M‘s de Travernay, op. cit., p. 97 à
les uns donnent pour obéir à l’Eg-lise, les autres pour soutenir une fondation nécessaire ; quelques-uns reconnaissans des soins reçus ; deux ou trois par spéculation, plaçant à fonds perdu sur les pauvres »
Quelquefois une donation paraissant minime à l’orig^ine, devient, par suite de circonstances heureuses, une source inespérée de revenus. Telle la donation de la Paj't-Dieii à Lyon.
Le 11 octobre 1711 une foule joyeuse re^ag-ne la cité lyonnaise après s’être divertie à la fête de Saint-Denis de Bron. La hâte est grande car la cloche annonce la fermeture prochaine des portes ; au pont de la Guillotière, la présence de trois carrosses accroît l’encombrement ; l’un d^eux appartient à M*"® de Servient, dame de la Part-Dieu. Tumulte, alîolenient, deux cent dix-sept personnes sont étouffées sur place, vingt et une autres transportées à l’hôpital ou à leur domicile succombent à leur tour.
Quelques années après ce triste événement, M*"® de Servient donne ses biens à F Hôtel-Dieu, y compris le fief de la Part-Dieu. Des auteurs prétendent que le souvenir du drame de 1711 est la cause déterminante de cette libéralité ; c’est possible, rien cependant ne prouve cette affirmation. La donation est d’ailleurs accompagnée de clauses onéreuses, rentes viagères, etc ; les terres sont en partie incultes.
Au début, l’établissement est forcé de débourser plus de 103.000 livres alors que la propriété n’est estimée que 120.000 livres.
Au bout d’un demi-siècle, des lettres patentes autorisent l’arehitecte Jean Antoine Morand à construire un pont sur le Rhône ; la transformation du quartier des Brotteaux en est la conséquence, et le domaine légué acquiert une valeur immense qui assure aux hospices de Lyon des revenus hors de toute prévision
Parfois les bienfaiteurs tiennent à garder l’anonyme comme la
42. Jules Michelin et Lcouzon Le Duc, État des bienfaiteurs de V Hôtel-Dieu de Provins et de leurs libéralités, in-8, 144 p. Provins, 1887.
43. A. Vachez, La donation de la Part-Dieu auxhospices, lalégendeet l'histoire, ' in-8, 14 p. Lyon 1888. A. Poidebard. Hospices civils de Lyon. Revue cath. des Inst, et du droit, janvier 1901, p. 21 etsuiv. A diverses reprises les Recteurs de l'Hôtel-Dieu de Lyon font preuve de désintéressement au sujet de legs de nature
à léser les intérêts des héritiers directs des testateurs. Dagier, op. cit., t. II, p. 234-235.
personne qui remet à Monsieur Vincent les fonds avec lesquels s’élève l’hôpital du Nom de Jésus.
D’autres donateurs ont des pensées touchantes. A Soissons (1S89) Pierre Moreau, profès minime : « Veult et ordonne que le jour de sa profession soit envoyé aux pauvres malades de l'Hostel-Dieu quelque vyande délicate avec pain et vin . » Il lègue de plus des draps de lit et <( une grande escuelle d’argent pour servir à toujours à ces pauvres malades, avec aussi une cullière d’argent, estant son intention qu’elles ne soient jamais allienées mais soient gardées du tout à estre employées en festes plus solennelles comme Noël, Pasque, Pentecoste, Feste de Dieu, Assomption delà Glorieuse Vierge Marie, et feste de Toussaint, à présenter potage ou autre breuvage, ou viande liquide, aux plus malades et tendantz à la mort'*^. »
Le début du xvui® siècle nous fournit l’exemple d’un procès curieux soutenu par Fbopital général de Paris. Un sieur Paul de Halde après avoir essayé divers métiers devient « Marchand jouaillier. » Seul, sans appui, possesseur de 3.000 piastres, il se jette entre les bras de la Providence et contracte « une société avec Dieu. » Elle doit commencer le V'' octobre 1719 et finir au 1®*' octobre 1724, sa durée est donc de cinq ans.
Paul de Halde met alors ses 3000 piastres dans sa société commerciale ; il doit à la fin prélever cet argent et les successions recueillies dans l’intervalle ; après quoi, l’excédent s’il y en a, appartiendra par moitié à lui et à Dieu en la personne des pauvres.
Les affaires de ce marchand prospèrent ; le premier octobre 1724 la part des pauvres est comptée, mais comme elle consiste en pierreries d’une vente immédiate difficile, de Halde ajourne tout versement et meurt en 172o, laissant une veuve et un enfant en bas âge.
L’hôpital général, une fois prévenu par les intéressés, fait pro-
44. A. Matton, Inv. somm.^ arch. hosp. de Soissons, in-4, 1874, Liasse 205, p. 47. On rencontre aussi fréquemment des personnes donnant leur patrimoine à un établissement à charge d’entretien leur vie durant : « 1648. Donation par Claudine Turnin veuve de défunt Guillaume Dumont, vivant voiturier par eau, demeurant à Nevers, de ses biens, sis en la paroisse de Guffy, à la charge d’étre nourrie, entretenue et médicamentée le reste de ses jours et après son décès être enterrée en l’église du dit Hôpital » (Abbé Boutillier, Inv. Archiv. hosp., ville de Nevers, in-4, 1877, série B, n“ 9, p. 8).
cédera une estimation des pierreries, elle se monte à 18.888 livres que les administrateurs ramènent au chiffre de 15.000 livres. Tout le monde paraît d’accord, mais le tuteur se ravise et demande la nullité des dispositions du père de famille décédé ; « une société contractée avec Dieu étant une idée qui n’avait été imaginée par aucun homme. »
Résistance de l’administration de l’hôpital, procès, plaidoyer pour et contre ; d’Aguesseau conclut en faveur des pauvres et le tout se termine par un arrêt condamnant les héritiers à verser 8000 livres
En Valachie, le Prieur Vladislas, par un acte du 24 juillet 1524, donne à deux maisons affectées aux malades et situées à San-Mitresie et à Argesch, tous les fromages lui revenant à titre de dîme dans les districts environnants.
L’hôpital d’Anger (Bavière) est dû aux frères Joseph et Georges Nockher (1742) ; ils en confient la charge aux magistrats de la cité après l’avoir doté d’une rente de 15.000 florins.
Le duc Maximilien Joseph peut être regardé comme le fondateur des Frères de la Miséricorde et de leur hôpital ouvert à Munich. Au mois d’octobre 1750, Maximilien III et Marie-Amélie, veuve d’Albert VII, font bâtir la chapelle du couvent et, secondés par de nombreux bienfaiteurs^^, terminent la maison hospitalière.
A la fin du xviii® siècle la comtesse Marie- Anna de Sulzbach (Bavière) donne une grosse somme pour faire construire un asile destiné à recueillir les enfants naturels, afin que la faute de leurs parents ne retombe pas sur eux et ne les prive point d’une bonne et chrétienne éducation (Ratzinger, op. cit.^ p. 482).
Maria Duyst Van Voorhout, baronne de Reede, décédée à Utrecht en 1754, institue comme ses héritiers, par tiers, les orphelins d’Utrecht, de Delft et de la Haye. Cette dame veut que les
45. « M® Pillon, avocat, mém., pour le sieur de la Planche, tuteur de demoiselle Marie-Anne de Hansy, veuve de Paul Duhalde et de Jean-Paul Duhalde, fils de la veuve Duhalde, défendeur et demandeur contre les Administrateurs de l’Hôpital général, demandeurs, in-8, 14 p. Paris, 1726, M® Guillet de Blaru, avocat, mém., pour les directeurs de THôp. gén. demandeurs contre François de la Planche, tuteur etc., in-8, 10 p. Paris, 1726. » Valran, Misère et charité^ op. cil., p. 75.
46. Anselm Martin, Die Kranken und Versorgungs Anstalten zii München-, in-12, 296 p. München, 1834, p. 11 et 16,
sommes léguées soient employées à la formation de jeunes gensde 13 ans et au-dessus. 11 faut les instruire dans les mathématiques, le dessin, la gravure, la construction de digues pour protéger le sol de la patrie contre V envahissement des flots.
L’hospice de vieillards de la diaconie de la même ville doit son origine (xvm® siècle) à une donation de 24.000 guldens, c’est à Utrecht également que Johan Heijdendaal mort en 1781, lègue à l’orphelinat Janséniste des revenus importants permettant de recevoir des orphelins pauvres originaires des provinces, de la Hollande septentrionale, moyennant un léger subside des administrations de charité jansénistes de leurs communes respectives.
Par son testament du 20 septembre 1579, Hubert, Edmond Van Buchell institue ses héritiers perpétuels cent citoyens pauvres d’Utrecht;il s’agit de personnes mariées, de bonne conduite élevant leur famille grâce à un travail assidu, ou réduites à l’impuissance par la maladie. Ces indigents doivent avoir au moins deux enfants et ne s’être jamais livrés à la mendicité. Les exécuteurs testamentaires sont le bourgmestre et le plus ancien des pasteurs de la communauté réformée.
Le 20 décembre 1742^ H. Schoormond fait une fondation dont les revenus doivent servir à donner tous les trois mois à des vieillards malheureux, de conduite irréprochable et appartenant à la religion catholique, une somme de six florins 50, et au mois de novembre, deux chemises
Voici enhn une libéralité que l’on peut recommander aux milliardaires américains ayant à leur mort des enfants en bas âge.
Jean Pierre Carcano, un des plus riches citoyens de Milan, enlevé jeune encore par une cruelle maladie, n’a pour héritier qu’un fils âgé d’un an. En vertu de son testament du 18 mai 1621 il affecte les revenus de son immense fortune (deux cent trente mille écus d’or) à diverses œuvres de charité, notamment à l’agrandissement de l’hôpital de la ville, jusqu’au moment où ce fils qu’il laisse après lui aura atteint sa vingt et unième année
Toutes ces donations, il convient de le répéter, ne figurent ici
47. H. Smissaert, op. ci7. , fasc. I, p. 54,69, 119, 147; fasc. II, p. 191.
48. Gaetsino Caimi^ Notiziestoriche del ffrand'ospitale di Milano, in-S, Milano, 1857, p. 33.
qu’à titre d’exemple. Elles ont naturellement tendance à diminuer toutes les fois que l’Etat pourvoit directement aux besoins des pauvres. Dans la France du xviii® siècle, sous l’influence dissolvante des idées philosophiques, la foi s’affaiblit, rien de grand n’apparaît en matière charitable. Cette époque commence, en effet, par la déification des sens pour finir au milieu du sang et des larmes.