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CHAPITRE PREMIER

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES. — LEUR FRÉ- QUENGE. — LES TERREURS QU’ELLES INS- PIRENT. — LES DÉVOUEMENTS QU’ELLES SUSCITENT.

§ — Fréquence des maladies épidémiques en Europe

du XVF au XI siècle.

Les populations européennes continuent, du xvi® au XIX® siècle, à être soumises, comme leurs devancières, à de nombreuses affections épidémiques. Toutes ces affections ne constituent pas la véritable peste à bubons, que Ton appelle souvent, pour ne pas effrayer le peuple : la contagion ; on rencontre des varioles, des typhus, des coqueluches, des suettes, des fièvres miliaires, parfois le choléra, dit aussi : trousse-galant.

On voit des auteurs parler de ces fléaux sans en préciser la nature ; dans d’autres circonstances les médecins savent parfaitement fournir un diagnostic exact de l’épidémie.

Les contrées les plus exposées aux invasions de la peste continuent à être celles que leur commerce met en rapport direct avec : l’Afrique du nord, Constantinople, l’Asie Mineure.

Aux XVI® et XVII® siècles, cette maladie, dont le bacille est découvert à l’heure actuelle, grâce aux travaux du docteur Yersin, élit, en quelque sorte, domicile en Europe, elle éprouve l’Italie, l’Allemagne, la France, l’Angleterre, l’Espagne. Paraissant sommeiller pendant quelque temps, elle a des réveils ter-

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ribles à la suite de g’uerres, de famines, laissant ensuite les. finances publiques épuisées, les particuliers appauvris, la population décimée.

Nous allons passer en revue la chronologie de ces dévastations périodiques h

De 1500 à 1550, peste en France, notamment à Paris, Rouen, Angouléme ; la mortalité coïncide avec la disette ; la misère achève l’œuvre commencée. Epidémie à Rome, à Genève, en Allemagne ; dans diverses parties de l’Italie. La suette anglaiseexerce ses ravages, 1506-1517.

De 1520 à 1550, contagions redoutables qui atteignent la Pologne, les Flandres, l’Angleterre, la France, l’Italie. A signaler la peste de Florence, 1529-1532 ; deux cent mille personnes succombent, dit-on, dans l’étendue des domaines de la République .

Les soldats allemands et espagnols apportent la maladie à Rome ; elle pénètre jusqu’au château Saint-Ange, où se réfugie le pape Clément Vil, et frappe plusieurs membres de son entourage. La suette reparaît (1528-1529) et gagne l’Allemagne, la Hollande, les pays Scandinaves

En 1546, l’armée anglaise qui occupe Boulogne est décimée. A Marseille (1547), il meurt 8,000 individus. L’année 1550,. peste à Milan ; elle enlève, selon certains historiens, la moitiéde la population (Frari, p. 360).

La seconde partie du xvi® siècle subit, également, le contrecoup funeste des guerres. Toutes les régions de l’Europe sont éprouvées par de violentes épidémies.

L’armée de Charles V laisse d’innombrables victimes devant Metz. Ravages signalés en Bourgogne (1553-1558) ; dans l’Auvergne, le Limousin (1558-1564), c’est la vraie peste. A Limoges,, il meurt de 5 à 6,000 habitants, partout de nombreux hameaux disparaissent sans laisser de traces.

1 . Papon, De la peste ou époques mémorables de ce fléau..., 2 vol. in-8, Paris,, an VIII. D*" A. Frari, Délia peste, in-8, parte prima, cxlix-xvii, p. 1-202; parle seconda, p. 203-968, Venezia, 1840. Ozanam, 4 tomes in-8, Paris et Lyon, 1835.

2. « Sa marche était si rapide, qu’en débutant dans une ville, elle y attaquait cinq à six cents personnes à la fois chaque jour, et elle était d’une telle malignité, qu’à peine échappait-il à la mOrt la centième partie des malades (D’’ Ozanam, op. cit , IV, p. 95).

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

En 1557, épidémie grave de coqueluche à Nîmes ; la contagion apportée dans le Lyonnais (1564), par des marchands du Levant, gagne Mâcon, Autun, la Savoie, la Suisse.

Pestes à Marseille (1547-1556-1557). La suette fait de nouvelles hécatombes en Angleterre (1551-1563).

A Narbonne (1553), les gens meurent comme frappés par la foudre. Des épidémies catarrhales terribles ravagent l’Allemagne, la Pologne (1555-1572).

A Milan (1576), contagion horrible au milieu de laquelle se signale saint Charles Borromée par son inlassable dévouement^.

Les guerres religieuses multiplient en France le développement des maladies épidémiques. Le reste de l’Europe n’est pas épargné : typhus à Padoue (1576) en Suisse, en Allemagne, en Lorraine, à Lyon (1581) à Marseille (1 580-1 586j. A Paris, choléra (1578) ; coqueluche, grippe ou influenza (1580).

Peste à Rome (1582-1591)6; à Londres (1592). Presque dans toute l’Europe fièvres catarrhales avec maux de gorge.

Arrivons-nous au xvii® siècle, le règne de Louis XIII retentit des plaintes des populations éprouvées par des maladies redoutables. Le bailli de Rouen écrit (1637) : C’est un feu qui prend

comme un feu de paille »

3. « Quivi cominciô in agosto del 1576, e duré sino al finire del 1577, e vi perinono da 18,300 persone nella sola città. Questo fu il tempo, in cui S. Carlo Borromeo, il grande arcivescovo di Milano, con invitto animo e corragio affrontô ogni pericolo, dando prove assai chiare delle sublimi virtù, proprie soltanto délia religione di Cristo. » iFrari, op. cit., p. 367).

4. Tableau efïraj^ant de la situation des malheureux atteints par le fléau ; <1 Alcune volte ritruovavano il padre con in paio di piccioli figliuoli tra le braccia, et sopra il petto morli. In altre marito et moglie in atto di servire l’uno ail’ altro. In altre case il padre et la madré morti, et i miser! figliolini vivi, che tutt’ hora li basciavano, et piangendo li chiamavano. Altri à pena nasciuti, nelle braccia delle madri morte, che ricercavano dà loro freddi petti il latte... » Il successo délia peste occorsa in Padova Vanno MDLXXVI. Scritta, et veduta per Allessandro Ganobbio, in-4, iv-xxxv ff. In Venetia, MDLXXVII, f" 13.

5. Pour ce qui concerne la ville de Villefranche elle est ravagée par la peste do 1520 à 1523. Le fléau reparaît en 1564, 1581, 1596, 1620, 1629. A cette dernière date c’est un corbeau venant de Lyon qui apporte la contagion. D’' Léon Missol, AoL hist. sur l'ancien hôp. de la quarantaine ou des pestiférés de Villefranche en Beaujolais, in-4, 74 p. Lyon, 1873.

6. La ville se voit, assure-t-on, enlever 60,000 individus (Frari, p.371).

7. « On retrouve, dans le tableau tracé par les anciens auteurs, quatre type&

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En dehors de la France on signale la peste à Londres (1603^, 1625, 1636, 1637). Durant trois siècles, cette malheureuse cité, alors si insalubre, est le siège de nombreuses contagions ; la plus violente précède d’une année seulement le grand incendie de 1666 qui permet de reconstruire la ville dans de meilleures conditions hygiéniques.

A Lisbonne (1601-1602), on ne trouve d’autre moyen de purifier le grand hôpital Royal que de le livrer au feu (Frari,

L’Alsace est ravagée (1610). Au mois de juillet 1620, l’armée austro-bavaroise entre en Bohême et marche contre l’Electeur Palatin Frédéric V ; sur 60,000 soldats environ, 20,000 périssent du typhus

En Italie, nouvelle épidémie frappant : Mantoue, Modène, Padoue, Milan (1630), Bologne, Florence (1630-1633), Naples (1656).

En 1632, Gustave-Adolohe d’un côté, Wallenstein de l’autre, concentrent leurs forces autour de Nuremberg, ville de

50.000 âmes, mais dont la population s’est accrue des réfugiés. La peste, en sept semaines, enlève 30,000 habitants et un tiers de l'effectif des deux armées (Lammert, op. cit.^ p. 128- 129).

Situation grave en Allemagne, Dalmatie, Suisse, Pologne, Russie, Danemark ; dans les Pays-Bas. L’Espagne est atteinte fréquemment; en 1647-1648, on évalue le nombre des morts à

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