‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 168 sur 197 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

et les enfants reçus dans l’établissement. En 1708, à Tulle, a la maison fournit la laine, le savon, les chardons, le charbon, et généralement tout ce qu’il faut pour le travail, déduction faite de la laine fournie cardée et filée. Tout le produit des bas, bonnets et autres ouvrages, est partagé entre l’hôpital et l’entrepreneur’» (Forot, op.ci7.,p. 16-17).

Il ne s’agit plus alors d’apprendre un métier aux administrés, on veut profiter surtout de leur labeur quotidien.

Les ouvrages imposés aux vieillards et aux enfants varient à l’infini selon les contrées. Filer la laine, fabriquer des étoffes communes, des draps; coudre, confectionner des bonnets, des souliers, des ouvrages de tricot, au crochet, etc. Telles sont les occupations habituelles dans nombre d’asiles

On se plaint fréquemment que les administrateurs choisissent les travaux dont l’apprentissage coûte le moins cher, et que les enfants n’ayant alors aucun métier en main ne peuvent gagner leur vie une fois sortis de la maison hospitalière i*.

La profession de dentellière se rencontre en plusieurs localités. A l’hôpital de Lille plus de trois cents jeunes filles se trouvent occupées de cette manière

L’hôpital Saint-Nicolas de Metz (Ghabert, op. cit., p. 32) utilise les femmes valides à des emplois similaires ; les dentelles

10. Hôp. gén. de Perpignan, Mém,, 13 germinal an 4, Arch. nat., 267. Hôp. gén. de Niort, Frappier, op. cit., p. 41 . Anselme Martin, op. cit., p. 391. « On établit à rhôp. de Stuttgard, en 1776, une filature dans laquelle tous les pauvres depuis 7 ans jusqu’à l’âge le plus avancé peuvent s’instruire gratuitement du métier de filateur et apprendre des ouvrages de tricot et au crochet.

A l'hôp. de Carcassonne « plusieurs femmes et filles sont occupées à la couture, les autres filent du coton ou de la laine. Les femmes qui travaillent le plus ont un peu de tabac en récompense. » (Réponse citée au Mémoire Colombier. Arch. nat. FIS 226). A Tarbes les garçons de l’hospice sont divisés en trois catégories « cardeurs, fileurs et tisseurs (Abbé Curie-Lassus, La charité dans la Bifforre., in-12, 1864, p. 90). Voir aussi Valran, Assistance et éducation en Provence., in-8, 1900, p. 24.

11. « On choisit les métiers dont l’apprentissage coûte le moins, comme ceux de boutonniers, de travailleurs en soie. Les métiers que l’on fait apprendre aux enfants sont souvent de nature à les laisser sans ressources ou à les forcer à s’expatrier, ce qui tend à la misère du pays ou à sa dépopulation... 1715 » (Lyon, Inv. de la Charité., op. cit.., II, série C. 61).

12. « Dans l’hôpital général élevé à Lille pour les pauvres des deux sexes, il y avoit environ 2000 personnes en 1783. Les vieillards qui y travailloient recevoient

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ainsi confectionnées à l’asile jouissent d’une réputation assez étendue.

Mais ce genre de travail rémunérateur n’est pas sans présenter des inconvénients. Dès l’année 1720 les directeurs de l’hôpital de Vire (M. F. G. op. cit., p. 28) constatent que trop souvent les dentellières des hospices sont menacées de devenir aveugles, infirmes, vieilles avant l’âge ; qu’incapables de tout travail autre que celui qu’elles font depuis leur enfance et, ne sachant que devenir au dehors, elles encombrent l’établissement.

Parfois ces manufactures organisées au sein des hospices donnent lieu à des procès avec les corps de métiers de la ville. C’est ce qui arrive à Troyes

En Angleterre nous voyons les femmes et filles reçues au Magdalen Hospital instruites dans les préceptes de la Religion et les diverses branches de métier qui peuvent leur permettre de gagner honorablement leur vie (Higmore, op. cit.., p. 219).

Dans l’asile d’ütrecht tout le monde est utilisé, les valides font le lit des infirmes et s’assistent mutuellement^.

A Dresde (1685), création d’un orphelinat qui réunit l’ensemble des dispositions indiquées précédemment. Les vagabonds admis y trouvent des chambres chauffées, des repas réguliers et s’habituent au travail. Un maître d’école les instruit dans la crainte

le tiers du gain qu’ils pouvoient faire. On y voyoit au delà de trois cents jeunes filles occupées à faire des dentelles, pour chaque pièce on les récompensoit par un petit présent (Howard, État des prisons, t. I, p. 351).

13. Mém. pour les maîtres et communauté des Bonnetiers de la ville de Troyes contre les administrateurs des hôpitaux de la même ville, in-4, 1769, 19 p. Mém. pour les directeurs et administrateurs des hôpitaux de Troyes contre les maîtres et communauté des Bonnetiers de la même ville, in-4, 1769, 32 p. Les administrateurs gagnent ; ils font remarquer : « que cette manufacture est un moyen d’occuper les pauvres valides et de faire cesser leur oisiveté ; il en résulte des bénéfices qui mettent l’administration à même de fournir des secours plus abondans auxindigens, aux infirmes, aux orphelins ; sa conservation importe donc au bien public. »

14. Smissaert, Utrecht, op.cit., fasc. I,p.71. « A Chartres, 20 orphelins de père ou de mère sous le nom de Morainvilles sortent de l’hôp. à l’âge de 18 ans, après avoir appris un métier pendant les deux dernières années et on leur donne un habillement complet » {Rapp., Colombier, février 1785. Arch. nat., 226). « Onnourrit environ cent personnes à l’hôpital général d’Angoulême, on les fournit de linge» de vêtemens, de chaussures, en un mot on pourvoit à tous leurs besoins ; chaque pauvre est occupé au travail qu’il peut faire et l’on accorde des salaires à tous ceux qui donnent des profits » (Arch. nat., 235).

■Si 4 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. LIVRE III. CHAPITRE X

■de Dieu, leur apprend à lire et à écrire, tandis qu’un autre maître les forme à l’apprentissage de divers métiers

Tout le monde est d’accord que ces administrés, notamment les jeunes enfants, doivent être soumis à une occupation modérée, susceptible de favoriser leur croissance au lieu de l’entraver. Cette règle si sage, si humaine, n’est point suivie partout, le désir d’alléger les charges de la maison entraînant parfois à exiger des pauvres et des orphelins un effort excessif.

On peut remarquer en premier lieu que l’heure du lever est fort matinale ; ce qui en soi n’est pas une chose mauvaise . 11 est constamment parlé de quatre heures, quatre heures et demie, cinq heures. L’entrée aux ateliers peut avoir lieu à six heures

Selon Valran (Af/sère et charité, op . cit., p. 137-138), la durée du labeur est portée à onze et même à douze heures

Il y a là évidemment des abus comme en signale un mémoire sur l’hôpital de la Pitié, une des dépendances de l’Hôpital général parisien, recevant les garçons de 5 à 6 ans jusqu’à douze ans inclusivement. Après avoir essayé sans succès « tous les genres de manufactures que peut offrir la capitale on en arrive, par une espèce de désespoir, à un ouvrage de lacets comme le moins dispendieux. Mais qu’on se figure deux ou trois cents enfants enfer-

15. Bôhmert, op. cit., 1. Le système des orphelinats à Dresde..., p. 50-51. « Cet établissement agrandi peut recevoir 50 enfants, on lui accorde le privilège de quêter uvec une bourse à clochettes aux sermons du dimanche dans l’église Sainte- Sophie, ainsi qu’aux baptêmes et mariages. Il peut aussi placer un tronc dans cet édifice. Le 1®' janvier 1687, le maire prend l’asile sous sa direction personnelle. Le travail des garçons consiste à carder la laine, faire des cordes, mettre du fil sur des bobines, tisser de la toile. Les filles, en dehors des occupations du ménage, tricotent, cousent, font marcher le fuseau.

16. Rey. Église Wallonne, op. cit., p. 38. Buchalet, Toulouse, op. cit,

17. « Ce qui frappe, dit cet auteur, c’est la durée du travail, il peut être évalué à une moyenne de 11 heures l’hiver et de 12 heures Tété. L’effort était peu pénible, peut-être parce qu’ils étaient occupés dans les cordonneries, les tisserandies ou aux services domestiques. Ce n’en était pas moins un travail contraint et forcé.» Le Père Labat trace un tableau des ateliers de Saint-Michel de Rome que nous n’avons retrouvé nulle part ; le voici à titre de document, peut-être s’agit-il 4’une section de jeunes détenus placés en correction (?) ; « Les enfans sont assis, et enchaînés chacun par un pied ; ils travaillent du matin jusqu’au soir, les uns à filer le coton, d’autres àtricotter desbaset des bonnets, et autres ouvrages semblables... On ne leur épargne point le pain, l’eau, et le foüet » {Voyages, op. cit., t. III,

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més, l’espace de trois ou quatre heures, dans un local très humide et peu élevé, dans une attitude forcée (ils travaillent sur les genoux), le corps plié en deux, toujours en sueur par le mouvement continuel des bras, et qu’on juge combien un exercice de cette nature nuit au développement de leurs membres et à l’accroissement des forces . »

D’une manière générale d’ailleurs, le travail de fabrique ne convient guère aux jeunes pupilles.

« L’expérience prouve, disent les rapports d’une société anglaise établie pour améliorer le sort des pauvres [Etab. d'hum., op. cit., n® 2, p. 35), que des enfans élevés dans des chaumières à deminuds et mal nourris, deviennent plus forts et de meilleurs travailleurs que ceux élevés par les maisons de travaux publics. »

Il n’est pas rare aussi de rencontrer des asiles qui, durant le jour, placent les jeunes garçons en dehors, chez des artisans. Ils se forment de cette manière à l’apprentissage des professions les plus diverses. C’est une mesure que recommande saint Vincent de Paul avec son grand sens pratique : « Plutôt que de commencer le latin, écrit-il, et pour le laisser ensuite, il vaut bien mieux que de bonne heure ces enfants apprennent un métier. C’est le bien que vous devez leur procurer en portant les pauvres à les mettre dans quelque apprentissage » [Lettres en deux volumes^ in-8, tome II, p. 70).

L’hôpital général de Lille place de cette manière plusieurs de ses pupilles «(Howard, Etat des prisons^ I, p. 351).

Pour les orphelins de l’église Walonne [Règlem. cité^ chap. XII, art. V, p. 59), les Recteurs conviennent avec les Maîtres du nombre d’années d’engagement, des salaires, delà part revenant à la maison. Le règlement de Condom (1569) s’occupe en détail de ces placements

18. Lorsque l’auteur anonyme écrit son mémoire (in-8, 50 p. 1790 ?) ce travail n’existe plus et il ajoute: « D’après une supputation rigoureuse qui fut faite alors, le produit net, par an, de cette manufacture, étoit de 1600 livres, et il fut justifié que chacun des trois cents enfants y donnoit 15.000 heures par an. Y avoit-il de la proportion entre une perte aussi prodigieuse de temps, et un bénéfice aussi modique ? » (p. 7).

19. Gardère, Condom, Inventaire cité, p. 18. Voir également V Aumône générale de Lyon, année 1589, Inventaire, tome II, série E, p. 93.

L’histoire de la charité à Rome met en lumière le dévouement éclairé d’un pauvre artisan, promoteur d’une belle œuvre. En 1732, naît dans la vieille cité des Papes un enfant nommé Jean Borghi ; il devient ouvrier maçon. Travaillant à la sacristie de la Basilique dédiée à Saint-Pierre, il utilise ses moments de repos en allant visiter, consoler les malades de l’hôpital du Saint- Esprit et assiste parfois aux écoles du soir. En revenant de l’une de ces leçons il aperçoit plusieurs enfants couchés sur les deg“rés du Panthéon d’ Agrippa, abandonnés à eux-mêmes, sans parents pour les recevoir.

Touché de ce spectacle, Jean Borgi, bien que déjà fatigué par Tâge, recueille quelques-uns de ces malheureux et les place dans d’honnêtes maisons afin de leur apprendre à se suffire à eux-mêmes.

L’institution grandit, le nombre des pupilles dépasse quarante et Pie VI (1784) en favorise le développement. Ces apprentis, reconnaissants des soins affectueux de leur bienfaiteur, l’appellent dans leur langage « Père Jean Tata Giovanni », nom qui reste à la fondation

Ainsi qu’il est dit plus haut, des élèves de Green^vich reçoivent une éducation spéciale leur permettant de figurer avec honneur dans la marine (Higmore, op. cii., p. 56). Il est parfois question en France de recruter des marins parmi les pupilles des Hôpitaux généraux

A côté de l’abus consistant à faire travailler les enfants audelà de leurs forces, au détriment de leur santé, il existe un autre usage condamnable ; moyennant une indemnité affectée à l’asile on envoie ces pauvres petits jouer le rôle de figurants dans les enterrements.

Cet usage donne lieu à de justes plaintes. Les administrateurs de l’Hôpital général de Paris proposent, en 1784, de restreindre

20. Léon Lallemand, Histoire de la charité à Rome, in-8, 1878, op. cit., 3® partie, chap. IV, p. 396 et suiv.

21. Le comte de Pontchartain à de Harlay, 18 mars 1692 : a Lettre au sujet de 100 jeunes garçons de l’Hôpital général, demandés pour servir de mousses sur les vaisseaux du Roi » (Depping, Corresp. administrative, tome II, p. 624). C’est une idée reprise, sans succès, par Napoléon I®'' dans le décret de 1811 concernant les enfants trouvés.

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ces locations qui rapportent peu et retardent l’éducation des orphelins, les exposent au froid et à la chaleur, engendrent la dissipation et la légèreté

L’étude des documents montre que les Administrateurs des XVI®, XVII® et xviii® siècles ont une saine compréhension de leurs obligations vis-à-vis des vieillards, des enfants recueillis par les asiles. ^

Malheureusement il arrive maintes fois que le manque de ressources, l’esprit de lucre entraînent ces Recteurs à commettre des abus regrettables : durée trop longue du travail, labeur trop pénible, choix peu judicieux des métiers auxquels on emploie les pupilles. Ces infortunés se trouvent alors hors d’état, à leur sortie, de suffire à leur existence par une occupation rémunératrice et, plus tard, ils viennent grossir le flot des incapables, des paresseux, des indigents qui assiègent les maisons charitables. Le but que l’on se propose, former des citoyens utiles, n’est pas atteint partout et cela au grand dommage de la société.

22. Code de VHôpital général, op. cit., p. 301-302. Conférer : Guillier, Hist.

de Vhôpital de la Pitié, 1612-1882, in-8, 1882, p. 29. « Du lundy, III septembre 1583. Contagion à la Trinité, à cette cause la Cour ordonne que pendant la contagion les Maîtres et Administrateurs n’envoiront lesdicts enfans aux convois et enterremens. . . » (Félibien, op. cit., tome III, des Preuves, p. 18).

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