‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 116 sur 197 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

« Peut-être ne faut-il pas, continue l’éminent archiviste, ajouter une entière confiance à l’assertion de magistrats qui constamment voient de mauvais œil l’opération de la mendicité, parce que soit au point de vue de la répression, soit à celui de la police des dépôts, elle est mise en dehors de leurs attributions. Le Parlement de Normandie est du reste en contradiction absolue avec celui de Bretagne. On convient aujourd’hui, écrit M. de Belbeuf, procureur général, à M. Colombier, inspecteur des maisons de force et des hôpitaux (6 novembre 1785), que la Déclaration très hostile faite à la mendicité, a détruit l’ancienne race des mendiants de père en fils; on ne voit déjà plus que des vieillards et des infirmes connus dans les cantons ^9. »

« En somme, écrit Buchalet {Toulouse, op. cit., p. 113), si dur que soit leur régime intérieur, les dépôts de mendicité du xviii® siècle répondent au double but qui les fait créer : répression du vagabondage et assistance sommaire contre la misère » C’est aussi l’opinion de Christian Paultre qui termine les chapitres consacrés à cet objet par les réflexions suivantes (p. 513) : « A la veille de la révolution le nombre des mendiants et des vagabonds est encore considérable, malgré l’existence des dépôts. Ces établissements redoutés des mendiants professionnels sont cependant d’une utilité incontestable »

M. de Montlinot, en réponse à une demande du Comité de mendicité, ne conclut pas autrement : « Il ne peut, dit-il, exister de sûreté, ni de police sur les routes, dans les villages, ni

39. Ch. de Baaurepaire ajoute (p. 51-52) : « Ce fut précisément à cause de la diminution de plus en plus marquée des mendiants, qu’on fut insensiblement amené à renfermer dans les dépôts, des aliénés pour lesquels il n’y avait point encore d’asiles spéciaux, et de véritables criminels, pour lesquels on n’avait point encore organisé de lieux de détention, la prison étant une peine nouvelle et qui ne faisait que commencer à s’introduire dans la pratique judiciaire, »

40. Du même auteur (p. 113) : (f Lorsqu’en février 1776 le dépôt de Toulouse fut supprimé, la ville se vit bientôt assiégée de nouveau par les vagabonds et les gueux. Leur renfermement est devenu même si impérieux que l’année suivante les capitouls se virent obligés de le reprendre à leurs frais. »

41. Ch. Paultre, op. cit., p. 443, cite un extrait de la lettre d’un commis de l’Intendance de Touraine (mars 1768), écrite peu après l’ouverture du dépôt de mendicité. Ce commis déclarait « qu’il n’y avait presque plus de mendiants à Tours, qu’on n’en rencontrait plus le dimanche dans les églises, où le défaut de police les .avait laissés s’introduire en si grand nombre qu’on ne pouvait s’empêcher d’en murmurer. »

LES DÉPÔTS DE MENDICITÉ

même dans les maisons de charité sans les dépôts de mendicité communs à deux ou trois départemens, quoique ces établissemens soient quelquefois calomniés par ceux qui ne les connaissent que de nom »

Pour terminer ce chapitre et apporter de nouveaux arguments à cette controverse, citons deux lettres de l’intendant de Champagne, Rouillé d’OrfeuiH^. Il dit, en 1768, au Contrôleur général de FAverdy : « Monsieur. J’ay reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire et par laquelle vous me marqué vous désiré être informé de l’effet qu’a produit dans cette province le renfermement des mendians. Je dois, à cet égard, vous assurer que je suis à portée d’entendre journellement combien tout le public est satisfait de cette opération, non seulement les gens sensés, mais même les simples habitans des villages, conviennent des avantages qu’ils éprouvent. La campagne qui étoit auparavant ravagée par les mendians et vagabonds, commence à jouir de la paix et de la tranquillité qu’on désiroit depuis si longtemps. Enfin j’ay entendu beaucoup d’habitans qui ne m’ont témoigné que la crainte qu’ils ont qu’on discontinue cette opération ainsy qu’il a déjà été fait en 1725 et en 1750. Mais je leur ai fait connoitre que les établissemens solides et les mesures bien concertées qui ont été prises à ce sujet doivent les assurer que vous n’abandonneré point une opération qui étoit réservée à la gloire de votre ministère « (Arch. de la Marne, série C, n« 2026).

L’expérience ne fait que fortifier ces premières impressions de notre Intendant; il écrit, le 4 décembre 1777, à de Necker : « Depuis 10 ans je n’ay cessé de donner tous mes soins et mon

ateiition à l’objet important de détruire la mendicité Je crois

même pouvoir me flater que jusques à présent, mes efforts n’ont pas été sans quelque succès, et j’ay tout lieu de penser que le nombre des mendians et vagabonds est considérablement diminué en Champagne, puisqu’à cette époque il ne se trouve que

42. Réponse du 7 février 1790 à la lettre de MM. les commissaires chargés de l’extinction de la mendicité (Pièce manuscrite, collect. de l’auteur).

43. Gaspard-Louis Rouillé, comte d’Orfeuil, Intendant de justice, police et finances en la province et frontière de Champagne (1764-1784.)

1 60 renfermés dans le dépôt de Ghâlons, le seul qui ait lieu pour toute cette province » (Arch. de la Marne, série G, 2005).

On peut donc se considérer comme autorisé à conclure que ces dépôts de mendicité de la fin du xviii® siècle sont un mal nécessaire ; que leur organisation, tout en laissant parfois à désirer, produit d’heureux effets et qu’en abritant les aliénés, ils préparent pour l’avenir l’ouverture d'asiles distincts affectés à cette catégorie d’infortunés.

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