CHAPITRE VI
remerciant leurs anciens maîtres des bons traitements et des soins qu’ils en avaient reçus51.
A cette époque aussi, nombre d’esclaves puisent avec le jour un certain attachement pour le maître sous le toit duquel ils sont nés 52.
Cette première période ne dure guère, les conquêtes de la République réduisent en servitude une foule de plus en plus nombreuse. «Nous avons dans nos foyers, s’écrie, sous Néron, le sénateur Caius Cassius 53, toutes les nations ensemble, de mœurs si opposées, de religions si bizarres, souvent même n’en ayant point ; ce vil ramassis de barbares ne peut se contenir que par la crainte : « Colluviem istam non nisi metu cœrcueris ».
L’emploi de la force, la terreur voici les remèdes auxquels les Romains recourent pendant de longs siècles ; les esclaves y répondent par des insurrections formidables mettant parfois l’Etat en péril.
En lisant Caton, Varron, Columelle, nous sommes loin du tableau riant tracé par Tite-Live ; les esclaves des champs sont mal nourris ; pour eux les olives tombées ; un affreux breuvage composé de vin, de vinaigre, d’eau de mer. Ils sont nombreux ceux qui travaillent les fers aux pieds (compediti, allegati, annulati pedes 54). Leur demeure est généralement un cachot souterrain (ergastulum) ; Columelle décrit un ergastulum modèle; cet idéal laisse encore beaucoup à désirer : « Les chambres des esclaves libres, dit-il (de re rust ., I, vi), auront l’exposition du midi équinoxial. Quant aux esclaves enchaînés, on leur fera sous terre une prison aussi saine que possible et éclairée par des fenêtres nombreuses, étroites et assez exhaussées pour qu’ils ne puissent
51. « Le travail et la vie en commun rendaient leurs rapports plus bienveillants et plus familiers » (Plut., Coriol., XXIV, p. 269).
52. Caton traitait avec dureté ses serviteurs, toutefois sa femme, considérant avant tout le côté pratique, « tandis qu’elle nourrissait son petit garçon de son lait, donnait souvent le sein aux enfants de ses esclaves, afin que cette nourriture commune leur inspirât de l’amour pour son fils » (Plut., Ca£., XX, p. 415). Dans les exploitations importantes, il y a des nourrices chargées d’élever les nouveau-nés esclaves dont les mères sont mortes ou hors d’état de les nourrir (Plaut., Miles glorios., act. III, sc. Ire, v. 696).