‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 60 sur 142 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

et des remèdes. La Thessalie est la terre classique des enchantements 2.

Puisque les maladies viennent des divinités, il convient de les invoquer en vue d’obtenir la guérison. Apollon, le dieu de la race Dorienne, celui qui engendre la chaleur et la lumière, ne tarde pas à être salué du titre de purificateur par excellence 3. On l’invoque au moment des épidémies : « O divin Apollon, chante Pindare (5e Pythique), c’est toi dont les remèdes salutaires nous délivrent de la maladie ».

Dans l’Olympe grec, Apollon n’est pas seul; sa sœur Artémis (Diane) préside aux accouchements. Les femmes après leur délivrance ont l’habitude de remercier la déesse en lui offrant des vêtements, ceintures, boucles de cheveux, etc., 4. Déméter, la mère universelle, la nourrice de tous les êtres, protège les enfants 5. Les Orgéons adorent Gybèle, ses adeptes se vantent de guérir, grâce à son influence, certaines maladies, notamment l’epilepsie 6.

Parmi les divinités d’un rang inférieur, les Dioscures (Castor et Pollux) sont aussi médecins et rendent la santé à Phormion, stratège des Crotoniates, blessé en combattant les Locriens7. Les fleuves eux-mêmes peuvent être invoqués à titre de nourriciers et de guérisseurs, ils arrêtent les progrès de la peste, et les suppliants leur consacrent leur chevelure 8.

A côté d’Apollon, une divinité nouvelle, empruntée aux cultes asiatiques, ne tarde pas à jouer un rôle prépondérant en matière médicale, c’est Asclépios (Esculape) y, simple médecin aux temps homériques, plus tard appelé le fils d’Apollon : « Instruit, dit Diodore de Sicile, dans la médecine par son père 10, il y ajoute l’in-

2. A. Maury, Hist. des Relig. de la Grèce anc ., op. cit ., t. II, ch. XIII, p. 501-503.

3. « Il a appris aux hommes la science de la médecine qui se pratique au moyen de la divination , par lequel on a traité le plus anciennement les maladies >» ( Diod . de Sic., V, lxxiv).

4. Dict. ant.grecq. et rom., op. cit., t. II, p. 134, au mot Diana, art. de P. Paris.

5. Dict. ant. grecq. et rom., op. cit., t. I, p. 1040, art. Cèrès de F. Lenormant.

6. Foucart, Des assoc. relig. chez les Grecs, op. cit., § xvi, p, 170-171.

7. Dict. ant. grecq. et rom., op. cit., t. II, p. 255, art. de M. Albert.

8. Dict ant. grecq. et rom., op. cit., t. II, p. 1191, article Flumina.

9. A. Maury, op. cit., I, ch. VI. p. 448. Sur l’assimilation par les Grecs d’Asclépios avec le plus puissant des Cabires phéniciens (Eschmoun), voir l’article déjà cité de F. Lenormant, Dict. ant. grecq. et rom., t. I, p. 772.

10. Leslégendes lui donnent aussi comme maître le centaure Ghiron, versé dans la connaissance des simples.

ASCLÉPIOS ET LA MÉDECINE GRECQUE

vention de la chirurgie, la préparation des remèdes et la découverte des propriétés des racines. Il fait tellement avancer cet art qu’il en est regardé comme l’auteur et le fondateur (V, lxxix) ». Ses temples couvrent la Grèce 11 .

Autour de lui, formant son cortège habituel, se pressent : Hygie, Panacée, Epio, Iaso, Télesphore, personnifications, à des degrés divers, des idées de santé et de guérison 12 .

Le serpent 13, le coq, le chien 14, lui sont particulièrement consacrés. On dépose sur ses autels des galettes, des fruits 15. Le prêtre annonce aux donateurs que leur offrande est bien accueillie par le dieu ; personne, selon la formule, ne s’est jamais rendu Pean plus propice 16.

§ 2. — Les asclepieia.

Les temples d’Asclépios s’appellent Asclepieia , les malades viennent y chercher le soulagement de leurs maux en demandant

11. « Il (Asclépios) guérissait les uns par les douces paroles de la magie; aux autres, il offrait d’efficaces breuvages, ou bien il appliquait des simples tout autour de leurs membres, où il touchait le mal avec le fer pour les rendre à la santé » (Pind., 3e Pytli.).

12. « A Titane, près de Sycione, la statue d’Hygie était tellement couverte de chevelures consacrées et de bandelettes, qu’on pouvait à peine l’entrevoir » (Paus., II, xi). Dans le IVe mime d’Hérondas (trad. par Ragon, in-8, 1898), une des femmes s’exprime ainsi : « Salut, ô divin Péan, qui règne sur Ti’icca et qui habite la douce Cos et Epidaure ; salut aussi à Apollon et à Coronis ta mère ; salut aussi à Hygie qui touche ta main droite... »

13. « Le dieu est assis sur un trône. Il tient un bâton d’une main, touche de l’autre la tête d’un serpent; un chien est couché à ses pieds » (Paus., II, xvii). Voir aussi l’article Drago, Dict. a nt. grecq. et rom,., t. I, deuxième partie. Au nombre des animaux familiers qui entourent Esculape, il faut placer l’oie (Acad, deslnsc. et Belles Lettres , séance du 14 décembre 1900).

14. Traduction des guérisons miraculeuses à Epidaure — Thyrion d’Hermione, enfant aveugle. — Cet enfant fut soigné par un des chiens du Hiéron qui lécha ses yeux et il s’en alla guéri.

15. Arist., Plutus , v. 672 et suiv. Carion: « J’aperçois le sacrificateur qui prenait sur la table sacrée les gâteaux et les figues sèches. Il en fait autant autour des autels et il a serré dans un grand sac tout ce qu’il a trouvé de restes de gâteaux. » Hérondas, op. cit., mime IV, des femmes offrent un coq; l’une d’elles dit : « quand tu auras bien découpé l’oiseau, aie soin d’en donner la cuisse au Néocore, mets pieusement la galette dans la grotte du serpent et trempe dans l’huile le gâteau sacré. De ce qui restera, nous ferons un festin à la maison ; n’oublie pas de rapporter du pain de santé ».

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