LA VEUVE ET L’ORPHELIN
En Israël, « la femme, dit M. Franck 13, n’est point cette esclave avilie, cette âme dégradée qu’on se figure à l ombre des gynécées et des harems. Elle joue un rôle très actif dans l’histoire de son peuple ». La Genèse (I, 27) nous montre l’homme et la femme également créés à l’image de Dieu. Aussi le Seigneur veut-il que la femme, au point de vue de la dignité personnelle, ne soit jamais l'inférieure de l’homme et, comme le principe du respect trouve avant tout sa sanction au sein de la famille, il ordonne aux enfants de vénérer au même titre leur père et leur mère : « Honora patrem tuum et matrem tuam » (. Exod ., XX, 121 « Unus quisque patrem suum et matrem suam timeat. » (Lévit., XIX, 3).
La pudeur, l’honneur de la femme sont protégées ( Deut ., XXII) ; l’homme coupable de violences est frappé de châtiments pouvant, selon les cas, aller jusqu’à la peine de mort.
La polygamie, le divorce, sans être absolument prohibés, sont vus avec défaveur 14. La femme juive ne possède pas, il est cer-
13. Études orientales , p. 134. Le rabbin Weill, op. cit.. pp. 121, 122.
14. Le Lévit. (XXI, 7, 14) défend aux prêtres d’épouser une femme répudiée à cause de la sainteté de leur état. (Voir Drach : Du divorce dans la synagogue ,
LE PEUPLE HÉBREU
tain, des droits civils égaux à ceux de l’homme 15, sa place est au foyer domestique dont elle est la gardienne et l’ornement ; elle s’y livre au travail, alors même qu’elle possède de nombreux serviteurs, car l’oisiveté constitue un danger permanent : « Manum suam misit ad fortia et digiti ejus apprehenderunt fusum » (Lib. Prov ., XXXI, 10-19)
Le douaire de la veuve ne tarde pas à s’épuiser é7, privée de son appui naturel elle a besoin d’une protection particulière, la loi la recommande donc à la bienveillance, à la sollicitude de tous. Les quatre derniers livres du Pentateuque abondent en textes précis, défendant d’opprimer la veuve, de lui faire aucun tort, ordonnant de lui rendre pleine et entière justice, sans cela, dit le Seigneur, ma fureur s’allumera contre vous, je vous ferai périr et par une juste punition vos femmes deviendront veuves à leur tour ( Exod ., XXII, 24).
L’enfant, l’orphelin sont également entourés 18 d’une protection particulière, l’avortement, l’infanticide se trouvent par voie
in-8, Rome, 1840, pp. 11 à 29) ; Fleury, Les mœurs des Israélites , n° XIV; le rabbin E. Weill, op. cit., pp. 70 à 81.
15. Les filles n’héritaient qu’à defaut de fils, et alors elles étaient tenues de n’épouser qu’un Israélite de leur tribu (Nomb., XXXVI.)
16. Pour la construction du tabernacle, les femmes les plus habiles donnèrent ce qu’elles avaient filé d’hyacinthe, de pourpre, d’écarlate, de fil de lin, de poil de chèvres (Exod., XXXV, 25). « Voici, d’après la Mischnah , fol. 59, les travaux que la femme doit faire pour le mari : Elle doit moudre, cuire le pain, blanchir le linge, faire la cuisine, donner le sein à son enfant, faire le lit du mari et travailler à la laine. Si elle a une servante, elle n’est plus obligée de moudre, ni de cuire le pain, ni de blanchir le linge. Si elle a deux servantes, elle n’est même pas obligée de faire la cuisine, ni dedonner le sein à son enfant.Si elle en a trois, elle n’a plus besoin de faire le lit ni de travailler à la laine. Si elle en a quatre, elle n’a plus besoin de rien faire. » Rabbi Eliezer dit : « Quand même elle aurait cent servantes, le mari peut exiger qu’elle travaille à la laine, car l’oisiveté amène de mauvaises pensées...» (Légis. civ. du Talmud, traduite par Rabbinowicz, Traité Kethouboth, pp. 39-40.)
17. Le minimum de la dot qu’un père devait à sa fille, ou qu’à défaut du père la charité publique lui accordait, était de 50 zouzes (45 fr. environ) (Weill, op. cit., p. 37). En se mariant vierge, la coutume lui assurait, en cas de mort de son mari ou de répudiation, un douaire (kethoubah) d’au moins 200 zouzes (180 fr. de notre monnaie, Dict. de la Rible, op. cit., fasc. XII, p. 1498), somme jugée suffisante par les Rabbins pour ne pas avoir droit à la charité publique. Une femme mariée en secondes noces ne recevait que 100 zouzes, car elle avait déjà la kethoubah de son premier mari (Rabbinowicz, Traité Kethouboth, p. 1 et suivantes.) — Franck, Acad, des sciences morales et polit., nouvelle série, t. I, 1874, p. 763).
18. Voir notre Histoire des Enfants abandonnés et délaissés, in-8, 1885, ch. II, p. 20 à 30.
10 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. CHAPITRE Ier
de conséquence assimilés au meurtre 1!). Dans les textes sacrés, l’orphelin est placé sur le même rang que la veuve et confié à la protection de tous : « Vous ne ferez aucun tort à la veuve et à l’orphelin. Si vous les offensez en quelque chose, ils crieront vers moi, le Seigneur, et j’écouterai leurs cris ». « Vociferabuntur ad me, et Ego audiam clamorem eorum » ( Exod ., XXII, 22-23).
l’esclave
Nous venons de voir que l’Hébreu ayant aliéné volontairement sa liberté ne s’est soumis en réalité qu’à un contrat de travail, à la fin duquel il est renvoyé libre avec un petit viatique pour la route 20. Mais il peut devenir esclave à la suite d’une condamnation judiciaire ; en cas de vol, les magistrats ont le droit de vendre le coupable (à un Israélite seulement) 21 et d’indemniser avec l’argent ainsi perçu la personne lésée (Exod., XXII, 3).
Le maximum de la durée de cet esclavage est fixé à six années, à dater de la vente, car Tannée sabbattique n’exerce pas ici son action émancipatrice 22.
Il peut arriver cependant qu’un Hébreu devenu esclave, contraint d’épouser une femme étrangère qui reste en servitude ainsi que les enfants issus de leur union, dise au moment de reconquérir sa liberté : « J’aime mes enfants, je ne veux pas sortir pour être libre 23. » Dans ce cas, le maître le fait comparaître
19. Voir, à ce sujet, dans E. Havet, Le Christianisme et ses origines, t. III ; Le Judaïsme, in-8, 1888, ch. X, p. 437 et suivantes, une longue déclamation de Philon d’Alexandrie contre le meurtre et l’exposition des enfants.
20. Et tu ne laisseras pas aller les mains vides celui à qui tu donneras la liberté.
11 recevra de toi pour subsister dans le chemin quelque chose de tes troupeaux, de ta grange et de ton pressoir, comme étant tiré du bien que tu as reçu parla bénédiction du Seigneur, ton Dieu ( Deut ., XV, 13, 14).