LE CITOYEN GREC ET L'ÉTAT
prix des heures qu’ils consacrent aux affaires publiques. C’est là l’origine très obscure du Triobole ; l’allocation assez minime d’une obole peut-être au début, s’accroît en effet rapidement. Il paraît certain que Cléon, le démagogue, pour se concilier les masses, porte cette indemnité à trois oboles (45 centimes environ), attirant ainsi aux tribunaux les vieillards incapables de travailler, les oisifs, les habitants des campagnes que la guerre dite du Péloponèse oblige à chercher un refuge dans l’enceinte de la cité 44 .
Les oboles auxquelles les juges ont droit leur sont payées à la fin de chaque séance45. De plus, « tout citoyen qui assiste aune assemblée ordinaire reçoit une drachme ou six oboles; l’assistance à une grande assemblée, exxXyjcî a xopix, se paye neuf oboles46». En présence de pareilles allocations, Aristophane fait dire aux acteurs composant le chœur dans la comédie intitulée : JJ Assemblée des femmes : « Du temps du généreux Myronide, personne n’eût exigé de salaire pour les moments consacrés à l’administration de la République, chacun apportait dans un petit sac du pain, de quoi étancher sa soif et trois ou quatre olives. Aujourd’hui on veut, comme l’ouvrier qui porte le mortier, recevoir trois oboles, quand on fait quelque chose pour la Patrie 47 ».
Il ressort de certains textes que le nombre des jetons attribués aux citoyens présents à l’assemblée est limité ; pour y avoir droit, il faut arriver de bonne heure, et le même Aristophane nous montre ces citoyens pauvres accourus dès l’aurore, assiégeant le bureau de distribution. « Autrefois,, poursuit le
44. « Pour le citoyen d’Athènes n’ayant ni une fortune, ni une industrie, ni un travail qui le fasse vivre, il ne lui reste, à lui paresseux, oisif, habitué à une vie douce et facile, il ne reste à sa femme qui l’attend près du foyer, à son fils qui demande de quoi manger et s’amuser, des fruits et des osselets, que le triobole , c’est-à-dire une parcelle de ce trésor public où les démagogues feignaient de puiser libéralement, pour faire largesse au peuple et qu’ils appauvrissaient à leur profit » (Émile Deschanel, La Comédie dans les Républiques , Rev. des Deux- Mondes, 15 mai 1849, p. 353).
45. Dict. ant. grecq. et rom., t. II, Ire part., p. 196-200, art. Dikastoi, § x, de E. Caillemer.
46. R. Dareste, La Constitution athénienne , d'après Aristote ( Comptes rendus des trav. de l'Acad. des sciences mor. et polit., septembre-octobre, 1891 p. 355).