CHAPITRE II
§2. — Fondations et libéralités.
Il n’entre pas dans notre pensée de fournir une liste des libéralités dont profitent les établissements hospitaliers, des divers^ pays, du xvi® au xix® siècle ; des volumes, nous le faisons remarquer dans le tome III de notre ouvrage, ne suffiraient pas à épuiser le sujet. Bornons-nous encore ici à quelques exemples.
Les Souverains Pontifes accordent à cette époque, comme antérieurement, des indulgences spéciales aux bienfaiteurs des pauvres Ils ne considèrent pas si ces asiles ont une direction laïque ou relèvent des autorités ecclésiastiques ; les Papes n’ont toujours en vue que le bien des malheureux.
Ainsi, après que l’administration temporelle de l’Hôtel-Dieu de Paris est confiée à des administrateurs choisis parmi les bourgeois (1 505), de nombreuses faveurs spirituelles sont concédées de nouveau aux visiteurs de cette maison, et aux personnes lui faisant des aumônes. Bulles de Léon X et de Clément VII, confirmatives des indulgences accordées par Jules II (1513-1525). Autres bulles de Pie IV, Clément VIII, Paul IV.
Bulles de Léon X et de Jules III donnant pouvoir aux Ofïicialités de Paris, Sens et Meaux de procéder par voie d’excommu-
de Gourville, nov. 1685. « Accordons l'établissement dudit hôpital au lieu quia servi de temple à ceux de la Religion prétendue réformée, dans ladite ville de La Rochefoucauld, qui devoit être démoli et qui l’auroit été jusqu’au fondement sans la grâce que nous avons accordée au dit sieur de Gourville... donnons le dit temple et tout ce qui se trouvera dans icelui.... » (Léon Lecestre, La fond, de Vhôp. de Laroche foucauld (Angoumois), in-8, 8 p. Paris, 1896.
Dans la généralité d’Alençon on compte divers établissements ayant profité de biens des consistoires de la R. P. R. (Duval, Llaf de la gén. d'Alençon sous Louis X/V, 1890. Appendice n“ XII, p.420. Conférer Nicot, L'hospit. a Annonay., in-8, 1903, p. 31 et suivantes).
33. De grandes indulgences furent octroyées par Eugène IV (1431-1447), à THotel-Dieu de Valenciennes, aux donateurs aussi bien qu’aux malades. C’est ce qu’exprimait le quatrain suivant :
Grands pardons povez acquérir,
A donner dedans ce sainct lieu ;
Aussi qui céans vient mourir.
Plains pardon il obtient de Dieu.
(H. Lejeal, l\ot. hisL Hôtel-Dieu de Valenciennes^ in-8, 1867, p. 11).
nication contre les détenteurs des biens de FHôtel-Dieu (1513- 1550)
Les Gouvernements tiennent la main à ce que les libéralités au bénéfice de ces asiles soient scrupuleusement exécutées. Plusieurs arrêts du Parlement de Paris, notamment ceux des années 1662 et 1668, chargent les notaires ou les curés qui reçoivent des testaments dans lesquels il y a des fondations ou legs, d'en avertir le Procureur Général.
(( Arrest du Conseil d 'Estât du Roy Louis XIV, du septième Mars 1702 portant que les fermiers des droits de Gontrôlle des Actes des Notaires, ses commis et préposez sont tenus de contrôller, sans prendre aucuns droits, les extraits des testamens contenant des Fondations et Legs pieux en faveur des Pauvres et Hôpitaux, délivrés aux Procureurs géùéTatlx du Roy dans les Cours de Parlement du Royaume, ou à leurs Substituts. » A condition néanmoins que les dits extraits ne contiennent rien autre
Selon les instructions données par Charles-Emmanuel de Savoie (10 avril 1673) les notaires sont tenus de demander aux testateurs s’ils veulent faire des legs aux orphelines de Nice et de noter les réponses. Tout tabellion omettant cette formalité est passible d’une amende de dixécus (Blanchi, Arch. de Nice^ op. cit., Hospice de la charité, série A, p. 15).
Les noms des bienfaiteurs insignes sont souvent inscrits sur des tables de marbre ou de bronze, fixées aux murs des établissements donataires. Cet usage se retrouve à Londres où les asiles ouverts aux malades, aux infirmes (en dehors des Workhouses) sont
34. « Bulle du Pape LéonX accordant indulgences plénières en forme de Jubilé aux personnes qui, l’année suivante, visiteront l’Hôtel-Dieu et y feront des charités. Cette bulle est fondée sur ce que le nombre des malades atteignant quelquefois douze cents, ces infortunés sont entassés les uns sur les autres, sans que l’on puisse mettre à part les pestiférés. Léon X espère que grâce aux aumônes •des fidèles on pourra isoler ces derniers (Brièle, Inv, des Arch,, Hôtel-Dieu, t. P% 1866, Layette 181, Liasses 949-952, p. 385-387).
35. In-4. Paris, Mignot, 1702. A rapprocher de ces dispositions une Bulle de Sixte IV (1476) qui confirme des Bulles antérieures condamnant ceux qui ne craignent pas de s’approprier, ou de détourner de leur destination, des offrandes ou des dons faits à l’hôpital du Saint-Esprit de Rome. {Bulla et privilégia a nonnuliis Sommis Pontificibus concessa Venerabili Arch., Sancti Spirilus in Saxia. Manuscrit du XVIII® siècle faisant partie des collections de l'auteur.)
« fondés et défrayés par des contributions volontaires annuelles, des leg“s, des donations »
A Milan les portraits des principaux bienfaiteurs forment une collection unique, aussi remarquable au point de vue historique que sous le rapport des arts. Ces 150 tableaux pour la période allant de 1466 à 1795 représentent des Cardinaux, des ecclésias tiques, des magistrats, des hommes de guerre, des patriciens à côté de bourgeois, de marchands etc. (Patrizii e popolani d’ogni classe e d’ambo i sessi vi fîgurano^^).
L’Hôtel-Dieu parisien est également l’objet constant de la générosité publique ; peu de testaments qui ne renferment à son profit au moins un legs particulier, le nombre des legs universels est considérable. « Tous les noms, écrit Brièle, tous les rangs de de l’ancienne société française se rencontrent et se confondent. . . Voici d’humbles serviteurs du vieil hôpital, un pannetier, des dépensiers, un employé de bureau, des artisans; des riches bourgeois, des prêtres, des magistrats, de grands seigneurs, de nobles dames »
L’hôpital des Incurables doit sa création (xvii® siècle) à troisgénéreux donateurs, l’abbé François J oulet de Chatillon, Marguerite de Rouillé, le Cardinal delà Rochefoucaud'^^. Leur exemple, dit le Président du Comité de mendicité, est imité dans la suite par un grand nombre de personnes charitables qui accroissent de leurs dons ce pieux établissement. Ces augmentations successives en portent les revenus « à une somme de près de quatre cents mille livres, sans y comprendre l’intérêt des capitaux qui représentent
36. AiMn, Ré flex. sur les hôp., Etah. d'hiim., op. cit., n» 12 (t. XIV), p. 92. Dans l’hôp. de Middlesex, établi en 1745, « forthe réception of sick and lame patients, the names of ail benefactors by will or otherwise of 100 L. and upwards, together with their respective benefactions, is inscribed on a tablet pi^epared for that purpose. » Lors de l’incendie de 1666 une partie des bâtiments du « Ghrist's Hospital » sont relevés grâce au concours des particuliers (Higmore, oja. ciL, p. 230 et 57).
37. Cenni e Prospetto cronologico dei ritratli dei benefatiori delV ospitale maggiore di Milano... in-8, 72 p.(sans lieu ni date, 1857 ?). IQuadri dei benefattori esposti neir ospitale maggiore di Milano, Illustrazione storica (Francesco Gusani), in-12, 30 p. Milano, 1869.
38. Brièle, Collect. de dociim. pour servir à l'hist. de V Hôtel-Dieu de Paris. Introd. du t. IV, Paris, 1887, p. 1 et 2.
39. L’idée première revient à Joulet de Ghâtillon, que Brièle a tiré de l’oubli immérité où il était resté. De l'origine de l'hospice dès Incurables, François Joulet de Ghâtillon, in-8, 72 p. Paris, imp, Nat., 1885.
un emplacement immense et la construction de bâtiments très considérables et très solides »
Les grands établissements hospitaliers ne sont pas seuls à profiter de nombreuses libéralités ; de petits asiles attirent également l’attention des âmes généreuses.
En 1651, un bourgeois de Chambéry donne à l’hôpital de la Charité, « 10.000 ducatons de 7 florins pièce, faisant 70.000 florins à la charge de nourrir et entretenir vingt-cinq pauvres filles orphelines âgées d’environ six années ... » Autre don de 3000 ducatons par Madame Royale, Marie-Christine (1656). Noble Claude- Ainard Romanet, avocat au Sénat, bourgeois de la même ville, décédé le 11 août 1667, laisse une partie de ses biens aux pauvres de l’hôpital « avec obligation de construire dans l’intérieur une salle destinée à perpétuité au logement des pauvres filles qui sont en danger de se perdre, ainsi que celles tombées en quelque faute, en priant les Dames dè la Congrégation de sainte Elisabeth, dites Dames du sac^ d’avoir soin et de veiller sur ces pauvres filles.
Testament de noble Louis Vettier, conseiller d’Etat de Son Altesse Royale, premier chevalier au Sénat de Savoie : il lègue 28.000 florins à l’asile précité pour la nourriture et l’entretien des pauvres; à condition que ces pauvres diront tous les soirs, après la soupe, un de profundis pour le repos de son âme (1667).
On trouve des dispositions analogues dans des actes testamentaires datés de 1717-1718-1719, etc.
L’Hôtel-Dieu de Provins compte un chiffre respectable de bienfaiteurs ; un ouvrage consacré à cette maison fournit les noms d’un grand nombre d’entre eux : 947 piour le xiii® siècle ; 80 au XIV®, 43 au XV®, 29, 38, 23 pour les xvi®, xvii® et xviii® siècles. Ils appartiennent, comme toujours, aux diverses classes de la société, depuis les Rois et les Reines jusqu’à d’humbles artisans. « Ces libéralités ont les raisons les plus dissemblables, continue l’auteur.
40. Larochefoucauld, Silice du 7'app. fait au nom du comité de mendicité, des visites faites dans les div. hôp. de Paris, 1790, p. 22. Il existe encore aux Incul’ables des lits assurés par les fondations du xvii® et xviii® siècles. Versements de 30.000 livres, 14.000 livres, 7.000 livres, etc. Voir : Marescot du Thilleul, L'Ass. pub. à Paris. Ses bienfaiteurs et sa fortune mobilière, t. P’’, Paris, 1904, p. 228 et suiv.