Abbé Goiffon, Les hôpitaux de Nimes, op. cit.^ p
14. Hist. de la Compagnie de Jésus, par Crétineau-Joly, t. IV, chap. v, cité par Léon Maître, Assistance Loire-Inférieure, op. cit., p. 376.
15. M. de Morangis, intendant à Caen écrit au Contrôleur général, 27 nov. 1683, « Je connois trop votre piété pour craindre de vous importuner en vous rendant compte des hospitaux qu’on a establis depuis peu dans cette généralité. Le P. Ghaurand a commencé celuy de Vire ; mais le P. Dunod, jésuite, l’a achevé, et a fait ensuite celuy de Valognes, où jamais il n’y en avait eu ; ceux de Coutances, Cherbourg, Saint-Sauveur, Granville, Carentan et Thorigny et a rétabli entièrement celuy de Saint-Lô, dont tout le revenu estoit dissipé. L’ordre qu’il y a mis est si bon que la mendicité est absolument cessée dans ces villes » (^De Boislisle, Corresp. des Intendants, op. cit., t. 1®% n° 38, p. 8).
instructions du Père Dunot, dont l’expérience est généralement reconnue »
Ce Père se cantonne plus tard dans la région de l’Est, son pays natal, et joint à ses missions d’importantes études sur l’archéologie de la Franche-Comté.
Quant au P. Guevarre il naît au diocèse de Vence (1646) et ne semble point entreprendre de croisade charitable avant 1687. 11 accompagne le P. Chaurand à Marseille, puis le rejoint à Rome. Tout en remplissant des fonctions diverses qui lui sont confiées par sa Compagnie, on le trouve à Aix, en Languedoc, dans la Gascogne, le Dauphiné. Au début du xviii® siècle son zèle l’emporte au delà de la frontière ; il crée les hôpitaux de Chambéry {1714), de Turin (1 717). Poursuivant sans se lasser ses campagnes, et secondé par de dévoués auxiliaires, il dote, malgré son âge avancé, d’asiles semblables, les capitales des dix-huit provinces de la monarchie de Savoie. Les pauvres sont réunis et formés au travail (Ch. Joret, op. cit., p. 43).
Ce missionnaire infatigable meurt à Turin le 22 juillet 1724.
Les succès de ces Pères Jésuites sont considérables et la remarque de l’Intendant de Caen, M. de Morangis, peut s’appliquer à la plupart de leurs œuvres : « Ces établissements, écrit-il, bannissent également la mendicité et la fainéantise, et ce qu’il y a d’étonnant, c’est que les riches avouent que leurs aumosnes faites avec ordre et justice, sont moindres qu’elles n’estoient quand ils donnoient aux pauvres passans et aux mendians de profession. »
§ 3. — Le développement des hôpitaux généraux dans les Provinces.
Parmi ces établissements les uns sont élevés après mûres délibérations des autorités locales, une fois que l’on s’est assuré de ressources suffisantes et de revenus fixes.
16. Not. hist. sur Vhosp. d'Albi, par G. Crouzet, 1853-1856, in-A, autoffraphié, «hap. II, p. 7 et 8.
LES HÔPITAUX GÉNÉRAUX DE FRANCE
D'autres, surtout ceux que font sortir de terre comme par un coup de baguette les Pères Chaurand et Guevarre sont établis à la Capucine c’est-à-dire sur les seuls fonds de la Providence sans rien demander à l’Etat et au Roi.
Voici la manière de procéder des Missionnaires Un Père délégué à cet effet se présente « assisté d’un bon prêtre qui fait le catéchisme aux enfants. » Les premiers sermons portent sur l’obligation de l’aumône, spirituelle et corporelle, due aux pauvres. Après avoir résumé les horreurs de la vie des mendiants et des vagabonds le prédicateur expose que l’on peut facilement remédier à cet état de choses si regrettable « sans faire aucune levée sur le peuple, sans aucune taxe, et sans que les particuliers même soient obligés d’augmenter leurs aumônes. »
Que l’argent donné inconsidérément aux quémandeurs est bien plus profitable si ces nécessiteux sont rassemblés dans une maison commune et formés au travail. Qu’une fois l’asile organisé, les fondations et donations ne doivent pas lui manquer, « car on donne plus volontiers aux Hôpitaux établis qu’à ceux qu’on parle d’établir. Le présent touche et de pauvres créatures enfermées excitent la compassion »
17. On lit dans l’opuscule déjà cité de V Assemblée charitable de Paris (p, 131), « le R. P. Chaurand, missionnaire jésuite, établit des hôpitaux généraux en huit et dix jours dans les villes mêmes et bourgades les plus petits et les plus pauvres. >» L’auteur de la narration brève et exacte des asiles de pauvres fondés dans la ville d'Avignon... ouvrage du P. Garayon, op. cit., p. 361, s’exprime ainsi; en parlant du P. Chaurand «... trouver, en peu de temps ou pour mieux dire, faire sortir du néant une maison capable de recevoir immédiatement les pauvres, et la fournir en conséquence de toutes les choses nécessaires. C’est une affaire de deux ou trois jours... »
18. « A la Capucine. Phrase adverbiale, à la manière des Capucins, Cette expression entre souvent dans le discours familier, on dit: Il parle a la Capucine, il chante à la Capucine. On dit aussi d’une chambre mal meublée, qui n’a qu’un mauvais lit, une table et deux chaises de paille, qu’elle est meublée à la Capucine » (Dict. de Trévoux). Voir également une petite plaquette de 4 p. réimprimée en l’an 1685 : « Avis très important de l’Avocat général des pauvres, et Procureur des Missionnaires qui établissent les hôpitaux généraux àla Capucine, suivant les ordres du Roy ...»
19. Le secrétaire de l’Assemblée charitable de Paris publie p. 9 à 13, des extraits de lettres qui lui auraient été adressées, en 1678, par le P. Honoré Chaurand à la suite de la création de divers hôpitaux en Bretagne. Ces lettres sont-elles authentiques ? c’est fort possible ; en tous cas elles résument très exactement la manière de procéder des missionnaires,
20. A Auchl712. « Le Père Guevarre monté en chaire a expliqué la nécessité de ces saintz establissemens de charité, la gloire qu’ils procurent à Dieu et les avan-
Le Père lit ensuite au peuple les Edits Royaux, la lettre circulaire de juin 1676 ; « il paraphrase cette lettre divine qui persuade tout le monde. » On le voit s’appuyer sur l’exemple de S. Charles Borromée pour prouver la nécessité de constituer en premier lieu une confrérie de charité.
Le lendemain convocation des notables de la ville chez l’évêque ou une autre personne importante de la localité ; choix de commissaires directeurs chargés de préparer la fondation.
Ces commissaires commencent par dresser une liste exacte et détaillée des pauvres de la ville, ils se rendent ensuite dans toutes les maisons riches de leurs quartiers, indiquant le nombre des indigents, les sommes nécessaires pour les entretenir, demandant à chacun ce qu’il lui est agréable de donner par mois, argent ou espèces, pain, blé, bois, etc.
Ces préliminaires une fois terminés le Père Missionnaire remonte en chaire et prie les habitants de préparer les meubles inutiles, les vêtements usés, les pièces de linge dont ils peuvent disposer. Des maisons sont louées et au jour fixé des charrettes escortées de gens munis de clochettes, s’arrêtent de porte en porte pour recueillir ces dons en nature ~L
Des personnes de bonne volonté guidées par des ouvriers expérimentés, préparent les dortoirs, le réfectoire, la chapelle.
Lorsque tout cela est disposé, il est dit une messe solennelle
tages spirituels et temporels qui en reviennent aux villes qui voyent par là les véritables pauvres secourus et instruits à la piété chrétienne, et qui se trouvent délivrées de tous les feneans et vagabonds qui enlèvent les aumônes des véritables pauvres de Jésus-Christ » (Ch. Joret, op. cU., p. 7).
21. « Le mois de décembre 1687 est venu en celte ville de Marseille, de par le Roy, trois pères de la compagnie de Jésus a’compagné de vingt alchers establiy un nouvel ordre dans Thôpital de la Charité, Le 25 du dit, lesdis peres, alchers et reteurs, ont fait une quête générale menant avec heux grande cantité danfans avec une clochete chascun. Le puple feut sy touche de compasion et sy liberal quy donnaient linges, matelas, lie noyer, caisse, table, vaiselle, or, argarit, leton, cuivre et estain, couverte de lie, habis, chapeau, sollier, bagues, aneaux, argant monayé, et toute autre sorte de marchandises un sy grand cantité, quy furent constrain damener avec heux diz charetes et plusieurs portefaix. Je vous promet de voir cela ; falait estre inhumain et un cœur de bronce a nan estre pas touché. » {Mém. et liv. de raison d'un bourgeois de Marseille, publié par Thénard. op. cit., p. 39). Voir aussi : Frappier, Rapport sur un document imprimé (1683) concernant V hôpital-hospice de Niort, in-8, 28 p. Soc. de stat. des Deux-Sèvres tome XIX, 1857. Le mémoire publié par le Père Garayon {op. cit., p. 368-370).
LES HÔPITAUX GÉNÉRAUX DE FRANCE
elles pauvres qui doivent être admis sont conduits processionnellement à leur nouvelle demeure -2^
En dehors des localités où les missionnaires agissent directement, les Intendants suivent, en nombre d’endroits, les instructions royales et convient les populations à pourvoir à l’entretien de ces utiles établissements ^3.
Les majeurs, échevins ou consuls se réunissent et arrêtent les détails d’exécution. Une assemblée générale des principaux habitants suit et l’asile prend naissance ^4.
Quelques années après les fondations, des Lettres patentes viennent régulariser la situation, donner des règlements définitifs et permettre d’assurer la vie normale de ces établissements 25.
A leur origine, les hôpitaux généraux soulèvent d’enthousiastes
22. « L’ordre de la prossession à Tre^rui/er (Tréguier, Côtes-du-Nord) 1. On y porta le Sa.i>'t-Sacrement ; la Croix marchoit devant ; de jeunes Ecclesiastiques la suivoient qui chantoient les litanies de la S aixte- Vierge. Tout le peuple répondoit avec une joye extrême. Les pauvres marchoient ensuite (qu’on devcit enfermer), les hommes et les garçons, puis les femmes et les filles, tous les mains jointes, et tous habillés de neuf.
2. Après marchoient dans le même ordre, les pauvres de l’un et de l’autre sexe, qui doivent être assisté, ayant un chapelet en leurs mains, pouvant gagner une partie de leur vie.