‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 61 sur 142 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

au dieu de leur indiquer, en songes , les remèdes qu’il convient d’employer, ce qui se rattache à la médecine divinatoire dont nous venons de parler.

Voici le mode de consultation 17. D’une manière générale, tout asclepieion est établi dans un site salubre, agréable; il est entouré d’un bois ou au moins abrité par quelques arbres ; son enceinte renferme une source; il s’agit parfois d’une eau minérale ou thermale 18. Le périmètre consacré ne peut être souillé ; défense d’v laisser accoucher une femme ou mourir un suppliant.

A Epidaure, le sénateur Antonin, plus tard empereur, touché de pitié, fait construire sur un terrain adjacent une maison destinée à abriter les agonisants et les mères arrivées à leur terme : « La Grèce, dit Ch. Diehl, jugeant inutiles de tels raffinements d’humanité ».

En face de l’édicule qui abrite la statue, se trouvent disposés de vastes portiques affectés aux malades. Un grand prêtre préside à toute cette organisation, assure l’exacte observance des rites; il est assisté par des prêtres et agents subalternes ; l’un d’eux, appelé Zacore ou Néocore , a plus particulièrement la charge des soins à donner aux suppliants.

A Epidaure, Y asclepieion possède un théâtre et des jeux qui ont pour but de procurer un délassement salutaire à ceux qui viennent demander la santé au fils d’Apollon. Avant d’être admis dans l’enceinte sacrée, les arrivants sont soumis à des règles à la fois religieuses et hygiéniques : ablutions, bains, onctions, jeûnes plus ou moins prolongés. On les admet ensuite à offrir leur sacrifice :

17. Voir, pour les détails, en dehors du Plutus d’Aristophane et des discours sacrés du rhéteur Aristide: A. Gauthier, Rech. hist. sur L'exercice de la médecine dans les temples, chez les peuples de l’antiquité, in-18, 1844 ; l'article Asklèpeion, Dict. ant. grecq. et rom., t. I, p. 470-472 ; Paul Girard, V Asclipeion d’Athènes, in-8, 1882 ; Dr Vercoutre, La Mèd. sacerd. dans l'antiquité grecque (ext. Rev. arch., 1886) ; Dr Courtois-Suffit, Les temples d'Esculape; La Méd. relig. dans la Grèce ancienne, in-8, 1891 ; Defrasse et Léchât, Epidaure, restauration et description des princip. monum. du sanctuaire d'Asclépios, in-f°, 1895 ; Ch. Diehl, Excur. arch., en Grèce, ch. IX : Les fouilles d'Epidaure, in-18, 4® édit., 1896.

18. A ce propos, Vitruvius Pollio (De arch., I. ii) fait cette remarque assez irrévérencieuse: « Un changement d’air malsain en un air salubre et l’usage de meil" leures eaux, rendront plus prompte la guérison des malades, ce qui augmentera beaucoup la dévotion, parce que l’on attribuera à ces divinités (Esculape, la déesse Salus, etc.) des guérisons dues à la nature salubre du lieu... »

ASCLÉPIOS ET LA MÉDECINE GRECQUE

un porc, un bélier. Ils doivent, en outre, apporter avec eux de la nourriture et des couvertures, l’administration du temple ne fournissant que des jonchées de feuillage.

Le soir, la foule se couche sous les portiques ; autour de la statue d’Asclépios, le prêtre allume des lampes et procède à une cérémonie spéciale en union avec les assistants. Des chants se font entendre, véritables incantations rituelles, car il ne faut pas l’oublier, le culte d’Asclépios a mille rapports avec la magie. Puis les lampes s’éteignent et, comme le dit Aristophane ( Plutus , v. 665- 670) , le Zacore invite tout le monde à dormir dans le plus grand calme.

C’est alors que le dieu envoie des songes se rapportant aux maladies pour lesquelles on vient le consulter.

Aussitôt le jour arrivé, au chant du coq, ceux qui ont été favorisés de ces révélations s’empressent de se lever et d’aller raconter aux Zacores les rêves de leur imagination surexcitée, afin qu’ils soient interprétés et traduits en ordonnances pratiques. Certains prétendent même avoir vu le dieu passer au milieu de la foule endormie 19 .

Riches et pauvres sont admis, il est même loisible d’envoyer un parent, un ami recueillir les songes; on voit des prêtres se charger habituellement eux-mêmes de cette mission, mais ils inspirent peu de confiance aux fanatiques d’Asclépios, tel que le rhéteur Aristide qui, pendant dix-septans, court d’asclepieion en asclepieion, à la recherche d’une santé qu’il recouvre enfin.

Les traitements prescrits sont ordinairement anodins : prendre des bains ; monter à cheval, faire de la gymnastique ; marcher nu-pieds ; boire de l’eau de chaux ; manger une perdrix à l’encens ; procéder à des impositions de diverses substances sur le corps, etc. Quelquefois, cependant, les remèdes sont violents : saignées abondantes; vomitifs ; absorption d’eau de ciguë.

19. Il est certain qu'il y a souvent ici des jongleries effectuées par les prêtres. Ils viennent s’entretenir la nuit avec les malades sous le costume ordinaire du dieu ; Aristophane le laisse entrevoir clairement et on ne saurait oublier les inventions éhontées du faux prophète Alexandre, si bien démasqué par Lucien. En dehors de ces impostures, les phénomènes du magnétisme pouvaient jouer un certain rôle, et d’ailleurs il faut toujours, en ces matières, avoir présentes à l’esprit ces paroles des livres saints : « Quæ immolant Gentes, dœmoniis immolant. »

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