CHAPITRE XI
§ 5. — Les services d' accouchements.
Il n’existe pas seulement dans la plupart des grands établissements d’assistance des médecins, chirurgiens, apothicaires, compagnons chargés des pansements, onctions, etc. ; on y trouve des ventrières des acconc/iée^ suivant l’expression des vieux textes (Brièle, Notes, op. cit., p. 35).
Malgré ses défectuosités et son encombrement le service des femmes en couches de FHôtel-Dieu parisien est célèbre Nombre de Médecins étrangers demandent à être admis à suivre les opérations. Ces requêtes sont accordées difficilement, les administrateurs veulent ménager la pudeur des femmes traitées dans ces salles et ne les considèrent point comme des sujets d’étude vis-à-vis desquels tout est permis. C’est un sentiment fort honorable, trop souvent négligé de nos jours
Une délibération de 1693 est formelle à cet égard : « On ne souffrira point, y est-il dit, qu’aucune personne, telle qu’elle soit et sous quelque prétexte que ce puisse estre, entre dans la salle des femmes grosses et des accouchées... Il n’y aura que le Maistre chirurgien, le premier compagnon et son externe qui soigneront et panseront ces femmes, ce qu’ils ne pourront faire néantmoins qu’en présence de la Maistresse sage-femme ou de personnes commises par la Mère d’office. » (Brièle, Collée. dedocum.,op. cit.), I, p. 243 55.
52. Au grand hôtel-Dieu de Lyon « les garçons chirurgiens donnent les lavements aux hommes après le diné de la communauté, et les sœurs et servantes aux femmes et filles » [Règlement pour les domestiques, 1725, op. cit., chap. XV, p. 64).
53. Les apprentisses sages-femmes de l’Hôtel-Dieu de Paris étaient ainsi jugées par Dionis en 1721 : « Il y a de meilleures sages-femmes à Paris qu’en aucune ville du Royaume parce qu’il y a l’Hostel-Dieu, où il se fait une infinité d’accouchemens, etoù ellessont reçues en apprentissage. Après elles passent un examenavant d’exercer » (Henriette Carrier, Origines de la Maternité, in-8, Paris, 1888,
54. Délib. 1668, défense de laisser compulser les registres des accouchées, « parce que cela détourneroit les filles qui ont forfait à leur honneur de venir acoucher dans l’Hôtel-Dieu et aussi lesporteroit à défaire leurs enfans, mesme avant qu’estre nez... » (Brièle, Collect. de docum., op, cit., I,p. 183).
55. En publiant un projet d’asile pour les femmes enceintes, Ghamousset demande qu’indépendamment des médecins, chirurgiens et sages-femmes qui ha-
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Brièle en ses Notes [op. p. 35, nous fait connaître le nom de plusieurs sages-femmes à FHôtel-Dieu de 1550 à la fin du xviii® siècle.
Selon les règles de l’hôpital de Clermont-Ferrand (1749) a comme cet emploi ne convient guère à des filles, on juge à propos pour l’exercer d’avoir une veuve qui aïe en partage la modestie, la sagesse, la prudence et la gravité et qui puisse faire les fonctions de matrone avec le chirurgien principal quand elle croit en avoir besoin » [Règlement cité^ chapitre xvi, p. 55. Du devoir de la veuve accoucheuse).
Au Westminster Lying-in Hospital (Higmore, op. c«Y.,p. 214), on exige que les personnes chargées de ce service soient âgées d’au moins trente ans et ne dépassent point la cinquantaine ; elles ne peuvent exercer en ville sans autorisation expresse du Bureau
L’hôpital général Saint-Jacques d’Aix [op. cit., p. 7) renferme plusieurs œuvres de bienfaisance, la sixième, est « l’œuvre de l’entrepôt pour les filles enceintes qui y sont conduites et reçûës et où elles trouvent toute seureté et tous les secours nécessaires à leur état. »
Cette préoccupation du secret se rencontre fréquemment. Ainsi à Rome, en 1770, le Primicier de l’antique confrérie de Saint- Roch, obtient du Pape Clément XIV un ||bref affectant l’asile placé sur ce vocable à la réception des femmes enceintes. Elles sont admises sans que l’on prenne aucun renseignement sur leur personne. Elles peuvent même conserver un voile tout le temps du séjour ; désignées sur les registres par un simple numéro d’ordre la mort ne dévoile point leur secret [Hist. de la Charité à Rome., op. cit., 2® partie, chapitre vi, p. 273-279).
bitent la maison, on y attaché à titre de comultants les hommes les plus célèbres dans cet art pour avoir leur avis dans les cas embarassants {Œuvres, édit, de 1787, t. II, p. 63).
56. « The matron, on whom much of the welfare of this and ail such societies dépends, must be a single woman, or widow, not under thirty, nor more thanfifty years of âge, w^ell skiller in the practice of midwifry, constantly résident in the hospital, to direct its economy, and attend the deliveries, but not to practice out of the hospital without spécial leave of the board. »
§6. — Séparation des maladies contagieuses. Secours aux convalescents. Mortalité.
Il est certain que les praticiens du xviii® siècle ne connaissent pas les microbes. Toutefois ils savent qu’il est dangereux de mélanger les patients atteints de certaines affections ; de placer en un seul lieu fiévreux et blessés.
On s’attache donc dans les asiles, bien tenus, à établir des classifications Y ayant un lieu séparé pour ceux qui sont atteints de maladies communicables ou incurables, dit le Règlement de Dijon [op. cit.), 1647, chap. viii, p. 60. « Quand le médecin reconnoit quelqu’un de cette qualité, il le fait savoir à MM. les Intendents pour le faire mettre à l’appartement propre à son mal, hors des deux grandes salles. »
« L’usage est, dans certains hôpitaux, de retirer les contagieux en convalescence au rez-de-chaussée ; les contagieux au premier étage et de ne construire aucune pièce au-dessus, pas même de greniers. Il seroit dangereux d’y admettre des malades, des personnes en santé, des magasins, des vêtemens qui s’infecteroient, c’est sur ces principes que sont fondés les hôpitaux de contagieux »
Les statuts du Saint-Esprit-en-Saxe insistent d’une façon toute particulière sur cette question primordiale. Les médecins doivent faire transporter en un autre service tout malade qui ne se trouve pas dans la salle réservée à son genre de maladie. Les : (( Etici », U Tisici », sont soignés dans des salles distinctes selon l’état d’avancement de leur affection. [Motif.., op. cit.^ passim.).
La nécessité de ces mesures d’hygiène se fait peu à peu sentir sans cependant qu’elles soient adoptées universellement. Le progrès encore ici est lent.
57, Tenon se plaint vivement de ce qui se passe à l’Hôtel-Dieu de Paris. « On mêle, écrit-il (op. cit., p. 205), scorbutiques, scrophuleux, cancéreux, rien ne sauroit autoriser cette mauvaise pratique. L’infection que répandent ces trois sortes de maladies, devroit au contraire engager à les séparer. »
58. Tenon, op. cit., p. lv. Cet auteur dit également (p. 205) : « Les matelots atteints de dyssenterie contagieuse sont mis à part à l’hôpital de Portsmouth, C’est U ne attention qu’il faut avoir dans les nouveaux Hôpitaux : je ne fais qu’indiquercet objet intéressant. »
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Il faut aussi pour assurer le maintien de la santé des convalescents, leur permettre de prendre du repos au sortir de l’hôpital. La convalescence, dit Tenon [op. cit., p. 283), est en quelque sorte un état moyen entre la maladie et la santé. Ce qui manque au convalescent, pour être pleinement rétabli, sont la force et quelquefois l’agilité.
« En lui rendant l’une et l’autre, s’il est artisan, homme de journée, on le met en état de vivre du travail de ses bras, de surveiller sa famille et de lui procurer les secours dont elle a besoin. Dans les troupes, on le ramène promptement au drapeau ; matelot, il retourne plus vite à bord. Ainsi on accroît la fortune et la force nationales des travaux et delà vigueur de tout convalescent retiré à propos d’un hôpital civil, militaire ou de marine ; en même temps on diminue les journées d’Hôpital, on procure des lits pour un 'service plus étendu, on augmente la salubrité des salles, ajoutez qu’il est essentiel d’en sortir dès que les forces le permettent, afin de prévenir les langueurs, lés rechutes et souvent la mort de ceux qui s’opiniâtrent à y demeurer » {op. cit.^ p. 284).
Des dispositions sont prises en nombre d’endroits pour favoriser un prompt rétablissement chez les convalescents. A Saragosse on garde les malades guéris, quinze jours avant de les laisser quitter la Maison hospitalière. « Para que los convalecientes sean curados con mas perfeccion y se cumpla en esta parte con la caridad christiana. » {Ordinaciones., op. cit., p. 76).
Même disposition à Naples, le séjour peut être prolongé, de quatre à six journées, afin d’éviter les rechutes. Un local est disposé dans ce but
Les religieux de Saint- Jean-de Dieu ouvrent ûne maison rue du Bac pour recevoir les convalescents sortant de la Charité (1652). Elle est due aux libéralités de Dame Angélique Faure, veuve
59. Regole dellaS.S. Annunciatadi Napoli, 1739, cap. V,§ XX. XXXVII, p. 100, « che rinfermi, e feriti, che si sono restituiti in sainte, non debbano esser licenziati da" Medici, o Cerusici primari, se non quando sono perfettamente ristabiliti dopo il ristoro di quattro, o sei giorni, che non vi sia pericolo alcuno di récidiva ; ed incarichiamo al Reverendo Maestro di Casa, che durante il tempo délia loro convalescenza, seconde quelle, che si è anche da noi disposto sopra nel ventesimo Paragrafo per li convalescenti... »
de Claude de Bullion, Sous-Intendance des finances, aidée par André Gervaise, ancien chanoine de Reims
A Marseille, écrit Valran [Misère et Charité, op.cit., p. 107), lorsque la fièvre étant tombée, le malade quitte l’Hotel-Dieu, il peut rester pendant six jours à l’hôpital général des pauvres convalescents. Sur la proposition et aux frais de l’Archevêque, Monseigneur de Brancas, on s’occupe à Aix (1753) d’ouvrir une salle spéciale pour ces infortunés.
Passons-nous en Angleterre, The Samaritan Society^ fondée l’année 1791 par Sir William Blizard, prend soin des individus qui sortent des asiles charitables ; elle fournit des secours en argent, des bandages, des membres artificiels ; facilite l’envoi aux bains de mer, etc.
L’ Hôtel-Dieu de Paris est en retard sur ce mouvement R est vrai que nombre de ses administrés sont souvent des étrangers ou gens sans asile, enclins à prolonger d’une manière abusive leur séjour dans l’établissement. Ils ne peuvent cependant recueillir aucun bénébce pour leur santé de ce maintien au milieu d’autres malades, alors surtout que les bonnes conditions hygiéniques font défaut
Les projets ne manquent pas pour remédier à cette triste situation, mais ils n’ont pas de suite
60. Tenon, op. ciL.,1" mémoire, p. 41. « Trois sortes de personnes en sont exceptées; les prêtres, les soldats, les domestiques en maison; les premiers parce qu’ils ont les honoraires de leurs messes ; les seconds parce qu’ils ont leur paie ; les troisièmes parce qu’ils peuvent se retirer chez leurs maîtres. » Voir aussi : Lebeuf (édition Gocheris), op. cit., III, p. 202, Husson, Études sur les hôpitaux, op. cit., p. 156 en note.
61. Rommelaere, op. ct'G, p, 104, The sea Bathing Infirmary for the poor of Londo/i remonte à l’année 1793 (Higmore, op, cit., p. 270-271).
62. L’ordonn. Roy. sur les Hôpitaux militaires (1781) prescrit (tit. 17, art. 13) rétablissement, à portée de ces maisons, de dépôts placés autant que possible à la campagne et affeçtés aux soldats convalescents.
63. Tenon, op. cit., p, xxxv et 287 à 296. « Leur seul promepoir, le pont Saint Charles, est garni d’étendoirs et de draps humides ; c’est dans cette humidité malsaine, que se rendent les convalescents, la plupart sans camisoles, sans culottes, sans bas... » (p. 287-288).
64. De 1640 à 1645, petite fondation de 12 lits par M. et de Fieubet, rue de la Bucherie. Le nombre des lits est porté à 30 en 1659, et la durée du séjour fixée à un mois. Sous l’empire del’idée fort juste que chaque hôpital doit avoir sa maison de convalescence, le Prieuré de Saint-Julien-le-Pauvre se trouve réuni à l’Hôtel- Dieu (1655). Le cardinal Mazarin donne 40.000 francs pour hâter la création dun établissement aussi utile. Différentes libéralités importantes se joignent à ce don; des immeubles sont acquis. On parle également d’un asile à élever au faubourg
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Maintenant, peut-on avec quelque certitude tirer des documents publiés en France et à l’étranger une statistique comparative de la mortalité? Pour établir un travail de cette nature, les bases font défaut presque partout. Les centaines de monographies publiées laissent en général cette question de côté
Et puis, avant le xix® siècle, les asiles charitables n’ont souvent aucune affectation bien déterminée. 11 en est qui comprennent jusqu’à six branches diverses d’œuvres d’assistance Gomment comparer des éléments aussi dissemblables ?
Lorsque l’on reçoit des femmes en couches la mortalité moyenne s’élève du chef des accouchées, atteintes par les fièvres, et surtout eu égard au chiffre des nouveau- nés décédés.
Est-il possible de mettre en regard d’autres Maisons, un asile comme Bicêtre par exemple ; tous les malades de cet asile sont transférés à l’Hotel-Dieu, où ils arrivent parfois mourantsà la suite des fatigues du transport ?
Ces statistiques, si utiles, préoccupent peu nos pères C’est au xviii® siècle seulement que des philanthropes portent leurs investigations sur ce point ; Ghamousset est de ce nombre.
Nous allons cependant donner quelques chiffres extraits des-
Saint-Germain près des Incurables. En réalité rien ne se fait (Husson, Etiid. sur leshôp., op. cit.^p. 156 en note).
65. Nous comptions beaucoup, au début de nos recherches, sur les dossiers do la série aux Archives Nationales, mais, par suite de nous ne savons quel mot d’ordre, les états envoyés à Paris, par les administrations des départements, mélangent les sorties et les décès, ne permettant de cette manière aucune statistique de la mortalité. Exemple : Hospices civils de Brest,
1®'’ germinal, an 4, présents 561
entrés dans le mois 34
sortis et morts 42
Arch. Nat., F’» 282. Ab uno disce omnes.
66. « L’Hôtel-Dieu de cette ville d’Aix renferme six œuvres différentes ;
« La première des œuvres est celle des malades de toute sorte, et de tout Païs .
« La seconde est des Convalescents.
« La troisième des Enfans exposez ou abandonnez.
« La quatrième des nourrices dans la maison ou dehors.
« La cinquième des Passans, Pèlerins, pauvres prêtres Ecclésiastiques, ouvriers,, matelots, soldats et autres.
« La sixième (mentionnée ci dessus) est l’œuvre de l’Entrepôt pour les filles enceintes... »
{Rèfflemens, 1742, op. cit., p. 7).
67. Nous possédons néanmoins des chiffres assez exacts concernant les Enfants, trouvés, nous les utiliserons dans la seconde partie de ce travail.
travaux de Tenon auxquels il faut toujours recourir en pareille matière
Pa^e 278 de ses savants mémoires, ce Professeur de pathologie au Collège de chirurgie^ donne le tableau suivant.
Mortalité dans certains Hôpitaux civils.
morts
malades
Hôp. R. d’Edimbourg
1 sur
Hôp. de la ville de Saint-Denis
1 sur
Hôtel-Dieu de Lyon
t 1 sur ^ 1 sur
Hôp. général de Vienne en
i 1 sur
Autriche
f 1 sur
Hôp. du Saint-Esprit à Rome
1 sur
Hôtel-Dieu d’Étampes
1 sur
Hôtel-Dieu de Rouen
1 sur
Hôpital de la Charité à Versailles
1 sur
Hôp. Saint-Barthélemy à Londres, 1780-1787
1 sur
Hôp. de la Charité à Paris
1 sur
Hospice de la paroisse Saint-Sulpice
1 sur
Hôtel-Dieu de Paris
1 sur
Tenon ajoute que la mortalité du dernier établissement est encore plus forte î Quant aux accouchées, prises à part, la moyenne des décès peut monter à un sur 15 2/3 dans cette dernière maison ^9.
Ces décès si nombreux tiennent en partie à l’encombrement des salles, et c’est une preuve nouvelle qu’en parlant des asiles hospitaliers des siècles passés il ne faut jamais, ainsi qu’on le fait journellement, prendre comme type le vieil hôpital parisien.
68. Pour montrer l’incertitude dans laquelle on se trouve, il suffit de citer le D'’ Follet {Hôpitaux Lillois disparus^ op.cit., p. 63). Cet auteur trouve que « la mortalité des femmes en couches est extraordinairement faible à Saint-Jacques. » Il constate ce fait et ajoute aussitôt : « à moins que les femmes atteintes de suites de couches graves n’aient été évacuées sur un autre hôpital. »
69. Des épidémies de fièvres puerpérales peuvent souvent, comme en février 1746, amener dix-neuf morts sur vingt accouchements ! (Tenon, op. cit.^ p. 242). A l’hôpital Britannique « les accouchées décédées, écrit Tenon p. 259, sont à celles qui ont été rendues à la société, comme un à cinquante et un 1/9.» Tous ces chiffres sont approximatifs car cet auteur (p. 38) avoue que pour la Charité la proportion varie suivant les écrivains. « Quelques personnes ont fait monter la mortalité à un sur neuf. Le chevalier Petit, en 1678, Ghamousset, en 1737, à un sur huit ; les commissaires de l’Académie, en 1786, à un sur sept et demi. Auroit-elle été mal déduite par les premiers observateurs, ou se seroit-elle accrue ? »