CHAPITRE IX
LES HÔPITAUX GÉNÉRAUX DE FRANCE
l.e partie
l’hôpital Général de paris (1656-1657).
§ 1®‘\ — Tentatives faites pour « V establissement cT hospitaux des pauvres enfermez . »
L’an de grâce 1576 Nicolas Hoüel « marchand a]3otiquaire, épicier, bourgeois de Paris » a l'excellente idée de fonder un asile pour « former un certain nombre d’enfans orphelins, premièrement à la pieté et bonnes lettres, et par après en l’art d’apotiquairerie, et y soyent préparées, fournies et administrées gratuL tement toutes sortes de médicamens et remèdes convenables aux pauvres honteux de la ville et fauxbourgs en leurs infîrmitez et maladies » (Félibien, tome P^des preuves, p. 721).
Henri III approuve ce projet et accorde à la Maison de la charité chrestienne^ « tous les deniers à provenir de la recherche des comptes des Hostels-Dieu, léproseries, maladeries et confrairies du royaume et des malversations commises par les gouverneurs et administrateurs d’icelles L »
Commencée aux Enfants rouges la fondation est, à la suite de vicissitudes diverses, transférée au faubourg Saint-Marcel ; elle comprend alors des bâtiments convenables, une chapelle et un
1. Edit et Lettres de commission: Set 20janv. 1577, 14 juin 1584, 20 janv.,8mai 1585 (Félibien, op. cii., p, 723 et suivantes).
jardin où poussent les plantes médicinales. Nicolas Hoüel meurt, rétablissement périclite sous la direction de son successeur, et en 1596 Henri IV« veut que les pauvres gentilshommes et soldats invalides soient nourris, pensez et medicamentez dans cet hospital de la Charité chrestienne » (Félibien, t. P** des preuves, p. 729). Ils doivent même y être logés
Les guerres qui troublent la fin du xvF siècle amènent en effet, une recrudescence dans le nombre des anciens officiers et soldats réduits à la misère. Henri IV trouve expédient de leur accorder des pensions et d’en placer quelques-uns dans l’asile du faubourg Saint-Marcel au lieu de continuer à les imposer à titre d'oblats aux supérieurs de certains monastères.
L'établissement ainsi transformé disparaît et il faut attendre l’année 1674 pour voir Louis XIV élever, sur desbasesgrandioses, V hôtel des Invalides dont nous admirons encore aujourd’hui les bâtiments somptueux^.
Dès la première année du règne de Louis XHI cette pensée de renfermer les pauvres hante les esprits.
En novembre 1611, rédaction des statuts pour les hospitaux des pauvres enfermez^ ils doivent « estre natifs de la ville, prevosté et vicomté de Paris, » Les hommes et les femmes étant séparés en diverses habitations.
(( Les femmes et enfans masles ou femelles, au dessoubz de huict ans, restant ensemblement, comme aussi les enfans des pauvres forains, de gré k gré et du consentement des père et mère. »
Le programme comprend l’allocation des aliments nécessaires
2. « Les dits pauvres estropiez vieux etcaducqs et leurs successeurs estans do la dite qualité, seroient non seulement nourris, pensez et medicamentez en la dite maison, mais qu’ils y seroient logés pour y demeurer et faire leur habitation (Lettres patentes, octobre 1597 et 2 juin 1600. Félibien, t. I®’' des preuves, p. 731).
3. « N’ayant esté faict autre fonds pour les secourir, que de quelques places de religieux laïs qu’on leur donnoit ez abbayes et prieurez, de ce Royaume, qui souvent leur coustoient plus à poursuivre, qu’elles ne leurapportoient de commodité. (Edits, juillet 1604 et juin 1606), Félibien, t. II des preuves, p. 28 et 30.
4. Comme tout change en ce monde les bâtiments subsistent, mais les invalides n’y sont plus qu’en nombre extrêmement restreint. Le système de pensions à domicile prévaut à l’heure actuelle. Dans quelques années il n’y aura plus dans la fondation de Louis XIV que des bureaux du Ministère de la guerre, des musées et le tombeau de Napoléon I®'.
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et l’organisation de travaux appropriés à chaque sexe et à chaque âge : moudre de la farine, brasser de la bière, « scier des aix et battre du ciment, filer, faire bas d’estame, boutons et autres ouvrages »
Cet essai est considéré alors comme le point de départ d’une organisation devant s’étendre à toutes les provinces ; le Roi désirant favoriser, autant de possible, « le soulagement des vrays pauvres, et le chastiment des mauvais et mendiants valides, qui desrobent aux vrays nécessiteux le fruict de la charité de ses bons subjects. »
. Au bout de quelques années ces projets avortent, nous les voyons reparaître en 1622. Le roi ordonne par lettres patentes du mois de février l’installation d’un asile « titulé et nommé par son peuple sa maison royale de Monburt, en mémoire perpétuelle de la victoire remportée sur les rebelles. » Il s’agit de l’île de Grenelle et « du grand ménage économique que le Roi veut charitablement et miséricordieusement y être exécuté par les bourgeois de sa bonne ville de Paris, envers ceux qui affluent en icelle et tombent journellement en pauvreté, tant valides qu’invalides, vagabonds et vagabondes, de l’un et l’autre sexe, soit jeunes et vieux, non gardant le lit de maladie. »
Il faut dans ce projet que les administrés travaillent fermement « sur peine d’y jeûner rudement, qui est le châtiment que Dieu ordonne aux faineans et celui qui les range le plus au travail »
5. Statuts pour les hospitaux des pauvres renfermez, in-8, à Paris, chez P. Mettayer, MDGXI (Réimpression). Lettres patentes du Roy, 27 aoust 1612, in-4, 6 p. Mémoires concernant les pauvres qu'on appelle enfermez (1612), Gîmber et Danjou, Arch. cur. de l'hist. de France, P® série, t, XV, p. 243 à 270. Lettres patentes du 28 mai 16J2. Code de Vhôp. Gén., p. 283.
6. Préambule de l’édit d’avril 1656 relatif à l'hôpital général (Isambert, t. XVII, p. 326) « ...Sur ce fondement fut projeté et exécuté le louable dessein de renfermer (ces mendians oisifs) dans la maison de la Pitié, et lieux qui en dépendent; et lettres patentes accordées pour cet effet en 1612, suivant lesquelles les pauvres furent enfermés, et la direction commise à de bons et noiahles bourgeois, qui successivement les uns après les autres, ont apporté toute leur industrie et bonne conduite, pour faire réussir ce dessein. Toutefois quelques efforts qu’ils aient pu faire, il n'a eu son effet que pendant cinq ou six années et encore très imparfaitement. »
7. Projet de dépôt de mendicité sous Louis XIII (1622) {Revue rétrospective, 2® série, t. III de la page 207 à la page 286. Voir notamment les pages 208-239 et 284).
Si cette question de renfermement des pauvres n’aboutit pas, elle demeure à l’ordre du jour et l’auteur des Caquets de V accouchée^ met dans la bouche d’une bourgeoise de qualité ce propos : (( A quoy sert de nous taxer et cottiser pour les pauvres enfermez si on ne les y renclost »
Le 16 juillet 1632, arrêt de la cour de Parlement, au sujet de « l’establissement d’un hospital général dedans lequel les pauvres de toutes sortes de conditions y poussent estre commodément logez. » On doit y affecter « une année de la taxe des aulmosnes des communaultez et habitans de la ville »
Mais si, à Paris, en raison de l’immensité de la tâche à accomplir les projets restent sans exécution, il n’en est pas de même à Lyon. A la suite d’une famine terrible (1531), les Lyonnais voient arriver dans leurs ports « plusieurs bâteaux remplis d’une multitude de pauvres que les Provinces voisines sont hors d’état de nourrir. » Les habitants de cette Cité si hospitalière touchés de compassion, pourvoient au plus pressé et décident d’installer une maison destinée à ces infortunés. « MM. les Archevêques et MM. les Comtes de Lyon font construire l’Eglise ; les autres bâtiments s’élèvent par les libéralités de l’illustre famille d’Halincourt et de plusieurs généreux citoyens. » L’hôpital de la Charité devient en peu de temps un asile pour tous les indigents
L’on ne voit pas dans cette maison « la confusion qui est ordinaire parmy des milliers de personnes ramassées ; mais l’ordre y est gardé comme dans une Religion bien réglée, les Pauvres ne s’employent à autre chose qu’à loüer Dieu, à le prier pour la santé du Roy, et pour ceux qui leur font du bien,
8. Les caquets de V accouchée (vers 1622), nouv, édit. 1855. Seconde journée, p. 69-70 « Il y a tant de pauvres maintenant (dit cette bourgeoise) que nous en sommes mangez. Je ne scay comment on ne fait pas un reglement sur ce désordre, mais ceux qui ont charge des bureaux sont bien aise de pescher en eau trouble . »
9. « Et que les deniers en provenans seront mis entre les mains de maistres Pierre du Buisson et Garnier pour estre employez jusques à vingt mil livres en l’achat des héritages propres pour bastir l'hospital général et le surplus en la despence des pauvres enfermez » (Félibien, t. III des preuves, p, 85).
10. Statuts et rèqlement de Vhôp. général de la charité et aumône générale de Lyon, in-4, 1742, p. vii-viii.
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et à leur travail qui n’est pas excessif, mais suffisant pour empescher loisiveté »
A Marseille, dès l’année 1641, on estime « qu’il est nécessaire d’établir une maison de charité pour y enfermer les pauvres mandians, hommes, femmes et enfans orphelins et autres nécessiteux n’ayant point le moyen de gagner leur vie, et les élever en la crainte de Dieu et au travail dont ils sont capables. »
« L’heureuse institution de cet hôpital général, disent les statuts, est soutenue par le zèle ardent du pieux messire Emanuel Pachier Théologal de l’Eglise Major, à qui Messieurs les Consuls en donnent la conduite »
Peu de temps après (1650) la ville de Nantes réussit à transformer les anciens bâtiments de son Sanitat^ en un refuge ou dépôt de mendicité,
Le 3 mai de la même année le Parlement de Normandie rend un arrêt portant que tous les pauvres divaguant par la ville doivent être renfermés, les hommes et les garçons dans les halles, les femmes et les filles dans la Tuerie^ où l’aumône leur sera distribuée. Une partie des indigents non valides est internée aux hôpitaux de Saint-Martin du Pont et de Saint-Vivien. Pour subvenir à ces dépenses, des cotisations forcées sont levées sur les habitants
Autre arrêt du 23 avril 1654, les enfants doivent être renferfermés dans la maison des pauvres de la Maresquerie ; et les mendiants employés à des ouvrages publics
11. Inst, de Vaumosne génèmle de Lyon, 6« édit., in-4, 1662, p. 3.
12. Préambule de l’édit royal en forme de lettres patentes (1689). Statuts et réglemens de Vhospice général de la Charité de Marseille, in-12, 4 feuillets, 112 p. Marseille, 1713.
13. Léon Maître, L'ass. pub. dans la Loire-inf . , op. cit., p. 375.
14. Ch. de Beaurepaire, Rech. sur la répression delà mendicité dans l’ancienne généralité de Rouen, op. cit., p. 8. « Ce fut, ajoute cet auteur, p. 9, le premier essai d’un système qui fut définitivement organisé par l’édit du mois de mai 1681, vérifié en Parlement, les chambres assemblées, le 23 juin de cette même année. .)>
15. Arrest delà Cour du Parlement de Rouen donné les chambres assemblées le vingt-troisième jour d’avril 1654, in-4, 12 p. Rouen, Jean Viret, 1655. Instruction pour renfermer les Pauvres dans les villes, et y empescher la mendicité, a l'exemple des villes de Rouen, Lyon, Reauvais, Chartres et autres de çe Royaume in-4, 7 p. Roüen, Jean Viret, 1655. On lit dans cette dernière plaquette (p. M) ; « Les villes de Chartres et de Beauvais, ont commencé quelque chose de semblable en l’année 1653. Il faut lire le livre qui a esté composé sur le sujet du dessein de