CHAPITRE H
§ 1^''*, — L'ordre de Saint- Antoine-de-Viennois du XVL siècle à l'an 1717.
L’ordre de Saint- Antoine, fondé au xi® siècle par des seigneurs du Dauphiné, se consacre à l’origine, comme on le sait, au soulagement des malheureux atteints de ce mal cruel dit des ardents.^ îeu dévorant qui fait tomber les membres et exerce à cette époque reculée tant de ravages b
Les Papes encouragent l’ordre naissant-, que Boniface VllI, par une bulle du 9 juin 1297, place sous la protection immédiate du Saint-Siège^.
De Charles V à Louis Xlll, les rois de France se déclarent protecteurs de ces religieux et a leur octroyent plusieurs beaux droits, privilèges, franchises et exemptions », comme le constatent les lettres patentes du 3 juillet 1618^.
Charles le Sage, François F‘‘, viennent en grande pompe visiter la maison mère qui possède les reliques de saint Antoine^.
1. Hélyot, llist. des ordres monastiques, édit, de J 721, tome II, chap. xvi, p. 108-llb Mém. hist. sur l'ordre de Saint- Aiitoine-de- Viennois. Avec une consultation touchant la réunion de cet ordre à celui de Malthe, iii-4, 52 pages, Paris, 1775. Ed. de Barthélemy, A'otesi/r /es étab. des ordres relig . et milit. du Temple, de Sainl-Jean-de- Jérusalem et de Saint- Antoine-de- Viennois dans V archidiocèse de Reims, in-8, 66 p, , Paris, 1883. Victor Advielle, Hist. de l'ordre hosp. de Saint- Antoine-de- Viennois... (première partie seule publiée) in-8, xu, 237 p., gravures, Paris et Aix, 1883. A. Prudhomme, Étud. hist., sur l'assis, pub. à Grenoble, avant ta Révolution, in-8, t. 1, ix-329 p., Grenoble, 1898 (Hôpital de Saint-Antoine, p. 9 à 21).
2. Un opuscule de 1660 rappelle en ces termes le but de la fondation de l’ordre : M Les Pères de Saint-Antoine ont esté establis pour tenir des hospitaux, et y retirer les malades ou affligez, qui ont quelques membres gastez, et si leurs Hospitaux sont trop chargez, leur Règle leur ordonne de quester pour les malades (Advielle, op. cit., p. 59).
3. « Ut quantô minus aliorum turbatum fuerit molestiis, favente divinâ gratiâ, prosperetur, Monasterium ipsum cum hospitali et omnibus membris, ac bonis suis existentibus ubicumque et Abbatem, canonicos seu fratres ejusdem præsentes atque futures ab omni jurisdictione potestate subjectione ac dominio Archicpiscopi, Episcopi, et ordinarii cujuscumque duximus eximenda, decernentes
ea omnia immediatè ac soli dumtaxat Romano Pontilici subjacere {Mémoire,
op. cit., p. 45).
4. Mémoire, op. cit.,p. 18. Maximilien P'' concède à l'ordre des armes avec un T. {tau) d’azur. Advielle, op. cit., p. 45.
5. Cette maison était située dans une localité du Dauphiné appelée d’abord la ü/oZ/e-Pidier ou la il/o//e des bo/s, plus tard elle prit le nom de saint Antoine.
DE QUELQUES CONGRÉGATIONS HOSPITALIÈRES
Les Gommanderies relevant de l’Ordre deviennent nombreuses en France, en Allemagne, en Italie Il faut se garder, du reste., de ranger au nombre des préceptories tous les établissements placés sous le vocable du grand ermite. Ainsi l’hôpital de Reims, portant ce noin, ne reçoit qu’au début du xv® siècle, longtemps après sa fondation, des Antonins venus de Troyes et appelés par l’évêque.
Quand le feu sacré — ignis occultus — devient plus rare, les asiles destinés à recevoir les malheureux qu’il consume, s’ouvrent pour des malades de tous genres, même en faveur de passants, de pèlerins Les religieux de Saint- Antoine oublient parfois aussi leur vocation charitable et se bornent à réciter des offices enfermés en leurs cloîtres
Cette dérogation à la règle se produit d’autant plus facilement qu’à toutes les époques l’hôpital Antonin proprement dit demeure dans une certaine mesure indépendant de la Gommanderie de l’Ordre. Les malades sont placés sous la surveillance de l’un d'entre eux choisi par le Commandeur. « Les femmes, séparées des hommes, restent de même soumises à la direction d’une de leurs compagnes investie du titre de maîtresse. Le service est fait par une chambrière, chargée de soigner les impotents. La Commanderie fournit à des époques déterminées des vivres et des vêtements aux malades. La charité publique accomplit le reste » (Prudhomme, op. cit., p. 11).
Les guerres religieuses hâtent la décadence de l’Ordre, la mai-
6. L’auteur du Mémoire cité (p, 8) sacrifie à l’exagération ordinaire de bon nombre d’écrivains parlant des ordres religieux qui les intéressent, lorsqu’il dit : « Dès le XII® siècle les Antonins avoient des maisons en France, Allemagne, Italie, Espagne, Angleterre, Écosse, Hongrie, Lorraine, Savoye, Piedmont, dansFislede Chypre, dans la Morée, à Negrepont, à Athènes, à Modon, à Saint-Jean-d’Acre ou Ptolemaïde, à Constantinople, en Ethiopie, et jusques dans la Tartarie. Comme le feu sacré faisoit partout des ravages, les généreux hospitaliers le combattoient partout avec le zèle qu'inspirent la Religion et la charité. »
7. Mém. en faveur des pauvres de la ville de Dun en Clermontois, 1®' octobre 1786 (Arch, nat., 2282).
.8. « Lorsque le fléau diminua, puis cessa complètement ses ravages, les Antonins oublièrent peu à peu que le but primordial de leur institution était moins l’exercice des fonctions ecclésiastiques que l’observance des œuvres de charité et de miséricorde. Dans un grand nombre de villes les commandeurs abandonnèrent aux municipalités leurs hôpitaux vides et se réfugièrent dans le chœur de leurs églises. » (Prudhomme, op.cit.^ p. 10.)