CHAPITRE II
Les sœurs de Saint- Alexis doivent leur fondation (1657- 1659) à Marie de Petiot et Hélène Mercier, elles sont destinées spécialement à desservir Thopital de Limoges, on les voit cependant envoyer quelques religieuses dans les hôpitaux voisins : La Souterraine, Beaulieu, Saint-Junien, Saint-Yrieix, Turenne.
Le caractère distinctif de cette communauté est de ne point admettre de sœurs converses, de refuser toute rémunération pour les soins donnés aux malades et de s’abstenir du vœu de pauvreté. Les sœurs sont donc logées et nourries à leurs frais, chacune doit apporter une dot suffisante pour fournir à ses besoins. Les documents signalent un certain relâchement à cette discipline sévère vers le milieu du xviii® siècle, des sœurs converses apparaissent alors pour être chargées des plus gros ouvrages.
Néanmoins, le 12 janvier 1791, un administrateur se plaît à faire leur éloge. « Je juge d’avance, écrit-il, et avec une vraye confiance, que les Dames religieuses de Saint-Alexis, qui de tous teins ont accordés et donnent encorre gratuitement tous leurs soins, leurs travaux, leurs momens à gouverner les pauvres, soigner les malades et consoler les malheureux (œuvre de charité des plus grandes et qui fait si bien l’éloge de la générosité de leur âme et de leur cœur), se ferroient une douce sattisaction en s’imposant avec plaisir une Loy, et se faisant un devoir de donner au Public, aux malades et aux mourans de nouvelles marques d’attachement, de charité et de bienveillance »
Thomas-de-Villeneuve qui gouvernent la maison de la Madelaine de Brest, connuë sous le nom de Refuge Royal de Brest.
Deuxièmement que les différens hôpitaux confiés aux soins des filles de Saint Thomas-de-Villeneuve comme l’hôpital de Saint-Meen à Rennes, celui de Vitré, en Bretagne, celui de Château-Gonthier en Anjou, celui du Havre de Grâce en Normandie et celuy de Dieppe, ainsi que plusieurs autres, servent à y renfermer les gens de mauvaise conduite et qui scandalisent dans les villes, et ces hôpitaux en sont toujours fournis... » (Arch. nat., série F^s257.)
39. Mémoire envoyé à Messieurs du district de mandicité de l'Assemblée nationale à Paris, par un administrateur de l’hôpital de Limoges (Arch. nat.,
260). Alfred Leroux, Introduction à l’Inventaire des Arch. hospit. de la Haute' VTen/ie, in-4, XXXVIII, p., Limoges, 1884, p. xx-xxiii, xxxiv-xxxv.
DE QUELQUES CONGRÉGATIONS HOSPITALÏÈRES
A ce moment des femmes salariées sont substituées aux religieuses, qu’elles ne tardent pas à faire regretter; les administrateur n’hésitent point, expérience faite, à rendre les Sœurs à leurs fonctions, en les contraignant toutefois à porter un habit séculier. Elles laissent passer ainsi la tourmente révolutionnaire.
Mentionnons encore les sœurs d'Ernemont établies en 1698, par Mgr Colbert : instruction des jeunes filles, soin des malades surtout au milieu des paroisses rurales.
Les Sœurs de la Présentation de la Vierge^ fondées à Sainville, diocèse de Chartres, par Marie Poussepin (1684) : écoles, secours aux personnes atteintes de maladie.
Les filles du Bon Pasteur doivent leur création à M“® de Combé, fille d’un gentilhomme hollandais, devenue veuve et convertie au catholicisme. Le curé de Saint-Sulpice lui amène une malheureuse qui, à la suite d’un sermon entendu, veut renoncer à une vie de désordres, d’autres accourent, une communauté se forme rue du Cherche-Midi (1686). Les villes d’Orléans, de Troyes, de Toulouse, d’Amiens, etc. demandent à M™® de Combé des asiles semblables. Le bien accompli est immense (Hélyot, VIII, p. 244).
Un Espagnol, le P. Cristobal de Santa Catalina, mort en 1690, fonde à Cordoue l’ordre des hospitaliers de Jésus de Nazareth ; ces religieux se font apprécier dans nombre de bourgs de l’Andalousie et de l’Estramadure (F. H. Iglesias, La beneficencia en Espaha, t. I, p. 177).
Quant à Grignon de Montfort il réunit, en 1703, les filles de la Sagesse destinées à assurer, au sein des paroisses délaissées des campagnes, l’instruction aux enfants tout en donnant des soins éclairés à la population.
Il est facile de constater qu’au xviii® siècle, en France notamment, le scepticisme qui envahit les âmes amène une diminution graduelle des fondations charitables. Les œuvres ne sont enfan-
tées que par une foi agissante, l’expérience de tous les âges le prouve
Ces indications préliminaires une fois fournies, entrons maintenant dans le vif du sujet.
40. Cette constatation est indiscutable ;ceci n’empêche pas un auteur dans un ouvrage publié récemment de porter le jugement suivant sur l’une de nos brochures: «n° 191. Lallemand (Léon), De l'organisation de la bienfaisance publique dans les campagnes au XVIII° siècle, Ghâlons, 1895, in-8. Esquisse du sujet en cinquante pages, très sommaire et tendancieuse; veut démontrer qu’il n’y a eu « au point de vue charitable rien de grand » dans un siècle qui commence « par la déification des sens » et finit « dans le sang et les larmes. » (Camille Bloch, L'Assistance et l'Etat en France à la veille de la Révolution (1764-1790), in-8°,Lxiv- 504, Paris, 1908, Bibliographie, p. lvi.) Nous aurons occasion de revenir sur cet ouvrage, écrit dans l'esprit le plus partial qu’il soit possible d’imaginer.