Horat., Carmina, II, Carmen, xv, v. 13 et
9. C’est pour Sallustre le commencement de la décadence des mœurs : « Ante Carthaginem deletam populus et senatus romanus placide, modeste que inter se rempublicam tractabant... Metus hostilis in bonis artibus civitatem retinebat » (Sali., Jugurtha, XLÎ) :
Nam que ut opes nimias mundo fortuna subacto ;
Intulit, et rebus mores cessare secundis,
Prædaque et hostiles luxum suasere rapinæ.
(Luc., Phars., I, v. 160-163).
10. Senec., de benef., VII, x ; Colum., Præf. ; Varro, de re rusl., passim. Rientôt, gémit Horace, nos immenses palais laisseront à peine quelques arpents à la charrue: « Jam pauca aratro jugera regiæ moles relinquent » (Carmin., II; Carm., xv, v. 1 et 2). — Au commencement de l’Empire, c’est une opinion généralement accréditée qu’un métier aussi vil que l’agriculture n'a pas besoin d’apprentissage (Colum., de re rust ., I, Præfatio).
rir la population de l’Italie : « Nous adjugeons aux enchères, écrit Varron, l’importation du blé qui nous manque. C’est à l'Afrique, à la Sicile, que nous demandons notre pain; c'est à Cos et à Chio que notre marine va faire la vendange » (Varro, de re rust , II, Præf ,). Cette terre de Saturne, autrefois riche en moissons, en est réduite, Columelle le déplore, à tirer le froment de pays situés au delà des mers (de re rust , I, Præf,).
Les anciens propriétaires du sol affluent dans les villes, à Rome surtout. Y trouvent-ils au moins les moyens de subvenir à leurs besoins ?
Hélas non !
Sous les rois, nous voyons Numa réunir les artisans en corps (collegia) 11 . Les tribus urbaines, dont ils font partie, sont moins honorées que les tribus rustiques comprenant les citoyens possesseurs de la terre. C’est une déchéance que d’y être transféré : « Urbanæ vero in quos transferri ignominia esset 12 ».
Les nombreux métiers qu’exercent ensuite les esclaves au domicile de leurs maîtres réduisent le chiffre des ouvriers libres, qui ont de plus à lutter contre la concurrence des affranchis. D’un autre côté, cet envahissement de ces mêmes affranchis augmente le mépris attaché à ces professions : « Tous les artisans, déclare Cicéron [de off . , I, xlh), exercent un travail vil et la place d’un homme libre n'est pas dans une boutique. » (opifîces omnes in sordida arte versantur ; nec enim quidquam ingenuum habere potest officina).
L’ouvrier, le petit commerçant d’origine ingénue, est mal vu, mal payé, douze as par jour 13 , et puis « on veut vivre noblement, en citoyens romains, et on travaille le moins possible 14 ».
Les fabriques et ateliers regorgent d’esclaves, et dans les cités populeuses, à Rome principalement, affluent de toute part des individus, aux origines les plus diverses, ne trouvant pas toujours
11. Plut., Numa, XVII, p. 85 ; Wallon, Hist. de l'escl. , op. cit ., t. II. p. 85 et suivantes, et note de la page 440.
12. C. Plin. secund., Nat. hist., XVIII, m ; Naudet, Des secours publics chez les Romains, in-4 ; Mèm. de l'Inst. de France, t. XIII, 1827, p. 6 et 7.
13. Cicér., Or. pro Roscio, X. (La valeur de l’as varie de 5 à 8 de nos centimes.)
14. Dict. a nt. qrecq. et rom., t. Ier, p. 448, act. Artifices de E. Caillemer et G. Humbert.
l’état ET LA MISÈRE A ROME
à gagner honorablement leur vie, désireux parfois de s’éviter cette peine, et n’ayant en réalité « que des appétits 15 ».
Afin de venir en aide à ces prolétaires, trois remèdes sont employés : la protection des débiteurs ; les lois agraires *, les distributions gratuites. Ce dernier palliatif montre le degré d’avilissement dans lequel ne tardent pas à tomber les masses populaires.
A l’origine, les campagnes donnent à la République des générations entières de soldats incomparables ; au déclin, lorsque le monde conquis s’est vengé de Rome en lui inculpant ses vices, les villes ne fournissent plus que des paresseux, des débauchés qu’il faut nourrir.
§ 2. — La défense des débiteurs contre les créanciers.
Environ 500 ans avant notre ère, la guerre avec les Volsques est imminente, et la cité fondée par Romulus se voit en proie aux troubles les plus violents ; fruits des haines intestines allumées entre patriciens et plébéiens, surtout à cause des citoyens détenus pour dettes : « Maxime propter nexos ob æs alienum ». Un jour un vieillard se précipite dans le forum, maigre, exténué, revêtu de vêtements en lambeaux ; sa poitrine porte la trace de cicatrices témoignant de sa valeur.
Son histoire est touchante. Tandis qu’il combat l’ennemi, sa ferme et ses récoltes sont pillées, détruites; l’emprunt devient ensuite sa seule ressource, ses dettes grossies par les intérêts dévorent le reste du patrimoine ; saisi par son créancier, il tombe entre les mains d’un maître, ou plutôt d’un bourreau.
A l’appui de ce récit, cet ancien centurion découvre ses épaules déchirées de coups. La foule s’ameute, le tumulte grandit; pour obtenir les enrôlements nécessaires, paraît un édit défendant : « de retenir dans les fers ou en prison aucun citoyen romain, et de l’empêcher de se faire inscrire devant les consuls ; de saisir ou de vendre les biens d’un soldat tant qu’il reste à l’armée, et enfin d’arrêter ses enfants ou petits-enfants »,