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CHAPITRE I

avant tout empêcher les enfants de ces pauvres de suivre la carrière de leurs parents, il est indispensable, au moyen d’une occupation sérieuse et professionnelle, de les transformer en serviteurs utiles de la Nation ; on peut à l'occasion en faire des marins.

Que l’on élise, en conséquence, dans chaque municipalité, tous les ans, écrit Ferez de Herrera, un gentilhomme portant le nom de Protecteur des orphelins et des enfants pauvres, chargé de surveiller cette partie importante de l’œuvre sociale entreprise. Le côté religieux restant bien entendu au nombre des principales préoccupations des éducateurs de cette jeunesse.

L’auteur désire que l'on fonde partout des fraternités ou confréries (Hermandades) analogues à celle instituée en la paroisse Saint-Martin de Madrid, s’occupant' des secours à domicile pour les pauvres honteux. En vue d’assister efficacement ce genre de miséreux, il est utile de réunir des ressources spéciales et abondantes, car eux au moins ne vont pas demander l’aumône comme les autres et leurs besoins sont beaucoup plus grands.

Quant aux individus susceptibles de travailler il faut les astreindre à un labeur en rapport avec leurs forces et leurs facultés, chaque agglomération d'habitants doit avoir cm père des travailleurs indépendamment de celui qui s’occupe des enfants. « Aviendo en cada Republicaun padrede trabajadores, y otros de moços, para que ocupen a unos, y otros procurando que ninguno ande ocioso en estos Reynos, teniendo salud, y edad, y fuerças para trabajar. »

Pour atteindre ce but Ferez de Herrera désire voir élever ou réedifier des maisons de travail — que se llamen del trabajo y labor — ; les autorités condamnant les femmes vagabondes à une réclusion laborieuse proportionnelle à leurs délits. Ce sont, en ellet, ajoute -t-il, ces femmes qui causent la perte des filles et des garçons.

Afin de veiller sur ces maisons et de s’assurer de la manière dont les autorités et juntes locales s’occupent des pauvres, l’auteur demande au roi de nommer une commission ayant à sa tête comme procureur général le Président du Conseil Royal.

11 requiert aussi la nomination d’alguazils en nombre suffisant

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pour arrêter les vagabonds, qui osent mendier sans la feuille de signalement prescrite ; ces agents doivent recevoir deux réaux par arrestation .

Ferez de Herrera, comme son prédécesseur Juan de Médina, voit dans l’ensemble de ces dispositions plus faciles, dit-il, à exécuter qu’on ne le croit, les moyens : d’extirper la mendicité, d’assurer la tranquilité des offices divins ; de mettre à même les pauvres de pratiquer les devoirs religieux, tout en trouvant des refuges en cas de maladie ou d’infirmités. La préservation des enfants reste également assurée .

Telles sont les grandes lignes des projets sortis au xvi® siècle des méditations d’hommes dévoués au bien public et au soulagement de la misère. Avec des nuances diverses ces auteurs veulent la répression des mendiants vagabonds ; la punition des faux pauvres, une organisation rationnelle de la bienfaisance sous a direction et le contrôle des autorités municipales.

Ces projets ne trouvent-ils pas de contradicteurs ? C’est ce qu’il convient d’examiner.

Le trésorier de l’hospice de Valladolid (El senor Thesaurero de la Real congregacion del Hospicio), fervent disciple de Médina, dont il réimprime le traité sur les pauvres, nous montre au début de sa préface les œuvres saintes toujours soumises à la contradiction, parce que V ennemi commun cherche à les entraver. Son astuce diabolique, continue-t-il, persuade à nombre de gens que le bien est le mal, et qu’il faut user de tolérance en raison des inconvénients que présente l’extirpation des vices. Aussi des personnes s’opposent-elles à l’établissement des hôpitaux et à la prohibition de la mendicité dans les rues. Les unes sont mues par la charité qu’elles veulent pratiquer d’une manière absolue ; d’autres agissent sous l’inspiration de préoccupations étrangères.

Quelques individus désirent qu’à leur porte se tiennent des nécessiteux afin de faire éclater aux yeux de tous leur générosité ; ce qui est en opposition directe avec la loi évangélique.

Chez certains riches ou considère comme plus facile, sans dévoiler son avarice, d’écarter un indigent qui demande un secours que de refuser son offrande aux représentants de l’asile où s’abrite cet infortuné.

22 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. INTRODUCTION. — CHAPITRE l‘'^‘

Quoi qu’il en soit, les tentatives d’org-anisation des secours publics dans les communes flamandes et au milieu des populations espagnoles suscitent, au xvi*^ siècle, d’ardentes protestations

On se demande, en premier lieu, si ces pratiques nouvelles, prescrites il est vrai avec une grande pureté d’intention, ne sont pas imprégnées des idées en cours chez les Luthériens ? Ne portentelles pas en outre atteinte aux doctrines tirées de l’Ecriture Sainte, aux canons des Conciles, auxtraditions et habitudes chrétiennes ?

Peut-on, en conscience, forcer les indigents à porter un signe distinctif ; leur assigner des limites hors desquelles ils ne peuvent solliciter les cœurs charitables ? Mais si, dans le territoire qui leur est départi, ils ne reçoivent rien, pourquoi les empêcher de gagner des localités plus riches ?

Pourquoi distinguer toujours entre les pauvres du pays et les étrangers dénués de ressources. Est-ce que tous les hommes ne sont pas frères en Jésus-Christ?

Ils simulent, dit-on, des infirmités ; ils recourent à mille ruses; c’est évident, et comme le remarque Jean Chrisostome, ces moyens condamnables en eux-mêmes font honte à notre inhumanité, puisque c’est elle qui force les pauvres à y recourir.

Et puis Dieu ne veut-il pas que le spectacle quotidien de la misère vienne toucher les cœurs ? Ces infortunés ne doivent-ils point, au jugement dernier, se dresser devant nous, témoins de notre dureté à leur égard ? En écartant les pauvres du milieu

35. Voir notamment : Discussions entre le Magistrat d'Ypres et les quatre ordres mendiants sur le mérite du îiouveau règlement concernant l'institution d'une bourse commune des pauvres (septembre 1530). (Docum. parlem., et discussions concernant la révision delalégis. des Etab. de bienf., in-8, t. I, Bruxelles. 1857, p. 278-311). Deliberacion en la causa de los pobres^ del maesti'o Fray Domingo de Soto, cathedratico de théologia en Salamanca y prior del convento de Santistevan de la Orden de los predicatores en Salamanca... treyntade Jene;ro, Ano del senor de 1545, in-4, 47 11. non chiffrés, collections de l’auteur. De œconomia sacra circa paiiperiim curam a Christo instituta, Apostolis tradita^ et in universa Ecclesia inde ad nostra iisqiie tempora perpétua religione observata, ciim quarundam propositionum, qiiæ huic sacræ œconomiæ adversantur, confutatione libri très. Authorefratre Laurentio a Villavicentio Xeresano Augustiniano, eremita (in-12, 272 p.). Antverpiae, MDLXIIII, ex officina Plantini. (Bibl. nationale, D. 4602. A.).

36. « Tiene pues Jesu christo necessitad destos pobres que andan en presencia

LES THÉORIES EN MATIÈRE d’ ASSISTANCE

du peuple on enlève mille occasions d’accomplir des actes méritoires pour le salut.

D’un autre côté, est-il permis d’attenter à la liberté de ceux qui demandent l’aumône sans se livrer à la fraude ou à des manœuvres coupables... Pourquoi emprisonner des créatures humaines qui ne font aucun mal, car la mendicité, lorsqu’on l’exerce par une dure nécessité est un acte naturel et non un crime. Il ne faut pas confondre les pauvres du Christ avec les fainéants, les vagabonds, les blasphémateurs, les voleurs. Les magistrats municipaux qui agissent ainsi, n’hésite point à dire Laurentius a Villavicentio, commettent un péché morteP^. Et puis, n’est-ce pas risquer de tarir la source des aumônes que de s’opposer à leur distribution directe aux malheureux ?

Cette fusion, plus ou moins grande, des œuvres existantes en une bourse commune^ ne peut d’ailleurs que nuire à leur existence et à leur développement^^.

Est-on sûr de la bonne gestion des asiles ainsi ouverts ; sontils toujours convenablement surveillés ? Prend-on les mesures nécessaires pour éviter les maladies contagieuses qu’engendre

de los avarientos ; para presentar los el dia del juyzio por testigos de su crueldad » (D. Soto, cap. xi, F. ii.)

37. « Sequitur deliberatio Brugi magistrorum atque scabinorum senatus civitalis Brugensis in négocie pauperum servanda, anno 1564, pronunciata cum responsione Fratris Laurentii a Villavicentio Xerezani. . . R. Episcopo ejusdem Givita tis, qui hoc ab ipso petierat exhibita. Responsio... Nec juste eam ob causam Senatus potest illos conjicere in vincula, peccabit que mortaliter cùm hoc fecerit. Nam mendj^are non est crimen, nec facinus, nec factum seditiosum, sed opus sanctum ac pium et naturale, cui Ghristiani commiserationem et favorem debent præstare, non in vincula nec in carceres rapere. » {Op. cit., p. 266).

38. « Il sera préjudiciable aux pauvres de ne pouvoir recevoir eux-mêmes leurs aumônes, et de ne pouvoir demander aux gens qui ont bonne volonté de leur donner. Plusieurs ont bien à donner aux pauvres du pain, du beurre, de la viande, du poisson, etc. ; mais ne peuvent donner de l’argent, et de cette manière ils cessent leurs aumônes. Du reste, des cœurs endurcis sont parfois attendris à la vue de la misère des mendiants', et leur font par suite l’aumône. » {Observ. des quatre ordres, op. cit., p. 291.)

39. « Quant à réunir en une bourse commune toutes les aumônes, qu’elles soient établies sous la dénomination de fables des pauvres ou autres il y a beaucoup à redire à ce sujet. . . » {Observ. des quatre ordres, op. cit., p. 284.)

40. « Personne n’est obligé de confier des aumônes à des mains étrangères; on peut craindre de les voir distribuer d’une manière irrégulière. Geux qui donnent leurs aumônes aux maîtres des pauvres peuvent-ils avoir la conscience tranquille ? Il paraît que non. Gar la charité chrétienne leur ordonne de s’informer eux-mêmes des pauvres, de déposer leurs aumônes en personne. » {Observ. des quatre ordres, op. cit., p. 293.)

INTRODUCTION

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