leur vie.
Examinons donc la situation des classes populaires au sein des démocraties grecques.
§ 1er. — Le travail manuel.
Hésiode fait à tous un devoir de travailler: « Celui qui reste oisif, dit-il , est également en horreur aux dieux et aux hommes; c’est un insecte sans aiguillon, ce frelon avide, s’engraissant en repos du labeur des abeilles. Pour toi ne refuse pas de te livrer aux travaux convenables afin que tes greniers s’emplissent dans la saison des fruits de la terre. Par le travail, tu deviendras plus
1. Lucien, Anacharsis ou les Gymnases , xx; Fustel de Coulanges, La Cité antique, liv.III, ch. XII et XVII ; Droysen, Hist. de l'hellénisme, trad. par Bouché- Leclerq. 3 vol. in-8, 1883-1885, t. III, ch. Ier, p. 13.
cher aux dieux et aux hommes, car ils ne peuvent souffrir l’oisiveté 2... »
Dans les poèmes homériques, les citoyens libres travaillent de leurs propres mains, et, plusieurs siècles après, Thucydide peut écrire (II, XL, § 1er, p. 72) : « Il n'est honteux à personne d’avouer qu’il est pauvre, la honte consiste à ne pas chasser la pauvreté par le travail ».
Les législateurs Athéniens s’efforcent de tourner vers les métiers manuels tous ceux qui ne possèdent aucun moyen régulier d’existence. Dracon punit de mort l’oisiveté ; Solon (ou Pisistrate) se contente de mettre les arts en honneur tout en chargeant l’Aéropage de punir les oisifs. L’action peut être intentée par tout citoyen 3. Le fils est dispensé de nourrir son père, si ce dernier a négligé de lui apprendre un métier 4.
Aussi à Athènes le petit commerce est-il respecté ; on ne saurait reprocher au moindre d’entre les citoyens le gain fait au marché 5 , une profession utile ne pouvant devenir une profession méprisable 6.
« L’Etat athénien, au temps de Solon, ne se croit pas cependant obligé, ainsi que le remarque P. Guiraud ( op . cit. , liv. VI, p. 70), d’assumer à l’égard des particuliers le rôle d’une providence chargée de faire à tout prix leur bonheur. Il préfère s'en rapporter au libre jeu de leur activité, et s’il seconde leurs efforts c’est par deà procédés indirects et non par des mesures impératives. »
A Sparte, en raison de la répartition différente des terres, il