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CHAPITRE VIII

Mais le royaume ne renfermant pas un assez grand nombre d’hospices et de maisons de miséricorde pour permettre la séparation entre les administrés ordinaires et les vagabonds vicieux, il est décidé, en 1784, que l’on doit, afin de remédier aces graves inconvénients, construire des salles, ou lieux de correction, contiguës aux asiles. De telle sorte que tout en restant séparés des bons pauvres ces bandits incorrigibles puissent s’occuper du jardin et des travaux pénibles de la maison (Nov. Recop.^ Lib. XI 1, Tit. XXXI. Ley XII, art. 5).

Sous l’inqDulsion énergique du ministre Floridablanca (1777- 1792), les casas de misericordia prennent une rapide extension et la Société économique de Madrid met au concours l’indication des meilleures méthodes pour arriver à détruire la mendicité volontaire, 1781. Trente mémoire sont présentés et jugés dignes de l’impression.

Le mémoire de D. Juan Sampere y Guarinos, l’un des hommes les plus célèbres du temps, auteur de nombreux ouvrages de jurisprudence, de littérature et d’économie politique paraît devoir être placé au premier rang.

Il émet l’avis que pour être charitable selon l’esprit chrétien, il importe de distinguer deux sortes de malheureux : les vrais et les faux ; l’on doit se montrer ensuite plein de pitié et de compassion pour les premiers, tout en restant sévère envers les seconds.

Il distingue avec soin la charité intelligente et la pitié imprudente (( y entre la caridad discreta y la piedad imprudente. « Il désire que la Société de Madrid travaille à répandre ces idées dans les esprits, de telle sorte, que bien des délits soient évités et que l’Etat retrouve nombre de sujets utiles qui,aulieu de rester oisifs, travaillent à augmenter sa richesse et sa prospérité

Certains auteurs espagnols font à diverses reprises l’éloge des hôpitaux généraux français et reproduisent la circulaire de Louis XIV datée de l’année 1662^. Nous ne trouvons pas néan-

3. Coleccioii de las memorias premiadas...^ in-i, xxix-395 p. Madrid, 1784, n° 1, p. 1-35.

4. Heredia Bazan, Representacion al Rey N. S. D. Phelipe V sobre la importancia, y facilidad de esiablecer casas, y hospicios donde recoger los Pobres me ndicantes. In-i, 16 p. (paginée au recto) en Zaragoza, 1744.

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moins dans la péninsule de maisons de travail importantes créées sur les bases adoptées par les pays du Nord.

§ 2. — Les asiles Italiens affectés au renfermement des pauvres.

Le Pape Sixte V désireux de combattre la mendicité qui désole la cité de Rome achète une maison près le Ponte sisto^ la restaure pour continuer et développer l’œuvre commencée par Grégoire XIII (1587-1588). Sa fondation dure peu faute de ressources (Morichini, op. cit., p. 464).

Innocent XII reprend cette idée et veut fonder un hôpital général (1693). Le Palais de Latran est disposé de manière à pouvoir recueillir ces nouveaux hôtes. « Guidico non poter impiegare un miglior uso il suo Palazzo de S. Gio. Laterano, que facendone l’albergo stabile de’Poveri. » Il affecte de plus à ce pieux usage un vaste jardin voisin du dît Palais.

Lorsque tout est préparé les pauvres sont conduits en procession dans leur splendide demeure. C’est un spectacle digne d’admiration écrit le Père Guevarre, agréable aux yeux de Dieu [Lamendicità proveduta, op. cit.^p. 28 à 30).

Il n’est permis à aucun des administrés de rester oisifs, tous sont astreints au travail; on leur apprend à filer la laine, à tisser la toile, le drap ; à faire des bas, des chaussures ; à travailler le bois. Les femmes doivent filer, coudre, faire de la dentelle, blanchir et autres choses semblables. Application du précepte de saint Paul : « que celui qui ne veut pas travailler ne mange pas. »

Quant aux enfants délaissés et livrés à l’oisiveté, ils se trouvent réunis par les soins de ce Pontife à ^S. Michèle a Ripa grande.

Plus tard l’hospice apostolique comprend trois établissements S. Sisto, affecté aux vieillards indigents des deux sexes, au nombre d’environ 400 ; Saint-Michel renfermant 260 garçons ; Saint-Jean-de-Latran, conservatoire ouvert aux jeunes filles.

Clément XI désire réunir ces trois asiles en un seul et fait

construire par Carlo Fontana des bâtiments importants à Saint- Michel (1700-1715). Sous Benoit VIII (1726) VOspizio Apostolico^ abrite 1,160 personnes

A Venise des décrets — 26 mars 1514 et 17 décembre 1588 — cherchent à combattre la mendicité. Deux patriciens et deux bourgeois, réunis sous la présidence du Magistrat chargé de la santé publique, s’occupent de pourvoir aux besoins des pauvres en leur assurant du travail et un asile. Quelques années plus tard on décide l’érection d’un nouvel hospice dans cette Cité et l’on en jette les fondations (17 septembre 1595, 26 novembre 1598, 9 août 1600) [Rivista délia henef.publ.^ t. I, p. 449).

Le 1®‘* février 1583 le duc de Savoie Charles Emmanuel I publie des lettres patentes ordonnant la construction d’asiles destinés aux mendiants ; Charles Emmanuel II prend des mesures analogues à Turin (10 mars 1627) (Pettiti de Roreto, t. I, p. 105)

§ 3. — Suisse et Allemagne,

A Fribourg on utilise les mendiants et vagabonds à des travaux de voirie. En 1714 le Conseil désirant ouvrir un schallenwerk pour les individus qui y sont condamnés et les fainéants à la charge de la ville, établissement dans lequel on pourrait les employer à toute espèce de travaux publics, nomme une Commission chargée d’organiser cette institution.

En 1747 la situation est toujours la même, rien n’est fait, le Conseil s’occupant de la construction de la maison du Schallenwerk et du pénitencier, donne ordre au trésorier et à l’intendant des bâtiments de rechercher un lieu convenable pour l’érection de cet asile.

Le-rjglement de 1757 porte qu'il n’y a pas de meilleur moyen pour remédier à la vie oisive d’une foule d’individus que d’établir une maison de réclusion et de correction (Zutchthaus) ou un Schal-

5. A Saint-Michel 250 hommes et 250 femmes; 350 garçons, plus 250 filles à Saint-Jean-de-Latran jusqu’en l’année 1794.

6. Voir aussi : les édits des 30 août 1649, 9 mai 1650, 11 janvier 1651, 1®*' avril 1634 (Petitti di Roreto, t. I, p. 106).

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îenwerk dans lequel les jeunes gens peuvent être astreints à la discipline, les déréglés à la crainte et au respect, les débauchés à la pudeur, les paresseux au travail.

Les personnes envoyées au Schallenwerk doivent être partagées en trois classes, conséquemment en trois salles.

La première classe comprend les criminels condamnés à mort -et dont la peine capitale est commuée en une réclusion perpétuelle, avec collier et chaînes de fer aux pieds.

La seconde : les criminels moins coupables, mais atteints -cependant d’infamie ; ils portent le collier seul.

La troisième : tous ceux qui ne sont ni criminels, ni notés d’infamie ; « ils sont au dehors attachés sans collier, deux à deux à la charrette, avec des liens aux pieds »

Quant aux travaux énumérés par le même règlement nous trouvons : l’entretien des routes de la banlieue, le nettoyage des rues en ville, le coupage du bois au Hof, des extractions à opérer dans les carrières, etc. ^ (Th. Corboud, op. cit., p. 15 à 23).

John Howard (t. p. 1G9) nous fait admirer la maison de travail de Berlin ; c’est, dit-il, un bâtiment spacieux élevé en 1738. Il a deux cent AÛngt pieds de face, et cent soixante de largeur. Au centre est une cour. En 1781 on y compte 546 administrés : mendiants, paresseux, fripons ou libertins des deux sexes. Ceux qui peuvent travailler sont occupés, nourris, habillés, et on a les mêmes soins pour les infirmes.

«... Les habitants de cette maison se trouvent partagés en deux classes : l une est celle des pauvres, l’autre celle des cou-

7. Eu 1617 première mention de l’existence du Schallenwerk, soit de l’œuvre •des sonnettes. L’ouvrage considéré comme ignominieux ou infâme, consistait à ramasser les immondices des rues, surtout les excréments des animaux. Les sonnettes étaient agitées pour avertir les habitants des maisons du passage de ces balayeurs (Th. Corboud, op. cit., p. 14).

Dans son ouvrage: État des prisons et des hôpitau.x, John Howard (t. I", p. 309-311, planches 14 et 15) nous montre des criminels conduisant un chariot •destiné à ramasser tes immondices. Les coupables (hommes et femmes) sont reconnaissables à un collier de fer terminé par un crochet qui dépasse la tête,

■« son poids est d’environ cinq livres. »

8. Finalement, en 1757, « le grand Conseil décide d’affecter à l’établissement de >la maison de force ou schallenwerk, la maison qui servait d’habitation au maître des ouvriers charpentiers, nommé Jungo, qui est décédé, et de payer au maître qui le remplacera, ses journées, à raison de 6 batzen au lieu de 5, en compensation de la perte de cette maison et du jardin » (Th. Corboud, op. cit., p. 23).

pables. )) Les règ-lements veillent à la propreté, à l’ordre ; ils y préviennent toutes dissensions, tout sujet de plaintes. La police sévère de la Ville en éloigne les vagabonds et les mendiants (p. 170-171).

A Brême à la fin du xviii® siècle, en vue d’empêcher les jeunes désœuvrés de mendier en troupes dans les rues, ou songe à élever : « une maison de travail pour les employer d’une manière utile au public et à eux-mêmes. » Dans deux vastes chambres on voit en 1781, environ cent soixante dix enfans rassemblés, dirigés par des maîtres et maîtresses et filant à de petits rouets. Ils reçoivent au moins douze sous par semaine, mais ils ne sont ni logés, ni nourris dans la maison (J. Howard, op. cit., t. I,

Ce même philanthrope fournit également des détails sur « une maison de travail bâtie près del’Alster à Hambourg, et destinée à recevoir les pauvres, les mendiants et ceux qui ont commis de petits délits. (Le Werk-tund-uchl-haus). Il n’y a ni honte, ni infamie à y être renfermé. Les chambres ont quinze pieds de long. On y file, on y fait des bas, on y tisse la laine, le crin, le lin , on y râpe le bois de teinture et la corne de cerf. La tâche de l’individu robuste qui râpe ce bois est de quarante-cinq livres par jour. Quelques hommes, quelques chevaux sont occupés par un moulin à foulon. Cet asile renferme environ 600 personnes » {op. cit. y t. I, p. 154-156).

A Dresde les plaintes contre la mendicité sont vives au XVII® siècle. Les actes (1638-1639-1656) portent que cette mendicité publique est pratiquée dans les rues et aux portes des maisons, aussi bien par des estropiés et des infirmes que par des gens en pleine force, de sorte que les habitants se trouvent assiégés sans répit. Parmi ces quémandeurs les uns passent pour des étudiants sans ressources, d’autres prétendent être victimes d’incendies; ils apportent de fausses attestations et n’hésitent pas à pénétrer jusque dans l’intérieur des habitations (Bôhmert op. ciL,p. 38, 2® colonne). Pour remédier à ces abus une maison de travail est ouverte tardivement, ses commencements sont modestes ; la première mention qui en est faite remonte à l’année 1765 (même ouvrage, p. 58, 2® colonne).

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A Leipzig* un ancien hôpital, détruit durant les guerres, est reconstruit de 1668 à 1671 et dénommé hôpital Saint-Georges, il sert d’orphelinat et de maison de correction. En 1700 et 1702 on élève un nouvel établissement sur l’emplacement d’un ancien bastion de l’enceinte fortifiée (Bôhmert, op, cit., p. 103).

Louis Stroobant énumère la fondation de plusieurs asiles créés sur le modèle adopté en Hollande. Création à Lubeck (1613); ouverture d’une chambre de travail dans le « pokkenhaus », de Dantzig pour « la répression du vagabondage de la jeunesse » (1629) 9.

En ce qui concerne la Bavière le traducteur des essais du Comte de Rumford s’exprime ainsi (t. I, p. 4) : « L’ordre, l’industrie et l’économie régnent dans la maison de travail de Munich. Plus de quinze cents pauvres, arrachés à la fainéantise et à la mendicité, jouissant d’une existence heureuse et agréable, au lieu d’être l’opprobre et le fléau de la société, composent cet établissement dû aux soins du comte de Rumford. »

Pour ériger cet établissement situé en un faubourg de la ville, appelé L’Afz, on utilise une manufacture abandonnée. Quelques constructions sont faites et le fondateur y ajoute des boutiques de charpentiers, de tourneurs, de maréchaux ferrants, pourvues des instruments nécessaires. De vastes salles sont destinées aux fîleurs de chanvre, de lin, etc.

Sur la porte d’entrée, du côté de la rue, est gravée une inscription annonçant la destination de ce bâtiment; dans le passage qui conduit à la cour on lit, peinte en lettres d’or sur un fond noir, l’inscription suivante : « on ne reçoit ici aucune aumône. »

Ces préparatifs une fois terminés, tous les pauvres de Munich sont arrêtés et conduits à l’hôtel de ville, et leurs noms inscrits sur des fiches, puis ils reçoivent l’invitation de se présenter le lendemain à la maison de travail.

Des circulaires engagent les habitants à coopérer à l’œuvre si utile entreprise.

Les mendiants une fois ainsi réunis s’occupent à des travaux faciles ; ils montrent une certaine maladresse au début tout en

9. Louis Stroobant, Le Rasphuys de Gand {Ann. delà Société d'hist. et d'arch. de Gand, t. III, 1898-1900, p. 252-253).

faisant preuve de docilité, les progrès sont rapides. On vient travailler dans la maison transformée en atelier ; l’heure de l’ouverture est avancée ou retardée selon les saisons.

Les pauvres y prennent un repas substantiel et retournent le soir chez eux.

Le comte de Rumford décrit avec un soin minutieux les divers services de la maison, les avantages qu’elle procure au public, surtout aux débitants, qu’elle délivre de l’importunité de tant de gens sans aveu.

Cette œuvre a, en raison de ses charges, une existence éphémère et, au moment même où paraît la traduction de ces essais^ l’Institut de Munich succombe sous le poids des dépenses, ne laissant que des dettes

Au commencement du xviii*^ siècle, il se fonde également à Vienne des manufactures, qui servent de maisons de travail pour les pauvres, les mendiants et les vagabonds.

§4. — La Hollande et les Pays-Bas.

A Haarlem, se trouve un Spin-House, ou maison servant de correction aux libertins et d’asile pour les pauvres. A la fin du xviii® siècle, cet établissement est vieux, mal situé ; John Howard, lors de ses visites, y rencontre de quarante à cinquante administrés, la plupart délinquants des deux sexes, occupés à divers travaux a notamment à tisser une toile grossière, qui a des raies bleues à six pouces de distance l’une de l’autre, pour la distinguer de toute autre et prévenir tout emploi qu’on en pourroit faire hors de la maison » [op. cit..^ t. I, p. 107).

Les règlements des tiichthuys d’Amsterdam remontent à l’an-

10. Le pasteur Naville {op. cit., t. II, p. 178) fait à ce sujet une remarque curieuse (année 1836) ; « Cet institut du comte de Rumford, dit-il, qui est presque oublié dans le pays même où il exista, vit et prospère dans des écrits qui se publient journellement et dans l’opinion {générale. Constamment encore on le cite avec des éloges que ne viennent pas contredire les comptes de l’Institution actuelle, car elle n’en rend pas. » Naville cite des ouvrages publiés en 1806, 1822, 1828, 1832, 1835, qui parlent de cet Institut comme étant dans un état florissant, alors que" sa ruine remonte à 1799.

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née 1595. «. Ces rasphuijsen, dans lesquels l’emprisonnement est appliqué comme peine et non à titre de mesure préventive, sont les premiers champs d’expérience où l’on essaye (dans le Nord) de ramener au bien par le travail et la prière, les vagabonds et les criminels de minime importance. » Louis Stroobant voit là le prototype des asiles de même nature créés dans la suite {op. cit.^

L’occupation principale des renfermés est de moudre ou de râper des bois pour la teinture

A Bruxelles, 1621-1623, le magistrat fait élever un tuchthuys ; on y travaille le drap, et le produit de la fabrication se trouve partagé, par moitié, entre les reclus et la direction qui se charge de leur entretien.

Il est question à Gand (1626) de transformer le château de Gérard le Diable en maison de correction ; dans une grande tour on doit placer les ateliers et les moulins à râper le bois de campêche, travail habituel qui fait donner le nom de rasphuis à ces établissements i-.

Dans tous ces instituts, le régime est sévère; « ils sont destinés à réduire par le travail les jeunes mendiants, à les habituer à une vie vertueuse, tout en imposant une crainte salutaire aux vagabonds étrangers. »

Au dire de Louis Stroobant [op. cit., p. 215) au Rasphuys d’Amsterdam, ainsi qu’à celui de Bruges, on emploie pour intimider les paresseux récidivistes une punition spéciale : « A peine le détenu est-il descendu dans une cave où se trouve une pompe d’épuisement, que l’eau fait irruption et monte d’une manière

11. « Au-dessus de la porte d’entrée du Tuc/ii/iu^s d’Amsterdam se trouvait sculpté dans la pierre un chariot traîné par des animaux féroces, chargé de bois du Brésil et d’instruments de travail. Le conducteur armé de son fouet, était assis sur le chariot. Au-dessus, en lettres d’or : Virtitus est domare quæ cuncti pavent. Dans la façade, était sculptée une figure de femme symbolisant le châtiment, ayant deux reclus à ses côtés et l’inscription : Castigatio.. . » (Louis Stroobant, op. cit., p. 249).

12. Les Etats de Flandre (1627) décident la construction de trois tuchthiiysen à Gand, Bruges et Ypres. « L’expérience, disait le magistrat de Gand, démontre que les fainéants, tant regnicoles qu’étrangers, fuient les tuchtuyzen de Bruxelles et d’Anvers et viennent vagabonder par ici en nombre croissant. Ils se forment en bandes à la ville et à la campagne et accaparent toutes les aumônes » (Louis Stroobant, op. cit. . p. 191).

inquiétante. Le paresseux craignant la noyade se précipite sur la pompe qu’il est obligé de manœuvrer sans relâche »

Ainsi qu’il est facile de le voir par tout ce qui précède, ces maisons de travail de la région du nord sont destinées à imprimer une crainte salutaire aux vagabonds et gens valides se livrant à la mendicité. C’est un de leurs caractères principaux. Nous retrouvons ce même principe , encore plus accentué, en Angleterre

§5. — Le Workhoiise anglais.

Gomme complément indispensable de la taxe des pauvres, les législateurs anglais recourent au renfermement des indigents. Quatre sortes d’établissements peuvent les recevoir : la prison commune ; les petites maisons de réclusion, appelées Bridewels et que bon rencontre dans presque tous les Comtés, c’est la clé de voûte de tout le système ; les maisons de correction ; enfin les Workhouses.

Les maisons de correction sont construites habituellement en vue de renfermer les gens sans travail ou les vagabonds, on peut

13. Christian Paultre(o/). cit..p. 590) indique également izne lettre d'un mendiant aiipublic, éditée à la suite de l’ordonnance française de 1764 et où ce genre de punition se trouve mentionné. Remarquons toutefois que John Haward écrit : «on a dit qu’on enfermoit les coupables dans des caves où il falloit qu’ils pompassent sans cesse pour ne pas être noyés ; mais c’est une erreur condamnable » {op, dt.. t. I, p.ll7).

14. Principaux ouvrages consultés : E. M. Leonard, The early History of English Poor Law Relief., op. cit. Ribton-Turner, Vagrants.. . op. cit., chapter vin. Ext. de l’ouvrage de Morton-Eden par Larochefoucauld-Liancourt. Paris, an VIII, op. cit., Sir J. Nicholls, op. cit., H. Dendy, Origin and History of the English Poor Law (Aspects of the social Problem, by varions Avriters, editcd by Bernard Bosanquet, n. 13, London, 1895). E. H. de Froment, L'assistance légale et la lutte contre te paupérisme en Angleterre (thèse), in-8, v-179 p., Paris, 1905.

15. « The institution of Bridewell w^as therefore the Keistone of thewhole System. «(Léonard, op. cit., p. 65.) « Le Bridewell de Londres, écrit Howard ( 071. cit.,i. II, p. 135), fut autrefois un palais voisin du puits de sainte Brigitte (s. Bride’s) et c’est de là qu’il prit son nom, qui a été appliqué à toutes les autres prisons de cette espèce, lorsqu’il l’est devenu lui-même. Il fut donné à la Ville par Edouard VI en 1552. » « The London Bridewell was destined to be the forerunner of so many Bridewels or Houses of corrections... » (Leonard, op. cit., p. 36).

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s en servir comme d’hôpital pour les vieillards et d’école industrielle affectée à la jeunesse (Léonard, op.cit., p. 113)

Par un Act 1575 (18 Eliz., cap. 3) , les juges de paix sont autorisés à acheter ou à louer dans chaque comté des immeubles et à les convertir en maisons de coî'rection^ approvisionnées de chanvre, de lin, d’étoupes, afin que les jeunes gens soient formés au travail et que les paresseux n’aient point l’excuse d’être sans occupation.

Jacques I®’’ (7 Jam. I, cap. 4, 1609-1610. Nicholls, p. 234- 235) confirme l’envoi des vagabonds dans les maisons pvévues par Elisabeth et dont le nombre est encore restreint ; il en veut une par Comté

La première maison de travail (w^orkhouse)^^ est inaugurée à Bristol avec l’assentiment du Parlement (1697). Le succès obtenu par cet établissement amène la création de plusieurs autres : à Worcester, Hull, Exeter, Plymouth, Norvs^ich, etc. ^9.

Un Act de Georges 1 (9 Geo. I, cap. 7, 1722) généralise cette institution, il veut même que tout individu refusant d’entrer au Workhouse soit rayé du contrôle des secours paroissiaux -O. L’offre

16. Les Acts parlent constamment de l'envoi des paresseux et oisifs à la prison commune ou à la maison de correction : « Justices of the peace are empoweredto commit to the house of correction^ or common goaf such poor persons as shall not employ themselves to work, being appointed thereunto by the overseers... » (39 Eliz., cap. 3, 1597-1598. 43 Eliz., cap. 2, art. 4, § 3, 1601. Nicholls, t. I, p. 196, The Statutes by Danby Pickering, vol. VII, p. 31, Cambridge, 1763).

17. Un autre Act 21, James I, cap. i, 1623-1624, rend perpétuel cet Act de la 39® année du règne d’Elisabeth; il n’était, en effet, promulgué que pour trente ans (Nicholls, t. I, p. 239).

18. Les workhouses sont des asiles municipaux ou paroissiaux, les maisons de correction sont soit municipales, soit de comté (Leonard, op. cit., p. 227).

19. Nicholls, 1. 1, p. 373. Worcester, 2 and 3 Anne, cap. 8, 1703. Nicholls, t. I, p. 385. Plimouth, 6 Anne, cap. 46, 1707. Nicholls, t. I, p. 387. « The workhouses then established in the varions counties were as follows : in Bedfordshire, 13 ; Berkshire, 1 ; Buckingharmshire, 11 ; Gambridgeshire, 5 ; Devonshire, 3; Essex, 20 ; Gloucestershire, 2 ; Hestfordshire, 16 ; Kent, 7 ; Lancashire, 1 ; Leicestershire, 5 ;Lincolnshire, 1 ; Middlesex, 14, of which 8 were in the City, 4 in Westminster, and the other 2 at Enfield and Hai’row ; Norfolk, 1 ; Northamptonshire, 16 ; Oxfordshire, 3 ; Somersetshire, 1 ; Suffolk, 1 ; Warwick, 1 ; Wilts, 1; Worcester, 1 ; York, 2; total, 126 ».

De 1701 à 1725 on y reçutl2, 265 Beggars, sturdy Vagabonds, etc. (Ribton-Turner, op. cit, chap. vin, p. 190).

20. Nicholls, op. ciL, II, p. 14. « And provides that relief may be refused to ail who décliné to be lodged in such houses. The « ofter of the house » is therefore definitely made a test of destitution » H. Dendy, Hist. of the Eng. Poor Lato, op. cit., p. 215.

d’admission dans ces asiles est considérée comme la pierre de touche de la misère.

Or, le régime des maisons de correction et des workhouses est de nature à effrayer les pauvres. C’est justement le résultat cherché

La bonne Bess habituée à faire mourir les papistes dans d’épouvantables supplices, n’hésite pas à prescrire que les individus envoyés aux maisons de correction doivent y être traités rudement, tant au point de vue du travail que de la nourriture.

Les directeurs ont en outre le droit dé châtier, de temps en temps, les internés, comme ils le jugent à propos (18 Eliz., cap. 3, 1575-1576. Nicholls, t. 1, p. 171).

Jacques agit de même, il parle de colliers, de chaînes, de flagellations modérées (and by moderate vs^hipping). (7 James 1, cap. 4, 1609-1610. Nicholls, t. 1, p. 234-236).

La Reine Anne s'en rapporte aux directeurs pour ce qui concerne les châtiments ; lorsqu’un pauvre renfermé se conduit mal, ne se soumet pas aux règlements, c’est à eux qu’il appartient de lui infliger des peines raisonnables (the giiardians are also empowered to inflict such punishmentas to themshall seem reasonable). (10 Anne, cap. 15, 1711. Nicholls, t. 1, p. 395-397).

Mais l’excès en tout amène une réaction ; à la fin du xvHi® siècle, un Act de 1782 (22 Geo. 111, cap. 33)"- dénommé Gilbert' s Act^ du nom de celui qui en est le promoteur, autorise la formation d’union de paroisses pour construire un workhouse commun. Le caractère de cet établissement est complètement

21. (( L’expérience, dit Le Play {Ouvriers européens, III, chap. vi, p. 313), ayant démontré que ce système était le contre-poids indispensable du principe absolu posé par la loi, le régime des Workhouses fut généralisé en 1723, par un statut qui réduisit dans une proportion considérable les charges des paroisses. Gomme en pareille matière il est difficile de se tenir exactement entre les limites tracées à la fois par l’humanité et par l’intérêt public, les administrations locales furent souvent conduites à exagérer le principe conservateur de 1723. Appliqué avec rigueur, ce principe donnait aux inspecteurs des paroisses le pouvoir de laisser périr les membres d’une même famille qu’un peu d’assistance eût sauvés, mais qui, voulant avant tout rester unis, repoussaient la pensée de se séparer pour être soumis isolément au régime du Workhouse. »

22. K 29 th. session provides, that no person shall be sent to such poor-housc, except such as arc become indigent by old âge, sickness, or infirmitics, and are unable to acquire a maintenance by their labour.. . » (Nicholls, t. II, p. 89-92).

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modifié, alors il devient un poor-house^ renfermant des vieillards, des infirmes, des mères chargées d’enfants illégitimes^^s^ Quand aux valides, on doit leur trouver du travail non loin de leur résidence.

Un^c^ postérieur (30 Geo. III, cap. 49, 1790. Nicholls, tome H p. 106) charge les Juges de Paix, ou leurs représentants, de visiter les Workhouses en s’assurant ainsi de leur bonne tenue. Ils doivent veiller surtout à ce que l’on n’y conserve pas d’individus atteints de maladies contagieuses.

Quoi qu’il en soit, il est facile de se rendre compte de la différence qui existe entre la conception de VOspizio Apostolico de Saint-Michel sur les bords du Tibre et Torganisation des Workhouses sous le règne d’Elisabeth et de ses successeurs immédiats.

§ 6. — Les populations de VEst de VEurope.

Au XV® siècle, le nombre des indigents s’accroît en Pologne, des pauvres, des vagabonds se répandent en foule dans les villes et les campagnes, ils prennent souvent de force ce qu’ils n’obtiennent pas de bon gré. La situation devient menaçante, des mesures de précautions sont nécessaires et Jean Albert (ou Jean 1) limite le chiffre des indigents auxquels le droit de mendier est octroyé (1496)

L’exécution de cette mesure est confiée dans la ville aux Magistrats, à la campagne aux curés ou aux propriétaires ; on donne aux nécessiteux des marques distinctives. Il faut tenir compte aussi des capacités de chacun pour le travail et ne pas octroyer ces marques aux valides.

Les mendiants qui transgressent ces prescriptions sont arrê-

23. « In the latter half of the eighteenth century, therefore, the Workhouse approaches more nearly to being a hospital for the impotent and a refuge for the infirm and children, than to either the Houses of corrections or the industrial schools from which they developed » (H. Dendy, op. cit.^ p. 215).

24. Nous devons ces renseignements si précis sur le royaume de Pologne à l’inlassable obligeance de M. de Moldenhawer, juge au tribunal de Varsovie. Nous lui en exprimons ici de nouveau toute notre reconnaissance .

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