‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 76 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les sages-femmes et les nourrices se rendent les complices de ces abominations: « Quels herbages, avoue la fdled’Eole, quels médicaments ma nourrice ne m’apporta-t-elle pas ! Combien m’en fît prendre sa main audacieuse pour détacher entièrement de mes entrailles le fardeau qui y croissait ».

Parfois l’enfant résiste à ces efforts criminels :

« Ah ! îiimium vivax admotis restitit infans,

« Artibus, et tecto tutus ab hoste fuit »;

il est alors voué aux chiens, aux oiseaux de proie « Jamque dari parvum canibus, avibus que nepotem jusserat 23. » L’exposition n’est-elle pas, à moins de circonstances exceptionnelles, presque un arrêt de mort? « Necare videtur non tantum is qui partum perfocat ; sed et is qui abjicit ; et qui alimonia denegat ; et is qui publicis locis, misericordiæ causa exponit, quam ipse non habet. » Il semble donner la mort à l’enfant... celui qui l’abandonne dans les lieux publics à la compassion des passants, sentiment qu’il ne ressent pas lui-même 24 .

A Rome la place située au-devant du temple de la Pitié, où s’élève la colonne Lactaria , et le lac Vélabre ont une fâcheuse renommée comme lieux d’exposition 25.

23. Ovid., ep. XI, passim (v. 39 à 83). Nous avons déjà constaté ces expressions dans les briques cunéiformes; les mêmes faits amenant toujours des résultats identiques.

24. Digest., XXV, m, de agnosc., et alend., 4 (Paul, lib. Il, Sent,). — Quelques auteurs soupçonnent ce passage si énergique d’avoir été interpolé. Les pratiques abortives sont prohibées tardivement sous Sévère et Antonin ; Digest., XLVII, xi, de extrad. crim., 4; XLVIII, xix, de pœnis, 39; Paul, Sent., V. xxm, 14.

25. Festus, lib. X, au mot Lactaria ; Juv., Sat., VI, v. 603-604 ; Dict. ant. grecq. et rom., t. 2, p. 479, art. Educatio de E. Pottier. — Un professeur de l’Université de Bruxelles M. G. Cornil, après avoir reproduit le texte de Festus : « Lactaria columma in foro olitorio dicta, quod ibi infantes lacté alendos deferebant », ajoute : « Il est vrai que ce texte ne fait pas, in terminis, allusion à l’exposition d’enfants et peut-être les enfants à allaiter n’étaient-ils apportés à la columna lactaria que pour y prendre un repas ou y passer quelques heures. » En note cet auteur écrit: « Il est possible qu’on ne doive voir dans la columna lactaria qu’une institution d’assistance présentant quelque analogie avec nos crèches modernes » ( Contribution à l’étude de la Patria Potestas , ext. de la Nouv. Rev. hist. de droit français et étrang ., juillet-août 1897, in-8, 78 p., Paris, 1897). Il était curieux de citer ces étranges explications qui ne reposent, est-il besoin de le dire, sur aucun texte.

Quelquefois des mères forcées, malgré elles, de se séparer de ces pauvres petits êtres placent à côté d'eux des signes de reconnaissance: un anneau; des jouets — crepundia , monumenta — renfermés souvent dans un coffre 26.

L’enfant exposé ne devient point de droit esclave de celui qui le recueille ; il conserve son statut personnel avant l’abandon ; tant que ce statut n’est pas établi, il demeure in servitute , et ses rapports avec celui qui l’élève sont ceux d 'alumnus à nutritor 27. Trajan décide même que les alumni qui peuvent prouver leur origine libre, ne sont nullement forcés de rembourser les frais qu’ils occasionnent 28.

Quoi qu’il en soit, le sort de ces infortunés est digne de pitié; ils tombent fréquemment entre les mains d’exploiteurs indignes ; et les dissertations des rhéteurs consacrées aux mendiants estropiés, tout en faisant la part de l’exagération possible, s’appliquent à des faits trop réels.

L’enfant (fîlius vel filia familias) une fois admis par le pater , quelle est sa situation vis-à-vis de celui qui l’a laissé vivre ?

Au début, le pouvoir sans limite 29 de ce pater s’étend à tous les enfants et petits-enfants quels que soient leur âge et les dignités dont ils sont revêtus 30, et sauf des cas spéciaux (émancipation, capitis diminutio, etc.) ne se termine qu’à la mort de celui qui l’exerce.

Le Pater familias peut vendre ses fils, même à l’étranger, trans Tiberim, louer leur travail, les condamner sans appel

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