‹ Histoire de la charité (volume 4)Chapitre 79 sur 142 · Pétron., Satyr., LXXV · texte numérisé non relu

Pétron., Satyr., LXXV

Que peut-on prêcher à ces infortunés? La résignation.

« Puisque telle est la volonté des dieux dit, dans une comédie de Plaute, Pesclave-commandeur à de nouveaux captifs, il faut vous soumettre de bonne grâce à votre malheur, c’est le moyen de l’adoucir. Je vous crois de libre condition, mais puisque vous voilà prisonniers, il faut vous conformer à votre état ; vous rendrez votre servitude plus légère en vous montrant plus soumis aux volontés du maître; il n’a jamais tort et jusqu’au mal qu’il fait nous devons le trouver bien » : « Indigna digna habenda sunt, herus quæ fecit » ( Capt ., act. II, sc. I).

Cette institution du droit des gens « jus gentium », ont soin d’ajouter les jurisconsultes pour en pallier l’infamie, est si ancienne, partie si intégrante de l’ensemble de la vie, que personne ne songe sérieusement à l’abolir. « Sénèque, remarque Denis, se contente de demander que l’on traite les esclaves avec humanité, comme on voudrait être traité soi-même ; il proclame l’égalité morale, mais l’égalité civile il craindrait d’y penser50. » Juvénal, de son côté, se borne à montrer les contradictions flagrantes de ces hommes qui enseignent que l’âme et le corps d’un esclave sont pétris du même limon, formés des mêmes éléments que ceux des hommes libres, et qui s’extasient à entendre le bruit des lanières et pour lesquels nul chant n’est préférable au sifflement des fouets [Sat., XIV, v. 15 à 24).

Quelle situation est donc faite dans le monde romain aux individus privés de liberté ?

Au début, lorsque les esclaves, provenant des luttes avec les peuples voisins, sont peu nombreux, quand surtout chaque citoyen se sait exposé, par suite des vicissitudes de la guerre, à se trouver le lendemain prisonnier de quelque ville ennemie, la tendance générale est de traiter les captifs avec une certaine bienveillance. On peut citer à ce sujet le passage de Tite-Live (. Hist ., II, xxn), où il nous montre mille prisonniers latins rendus par le Sénat, accompagnant les députés chargés de proposer une alliance et

50. Hist. des Théor. mor., op. cit ., t. II, p. 85. Voir aussi Cicéron [de offic ., I, xm) : « Il n’est pas de condition inférieure à eelledes esclaves et j’approuve beaucoup ceux qui nous recommandent de les traiter comme on traite des mercenaires, de leur demander leur travail mais de leur fournir le nécessaire. »

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