LA SITUATION A PARTIR DU XVI® SIÈCLE
§ 1®’^. — La disparition progressive des fraternités desservant les Hôpitaux^ et V extension temporaire du personnel laïque.
Gomme il est expliqué dans le tome III de notre ouvrage, les établissements charitables du moyen âge sont, en général, desservis par des fraternités de Frères et de Sœurs, obéissant à un Maître et restant presque toujours affectés à un asile déterminé, sans relever d’aucune maison généralice.
Les Frères disparaissent les premiers. Dans les anciens contrats de Thôpital Comtesse, à Lille, nous trouvons mentionnés, jusqu’au xvi® siècle (1523-1568), les : Maître, Prieure, Frères et Sœurs de la Maison-Dieu, Plus tard, 1627, la formule ne comporte que les : Maître, Prieure et Religieuses [Inv., op. cit., p. 97 et suivantes).
Les Sœurs restent dans un certain nombre d’établissements, à l’Hôtel-Dieu de Paris par exemple b Nous voyons ailleurs s’éta-
1. « L’hôp. de Pontoise est desservi par les sœurs de l’ordre de Saint-Augustin ne ressortissant pas d’une maison mère, se recrutant elle-même » (Thomas, Les Prieures de VHôtel-Dieu de Pontoise, in-8, 1882). Les sœurs de THôtel-Dieu de Beauvais restent seules à partir de 1664 (Hélyot, op.cit., édit, de 1721, t. II, p. 300). A Issoudun, Frères et sœurs ne se recrutent plus vers 1740 . Le Recteur reste seul avec deux gouverneurs laïques qui se partagent l’administration » (D" Jugand, op. cit., p. 172).
blir des serviteurs et servantes laïques ; souvent il s’ag-it d’un ménage chargé des pauvres. Ceci se passe en France et dans les établissements dirigés par les Confréries italiennes
Pour gardien^ à Bologne, il faut un homme de bien, de bonnes mœurs, d’esprit charitable La femme ne doit pas bouder devant l’ouvrage (gagliarda aile facende).
En Bretagne, l’on rencontre des personnes appelées hospitaliers ou gardiens^ apparaissant d’abord comme chargées particulièrement des enfants, puis de tous les malades. Ces gardiens sont nommés par les communautés d’habitants et laissent parfois beaucoup à désirer^.
Deux époux s’engagent, en 1557, « à prendre et faire la garde de la Maison-Dieu d’Avallon et conduite et gouvernement des pauvres, y estans et survenans, en la manière accoustumée. .. garder les meubles et ustensiles d’icelle maison, faire blanchyr et nétoyer le linge moyennant la somme de six livres pour la dite garde. . . pour un an et encore la somme de troys francs pour autres frais. . . » (Baudouin, op. cit.^ p. 78).
(( Sera donné à l’hospitalier, dit le règlement de 1597 (hôp. de Libourne), linceulz, garniture de deux litz, nappes et serviettes
2. «Aussi loin que l’on remonte dans l’histoire des hôpitaux, on remarque toujours que les fondateurs d’établissements prennent soin de prescrire la séparation des sexes et de composer un personnel particulier pour chaque quartier » (Léon Maître, Hisl. des Hôp. de Nantes, in-8, 1875, chap. viii.p. 151) ; Hôtel-Dieu d’Aix, Statuts, 1H2, p, 51. Le regole delV Hospitale delta Pietà detto de' Vecchi, in-4, Milano, 1647. Il ne s’agit, bien entendu, que des maisons d’une certaine importance; ailleurs une directrice et quelques servantes suffisent. A Tour d’Aigues (Provence), l’hôpital comprend six lits et ne « possède qu’un domestique femelle aux gages de 120 livres par an » (Hép. au Comité des secours publics, 1792. Arch. nat.,F^5 232). « L’hospice de Saint-AfTrique renferme huit lits qui, destinés àrecevoir les malades seulement, n’étaient pas toujours occupés, ceux-ci étaient soignés par une femme attachée à la maison » (Abbé Nayral, op. cit., 1859, p. 14).
3. « Ne l’Hospitale de Poveri Pellegrini governato da Nostra Gompagnia di Santa Maria, vi sera sempre un guardiano, il quale habbia poca famiglia e sia huomo da bene, di honesti costumi etsopratutto di natura humile, accioche con carità et amore accetti i Poveri Pellegrini e gli tratti bene » Hospitale de i Poveri Pellegrini, Bologna, 1586, cap. xv, p. 41-43.
A l’œuvre des pauvres mendiants de cette même ville, il faut un ménage remplissant les conditions suivantes : « Huomo di perfetta età, di buona vita et famé ; il quale habia moglie di simili conditione, sana et sollecita et gagliarda aile facende... » {Statuti delV Opéra de' poveri mendicanti délia città di Bologna, in-8, 1674, cap. XV, voir aussi : De Belfort, Arch. de la Maison-Dieu de Chàteaiiduny in-8, 1881, Préface de L. Merlet, p. xxxii).
4. Rosenzweig, op. ciL, ann. 1862-1863. Hospice de Malestroit, p . 1.
LE PERSONNEL HOSPITALIER
pour lui et sa femme, pour en jouir et user en bon père de famille et non autrement. Sera tenu tenir net le dict hospital, faire le lict des pauvres, leur assister, aider, secourir, administrer les vivres qui leur seront baillés bien et deuhement, à peine de respondre. . . (Burgade, op . cit.^ 1867, p. 17).
L’hôpital d’Angers est dirigé en 1610 par une brave et digne femme pleine de zèle, secondée par des servantes, dont l’une ne tarde pas à être congédiée pour soupçon de vol
'A l’époque de la réformation des hôpitaux, les Frères hospitaliers, dits de la Charité, quittent l’ Hôtel-Dieu de Tours et se trouvent remplacés par des serviteurs à gages » (Giraudet, op. eit., p. 24).
Si l’asile est de minime importance, V hospitalier peut exercer un métier Les pauvres grabataires de Goutances sont soignés par une dame et des chambrières (Le Gacheux, op. cit.^ tome I,
De 1694 à la Révolution, l’hospice général de Ploërmel (Bretagne) continue à posséder, sous le contrôle des Administrateurs, des directeurs ou surveillants laïques chargés de conduire la maison (Rosenz^veig, Archives citées^ 1866, p. 101).
Il arrive aussi que la direction change ; selon les époques, on rencontre des religieuses, puis des personnes séculières, se remplaçant à tour de rôle .
5. Célestin Port, /n,u. ci7é, in-4, p,xix, Legras passant par cette ville écrit en 1633 : « J’eus grand peine à me dérober (aux visites) pour aller à l’ Hôtel-Dieu que je trouvai en assez bon ordre. Il y a une bonne tourière qui a fait vœu d’y finir ses jours au service des malades, ce qui leur a été d’un grand bien ; principalement elle a soin deleur salut... » (Célestin Port, Les sœurs de charité à V Hôtel- Dieu Saint-Jean d'Angers, ext. de la Revue d’Anjou, 1854, in-8, 12 p., p. 5). « Belle servent! delnostro ospizio. Affinchè né pure aile Pellegrine, ed aile convalescent! manchi la necessaria asistenza, vi saranno alcune servent! per prestar loro tutti i servigi di cui possano aver bisogno.Tra esse ve ne sarà una coltitolo di Anziana. » {Statiiti délia ven. arch. dellaS. Trinita dePellegrini, in-4,in Roma, 1821, cap. xi, p. 157).
6. A Villefranche, mort de Jacques Geoffroy, vivant cordonnier et gardien de l’hospital de la ville (D® Léon Missol, L'ancien Hôtel-Dieu de Villefranche en Beaujolais, in-S, Lyon, 1882, p. 21). L'hospice de Bressuire (Vendée), en 1792, « vingt lits, dix pour chaque sexe ; il y a une servante pour la salle des hommes, une pour celle des femmes ; une cuisinière, et un domestique pour le jardinet le bétail » (Arch. Nat., 233®).
7. A l’Hôtel-Dieu de Poitiers, religieuses hospitalières de Saint- Augustin, 1644- 1658. Personnel laïque, 1658-1787. Sœurs de la sagesse, 1787-1792 (Delmas, op. cit., p. 32). « De 1658 à 1787, écrit cet auteur (p. 33), des directrices intelligentes
Ces gardiens ou gardiennes sont parfois au dessous de leur tâche. Il n’est pas rare alors de voir des dames pieuses s’offrir pour diriger ces importants services.
« Le Sindic de Vannes (1633) remonstre que certaines filles dévotieuses s’offrent à entrer en l’hospital pour servir au lieu et place des gardiens sans aucuns gaiges ny salaires » (Abbé Le Mené, Hôp. Saint-Nicolas de Vannes^ in-8, 1897, p. 17).
L’Hôtel-Dieu de Thiers (Auvergne) confie les services à des filles et veuves que leurs sentiments charitables appellent à cette œuvre de dévouement. On les désigne sous le nom de Sœurs ^ et de servantes des pauvres, bien qu’elles ne fassent aucun vœu et reçoivent une rétribution. Il en est de même à Clermont-Ferrand
La charge de gouvernante de l’hôpital d’Avranches est remplie, de 1709 à 1745, par demoiselle Renée Martin du Plessis. Elle touche une indemnité de 100 livres, et a sous ses ordres, pour faire les lits des malades, six servantes, auxquelles on donne 30 livres par an, outre la nourriture^o (Ch. de Beaurepaire, Not. sur V Hospice d' Avranches^ 1858, op. cit.^ p. 50).
Ce personnel subalterne n’est pas toujours bien recruté, surtout en ce qui concerne les infirmiers. Valran [Misère et charité^ op. cit.., p. 102) s’exprime ainsi : « Ces serviteurs, amas de gens de tous pays, qui ne se chargent d’un service pénible, dégoûtant, périlleux, que parce qu’ils n’ont pas d’autres res-
et désintéressées, prises dans le meilleur monde, des administrateurs rivalisant de zèle, de généreux donateurs firent de cette période l’époque vraiment heureuse et féconde de l’histoire de l’Hôtel-Dieu. » Voir également Hôpital de Chambéry... sœurs hospitalières de Salins (1714-1724), puis infirmières et infirmiers laïques (marquis de Ville de Travernay, op. cit., p. 19).
8. « Dans le service ces personnes se faisaient appeler sœurs quoique laïques {M. F. G. Hospices de Vire (Normandie), in-12, 1857, op. cit. »
9. Goiffier, op. cit.., p. 81. Règlem. de V Hôtel-Dieu de Clermont-Ferrand., 1749,
chap. iv-xii. Conférer : Guzent, civïZ de Bresf, in-8, 1889, p. 248, Melon de
Pradou, Tulle., op. ctL,p. 19. Cette organisation persiste à Carcassonne en 1785. « Trois demoiselles de la ville sont spécialement chargées du service intérieure de l’hôpital général, elles ont quelques filles de peine pour les gros ouvrages — » (iîapp., Colombier, novembre 1785, Arch. Nat.,Fis 226).
10. Habituellement ces servantes sont prises parmi les filles pauvres de la maison (Hôp. gén. de Montpellier, Rapport Colombier, octobre, 1785, Arch. Nat., FIS 226).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
sources, qui ne le continuent que tant qu’ils ne peuvent s’en procurer un autre, et qu’on est le plus souvent forcé de congédier »
Dans certaines localités le nombre des administrés est si peu élevé qu’il suffit de quelques femmes de bonne volonté pour donner les soins nécessaires, tout en continuant à vivre au sein de leur famille
A la suite des troubles religieux qui agitent la France, nombre d’asiles charitables ont donc une administration purement laïque. Il en est à plus forte raison de même dans les pays adoptant les principes de Luther, de Calvin et de Henri VIII.
En Allemagne, en Danemark, il y a quelquefois auprès des malades des personnes appartenant au nouveau culte, lesquelles, tout en renonçant aux vœux religieux, se conduisent comme des chanoinesses séculières
En général, ainsi qu’il est dit plus haut, la direction des asiles passe presque entièrement aux municipalités, et des serviteurs à gages se trouvent placés dans les divers services.
La Hollande agit de même ; un Père, une Mère ; un personnel salarié. Les Régentes de la Maison des Orphelins de l’Eglise Wallonne, peuvent être des dames âgées, veuves ou mariées.
L’Angleterre possède des sisters, désignées également sous le nom de Mistresses, Matrons, choisies autant que possible parmi
11. «Servantes grossières, écrit de Charmasse, dont la pitié était aussi étroite que le salaire modique. La servante qui soignait les pauvres à Autun recevait 6 francs par an et 3 francs pour son linge, chaussures et souliers » {Annuaire, Société Eduenne, 1860-1862, p. 233).
12. L. Chaumont, Hist. deM. Agiit, fond, de VHosp. de la Providence de Mâcon, in-8, 1891, p. 133. « Dans le xvi® siècle, il y avait à l’Hôtel-Dieu de Marseille, des dames et des demoiselles charitables, qui veillaient à ce que les femmes malades fussent soignées convenablement et surtout à ce que la maison eût le linge nécessaire. Elles n’avaient aucune action directe sur les affaires hospitalières... » (Fabre, op. cit., tome I, p. 176-177). Nous voyons également de riches Napolitaines se dévouer aux malades recueillis à Sancta Maria del Popolo (T. R. Fieschi, op. cit., tom. I, p. 247).
13. Hélyot (op. cit., éd. de 1721, tome VI, 4® partie, chap. lv, p. 440) nous montre des religieuses de l’ordre de Saint-Dominique, à Copenhague, qui, « après avoir embrassé l’hérésie, ont toujours gardé la vie commune et sont habillées de même que les Filles de la Communauté de Sainte-Geneviève, que l’on appelle les Miramiones... » Cet auteur dit à propos de l’ordre de Citeaux : « Il y a même encore en Allemagne des abbaïee, tant d’hommes que de filles qui sont entièrement Luthériennes » (op. cit., tome V, 4® partie, chap. xxv, p. 380). Consulter John Malcolm Ludlow, Woman’s work in the church, in-12, 1865, chap. iv, p. 195-196.
les personnes d’une éducation soig“née : veuves de Pasteurs, etc, (Rommelaere, 0/9. cit.^ p. 115, Higmore, op. cit.^ passim).
A l’hôpital Sainte-Catherine, la nomination des : brothers, priests, sisters and master, est réservée à la Reine (Hig^more, op. cit.^ p. 318).
Les Matrons sont généralement logées, blanchies, nourries ; leurs gages peuvent atteindre environ cent livres sterling à Londres; en province, ce chiffre varie entre vingt et trente livres sterling.
(( Peser et mesurer chaque jour les provisions et les autres articles de consommation ; en rendre compte au comité, tous les samedis. Ne laisser emporter au dehors aucune provision, meubles ou ustensiles. Visiter tous les jours les salles de malades ; prendre soin des lits, habillements, linge, etc. Faire l’appel des malades, matin et soir, dans chaque salle ; garder les clés des portes. Faire ouvrir et fermer celles de la rue, de 7 heures à 9 heures en hiver, de 6 à 10 en été. Veiller sur la conduite des gardes-malades, des domestiques, des administrés. » On voit que le rôle de ces matrons ne manque pas d’importance
§ 2. — Associations de femmes se dévouant au soin des malades sans prononcer des vœux de religion.
Le dévouement ne suffit pas toujours pour faire le bien ; il faut que les efforts soient coordonnés, qu’une discipline sévère règne dans l’armée de ceux qui se consacrent au soulagement des malheureux.
Il n’est donc pas surprenant de constater, trop souvent, l’impuissance des âmes généreuses, venant offrir leur concours aux administrateurs des hôpitaux. La difficulté est de maintenir
14. Ext. des règlements admin. de neuf des princip. Hôpitaux de Londres, Etab. d’humanité, op. cit., n” 12, p. 95, 96 (XIV). The Matrons charges (1557) : « Your office is an office of great charge and crédité. For to yow is committed the governance and oversight of ail the women and children within this Hospitall » {Memoranda relating tothe royal Hospitalso., 2 vol. in-8, London, 1863, op, cit., tome I, n° 13, p. 94). La Matron du Lyng-in Hospital of London a la haute directioa sur tout l’établissement (Higmore, op. cit., p. 201).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
l’harmonie parmi des personnes que ne lie entre elles aucun vœu d’obéissance.
A Saint-Joseph de Béziers, les demoiselles du monde, soignant les pauvres, font entendre des plaintes les unes contre les autres. Leur mésintelligence devient fréquente. 11 n’est point toujours aisé de ramener la paix et la concorde
Les sœurs, ou pour mieux dire les femmes dévouées au service de la maison d’Issoudun, au nombre de six, ayant quatre servantes et un valet n’admettent aucune subordination entre elles lo.
Aussi dès que des congrégations, ou associations libres d’hospitalières, se forment, les administrateurs s’empressent-ils de les appeler à remplacer les gardiens, gardiennes, ou dames laïques desservant les établissements charitables i '. A partir du milieu du XVII® siècle, le mouvement ne se trouve ralenti que par le nombre forcément restreint des sujets disponibles
Il y a lieu de remarquer que les ordres hospitaliers d’hommes, naissent et se développent principalement en Italie et en Espagne 19, alors que les congrégrations de femmes appartiennent
15. Aiitonin Soucaille, Hôp. Saint Joseph de Béziers, in-8, 1885, p. 50-51.
16. L’œuvre portait en elle le vice qui devait la perdre. L'indépendance fait naître l'insubordination (D'^ Jugand,op. cit., p. 246).
17. « A partir du milieu du xvn® siècle, dit Babeau [LaVille,op. cit., p. 436), les Religieuses furent appelées presque partout à remplacer les laïques, parce que les administrateurs reconnaissaient le dévouement, la conscience, la vigilance avec lesquels elles s’acquittaient de leurs fonctions. »
18. « L’insuffisance des soins donnés aux malades, par un simple laïque et quelques chambrières à gages, fit sentir le besoin d’appeler pour ce service des Religieuses. En 1645, les échevins et les administrateurs écrivirent à FArchevêque de Paris, la demande fut sans résultat, ce Prélat n’ayant pu accorder des religieuses de son diocèse. Quelques années plus tard, on se tourna vers la ville de Bourg ; 8 juillet 1663, autorisation au Couvent d’accorder trois religieuses à l’hôpital de Mâcon. L’Evêque leur écrit : Ayez asseurance que vous serés receues et traictées le plus favorablement possible, et selon l’étendue de toute l’obligation qui est imposée aux évesques, d’honorer Jésus-Christ en la personne de ceux et celles qui se dévouent à servir et soulager les pauvres qu’il a voulu laisser en son Église comme des objets propres à exciter et àexercer la charité et piété des fidèles... » Mgr Rameau, L'ancien Hôtel-Dieu de Mâcon. Ann. de l’Académie de Mâcon, 3® série, tome III, 1898, p. 426-427.
19. Saint-Jean-de-Dieu meurt en 1550 ; le fondateur des Frères dits Obregons en 1599, Saint Camille de Lellis, en 1614. Charles premier. Prince de Liechtenstein, connut à Rome le dévouement des frères de Saint-Jean-de-Dieu ; il emmena avec lui deux de ces religieux et leur demanda de se charger, en 1605, du soin des soldats malades â l’hôpital de Feldsterg, sur les frontières de la Moravie. C’est
presque exclusivement à la France. Il existe bien en Europe des ohlates ; dans quelques maisons des dames pieuses viennent de temps à autres consoler et encourager les malheureux patients, mais il ne se trouve pas, même à Rome, de congrégrations non cloîtrées^ vouées comme but principal à la mission de desservir les hôpitaux et de porteries secours à domicile -b
Ces femmes que nous allons rencontrer dans nombre d’établissements français se classent en deux catégories distinctes :
Membres d’associations relevant plus spécialement des administrateurs, sans prononcer de vœux de religion.
2^ Religieuses faisant profession, ayant une Supérieure générale et une Maison-Mère.
Le grand hôpital de Beaune, que fonde le chancelier Rolin(1443), possède des hospitalières qui ne sont point de véritables religieuses ; la Maîtresse est choisie par le fondateur et ses ayants droits. Les statuts prévoient le cas où ces hospitalières « se retirent pour entrer en religion , se marier, ou retourner dans leurs familles » [Histoire de lacharité, tome III, p. 167-173)22.
Néanmoins il règne parmi ces sœurs une subordination suffî-
là que Charles Eusèbe, Prince de Leichtenstein, fît bâtir le premier hôpital affecté à cet ordre, en Autriche. L’Empereur Mathias appela ces serviteurs dévoués à Vienne (1614), et leur fournit les moyens de s’établir à Leopoldstadt.
20. Ces oblates, « non legate da voti, e indipendanti da qualsiasi istituto religioso » assistent les malades sous la direction temporelle des supérieures des lieux pies (Bargiacchi, op. cit., I, p. 273. Regole dei R. spedali di s. Maria nuova, op.cit., in-4, Firenze, 1789, art. XXXVII, p. 202. Passerini, op. cit., p. 386-387).
A Saint-Gallican, les religieuses admises à prononcer des vœux après six années de noviciat, ne communiquent avec les hommes : se non se per mezzodi Ruote, odi Grate a lame diferro stabilrnente serrate {Spedale... di S. Maria e di S. Gallicano, n-12, in Borna, 1729, op. cit., p. 44, 45).
21. Pie VII constate ce fait; en 1816, il disait au chargé d'affaires de France, M. Artaud : Parlons aussi des sœurs grises; écoutez, voilà ce que nous avons fait : Nous avons cherché à les introduire dans toute la catholicité et particulièrement en Italie, en Allemagne et en Irlande. On nous a dit : devant les malades, la femme italienne n'a pas tout à fait assez de courage et de force morale pour se soumettre à tant de fatigues ; l’Allemande a quelque chose de trop soumis et de trop facile ; l’Anglaise ne manque ni d’humanité, ni d’exaltation, mais elle est trop sostenuta (mot difficile à rendre et qui renferme une sorte de reproche de pudeur mal entendue) ; la femme française possède l’adresse, l’assurance, la résolution, le commandement dans la piété sévère, indispensable à un tel état... » (Artaud, Vie de Pie VII, tome III, p. 360, édition de 1830).
22. Quand elles font profession, elles s’obligent, par des vœux simples, à l’obéissance, la pauvreté et la chasteté, pour tout le temps qu’elles seront à la maison (Abbé Boudrot, Fond, et statuts de Vhôp. de Beaune, 1878, op. cit., p. 130).
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santé qui permet d’entretenir la concorde au sein de l’établissement, et d’assurer le service régulier des malades. Nous voyons donc dans toute la région de l’Est les administrateurs solliciter la création d’associations similaires.
Voici une liste, fort incomplète, d’asiles desservis successivement, par des hospitalières détachées de la souche primitive et réorganisant, pour le plus grand bien de tous, des établissements tombés en décadence.
Les hospitalières de Beaune fournissent des sujets, soit directement, soit à la suite de fondations successives, à Dole (1663) ; Besançon (1667) ; Saint-Jean-de-Losne, Seurre, Auxonne (1680) ; Vesoul(1683) ; Saint-Claude (1686), Lons-le-Saulnier (1689), etc. A Chalon-sur-Saône « les pauvres sont servis par dix-sept sœurs y compris la maîtresse, avec deux novices, cinq domestiques, deux valets, deux servantes de peine. Ces sœurs vivent en communauté ; ne font vœu que d’obéissance et de chasteté, peuvent se marier, succéder à leurs parents et jouir de leurs biens ; elles sont nourries à la maison et ne reçoivent par humilité que deux paires de souliers par an» [manuscrit cité)~^.
Les Hôpitaux de Beaujeu^^, Charlieu, Cluny, Cuiseaux, Marcigny, Couches, Paray, adoptent les statuts du célèbre Hôtel- Dieu bourguignon.
Les directeurs de Belfort demandent des hospitalières à l’archevêque de Besançon; n’ayant pas de sujets disponibles ce prélat ofPre de prendre à Vesoul deux jeunes personnes qui, se formant à l’esprit de l’Institut, peuvent devenir ensuite capables
23, Ces sœurs sont à l’origine envoyées de Beaune (Batault, Not. hist. sur les hôp.de Chalon-sur-Saône, op. cit., p. 194 et 188).
24. « ... Les administrateurs croient par l'expérience de la plupart des principalles villes du Royaume, que les malades seroient beaucoup mieux servis par des religieuses hospitallières que par des filles mercenaires, que l’heureux establissement qu’ilz ont vus faire, de leurs jours, des filles hospitallières que l’on aappellées de l’hospital de Châlons-sur-Saône dans l’hospital de Villefranche (1666), a si parfaitement réussi pour la plus grande gloire de Dieu et le soulagement des pauvres malades, par la sage et saincte conduitte de ces religieuses hospitallières, ausquelles messieurs de Villefranche ont donnés et entièrement confiés le soin des malades de leur hospital, lequel l’on voit croistre et augmenter tous les jours par le bon ordre et la grande régularité qui s’observe dans cete maison de Dieu » (Longin, Hôtel-Dieu de Beaiijeu, in-8, 1898, p. 27).
d’en faire bénéficier les hôpitaux de leur ville ; cette combinaison est acceptée (1752).
L’Hôtel-Dieu de Lyon possède un corps d’hospitalières, qui existe encore de nos jours, et dont la renommée est universelle. Au XVII® siècle il s’agit d’une association de personnes des deux sexes -6 « dévouées par un esprit de charité au service des malades », auquel elles peuvent renoncer.
Choisies par les Recteurs elles sont tenues de leur obéir, en ce qui regarde le scindes malheureux et le bien de la maison. Elles doivent leur porter honneur et respect.
Les règlements insistent sur cette qualité de servantes de l’établissement, liées seulement par des vœux simples : d’humilité, de soumission, de chasteté-^.
25. Abbé Humbrecht, Mém. hist. sur les hôp. de Belfort, \n-S, I89b, op. cit., p. 51.
Nous ne cesserons de le répéter, afin de convaincre les personnes les plus prévenues, le manque de sujets disponibles arrête seul le mouvementgénéral consistant à remplacer dans les hôpitaux français du XVII* siècle le personnel laïque par un personnel con^régrantsfe. Citons encore cet exemple: les Recteurs de l’hôpital d’Auxonne demandèrent des hospitalières à Beaune. « Cette communauté engagée envers d’autres établissements ne put en fournir. On pensa aux filles de la charité de Saint-'V’incent-de-Paul, mais elles suffisaient à peine à quelques grandes villes. La famille des hospitalières de Dijon qui naissaient sous la direction de B. Bénigne Joly était trop restreinte pour sa propre tâche. Il fallut attendre ; mais en 1680 le maire d’Auxonne proposa aux directeurs de demander 4 hospitalières aux administrateurs de l’hôpital de Dôle, desservi par des sœurs venues de Beaune. Elles arrivèrent au mois de novembre » (Abbé Bizouard, Hist. de Vhôp. d'Auxonne, in-8, 1884, chap. iii, p. 42-43).
26. Dagier, op. cit., I, p. 335 (année 1638). « L’institut des Frères engagés par les mêmes liens que les hospitalières remonte au xvi* siècle » (Guigue, op. cit., p.294. Pointe, op.Ci'L, p. 88). « Les travaux rudes se font par trente-cinq de ces frères, assistés de vingt-cinq postulans ; de ces premiers, les uns sont employés à tenir les registres, d’autres à veiller sur les Domaines de la campagne, d’autres sont destinés à l’emploi de charpentier, à celui de maçon ; on en réserve pour acheter les bœufs dans les marchés, pour laboucherie, la boulangerie, la sommellerie, les gros ouvrages des lessives, pour faire les matelas, baigner les maniaques, porter les malades ; on en destine à conduire la charrette, à faire les quêtes et aux fonctions de portiers, etc., etc. » (Tenon, op. cit., p. 327-328, note v).
27. Règlem. pour les domestiques du grand Hôtel-Dieu de Lyon, in-8, Lyon 1725, chap. iv, p. 15. « Après que les domestiques, auront donné pendant plusieurs années des marques d’un véritable zèle dans le service des pauvres, et que la communauté aura rendu témoignage de leur exacte observance dans les règlemens de la maison et de leurs bonnes mœurs, monsieur l’économe fera son rapport au Bureau de ceux en qui il aura reconnu un sincère désir de leur perfection et demandera pour eux qu’ils soient admis au nombre des autres Frères et sœurs qui sont reçûs dans la maison... Ils doivent renoncera toute sorte de salaire pour pouvoir ensuite avec plus d’assurance demander à Dieu qu’il soit leur récompense .. » {même règlement, p. 53-54).
En 1597, une fille, ayant servi pendant 23 ans, demande à aller soigner sa mère
LE PERSONNEL HOSPITALIER
Si le service des filles admises est satisfaisant, leur santé reconnue bonne, elles reçoivent à la fin de la première année l’habit gris avec le cordonnet. A l’expiration delà seconde année on leur accorde « une petite croix d’argent portant l’image de Notre-Dame de Pitié ; ce signe extérieur de mérite personnel, et d’une vertu constamment pratiquée, enflamme les cœurs de ces généreuses filles, dit Dagier, excite en elles une nouvelle ardeur et les rend capables de remplir les emplois les plus pénibles et les plus dégoûtants. »
Mais, répétons-le, cette croix accordée par les Recteurs n’actache pas irrévocablement les bénéficiaires au service des malades, elles peuvent à volonté sortir, ou être renvoyées, de l’Hôtel-Dieu.
Les sœurs reçoivent cet insigne avec une certaine solennité, il leur est enlevé en cas de démérite ^8.
Une organisation analogue se trouve adoptée à la Salpêtrière lors de la fondation de l’Hôpital général.
« La supérieure reçoit les ordres de Messieurs les Directeurs en tout ce qui regarde le gouvernement, l’économie et la police de la maison. Elle les exécute ponctuellement et inspire aux sœurs offîcières la mesme soumission.
« Elle a inspection sur les officiers, offîcières, maîtres de boutiques, ouvriers, domestiques, et généralement sur toutes les personnes de la maison ; veille sur tous les emplois, et a soin que toutes les choses se fassent selon les règlemens et les ordres du Bureau.
fort âgée. Elle obtient cette permission que les recteurs basent sur ce motif :
« que communément les servantes de Thopital se disent sœurs religieuses ; que néanmoins elles ne dépendent d’aucun ordre, et n’ont fait vœu et profession d’aucune religion. » Dans le même sens, délibérations diverses de 1611-1620, etc. (Dagier, op. cit., t. I, p. 172-173, 216-263).
P’ormules de vœux simples prononcés par les Sœurs et Frères : « Mettant ma confiance en la bonté et en la miséricorde de mon Dieu, j’embrasse la croix de Jésus-Christ, me consacrant à lui parla pauvreté, la chasteté et l’obéissance que je promets d’observer toute ma vie... » (Guigue, op. cit., p. 294 ; Pointe, op. cit.,
28. Dagier, op. cit., t. I, p. 425 ; t. II, p. 136. Conférer en ce qui concerne la charité ou aumône générale de Lyon, Rolle,/nu. cité, t. III, série II, p. 127 et 149. En 1793, les hospitalières sont tenues de porter une robe de couleur foncée, un tablier blanc, un bonnet rond orné d’un ruban et d’une cocarde tricolores (Pointe, op. cit.,p. 91).
« Lorsqu’on a besoin d’offîcières, soû-maîtresses ou gouvernantes, la Supérieure en fait le choix. Elle examine soig’neusement si elles ont les dispositions nécessaires pour bien remplir les. places ausquelles elles sont destinées, si elles sont d’un âge mûr, d’une réputation entière, d’un esprit docile et propre à entretenir la paix et Lunion ; si elles sont suffisamment instruites et capables d’instruire les personnes confiées à leurs soins. Si elles sçaventlire, écrire, compter, et si elles sont d’une complexion assez forte pour soutenir le travail de leurs emplois. Ensuite elle les propose à messieurs les Directeurs pour les admettre dans la maison... ^9 »
Au bout de six années de bons services, les officières peuvent recevoir du Bureau général un extrait du registre des délibérations « pour leur tenir lieu de titre et d’asseurance qu’elles seront nourries et entretenües pendant toute leur vie, saines et malades comme les officières en exercice 30.
« Les personnes employées dans les maisons de l’Hôpital général ne sont donc d’aucune congrégation » (Larochefoucauld, Visites^ op. cit.^ 1®^’ rapport, p. 18). C’est à tort qu’Howard, trompé par le costume, écrit : «une communauté de religieuses réside à la Salpêtrière » [Etat des pidsons, t. I, p. 379).
Une délibération du 21 août 1658 décide d’ailleurs « que dorénavant toutes lesdites officières tant supérieures que autres doivent être appelées du nom de sœurs^ et l’on est prié de les nommer ainsi et non plus dames et demoiselles^^ . »
29. Règlement pour la supérieure de la maison de Saint-Louis de la Salpêtrière. Règlement pour les sœurs officières de la maison de Saint-Louis de la Salpêtrière (manuscrits faisant partie des collections de l’auteur) ; ces règlements ont été approuvés parle Bureau de l’hôpital généralle 8 juillet 1692. Dans le second règlement il est dit que les personnes choisies doivent être : « filles ou jeunes veuves^ sans enfanset sans embarras d'affaires. »
30. « Et affin que cette asseuranee ne puisse être aux officières un sujet de relâchement, mais qu’elle leur soit au contraire un puissant motif de ferveur et d’un dévouement plus entier àu service des pauvres, elles seront averties qu’elles ne la doivent regarder que comme un secours certain en cas de vieillesse, de maladie et d’infirmité. Et s’il arrivoit que leur conduite devint scandaleuse, qu’elles refusassent d’obéir aux ordres du Bureau et de servir les pauvres dans les emplois ausquels la supérieure voudra les appliquer, qu’elles y manquassent de fidélité, que par une négligence affectée et inexcusable elles se rendissent inutiles à la maison, ou qu’elles y excitassent des cabales et des intrigues qui en pourroient troubler l’ordre et la tranquillité, elles seroient déclarées indignes de la grâce qui leur aura été accordée et renvoyées de la maison » {Règlement cité).
31 . A. Vaudruche, Essais et études sur quelques parties de l'administration des.
LE PERSONINEL HOSPITALIER
Cette dénonciation reste en usage jusque vers les années
Nous trouvons également des femmes dévouées, non liées par des vœux de religion, dans les hôpitaux du Mans, de Nantes, de Clermont-Ferrand, de Magnac-Laval, de Reims, de Rouen, etc. 33.
§ 3. — Les religieuses hospitalières 34.
A côté de ces associations nous rencontrons en France au XVII® siècle un nombre important de congrégationsde femmes, ayant une Supérieure générale, et vouées aux œuvres charitables . Les
hospices, in-8, 98 p. Paris, 1841, p.79. Cette brochure, remplie de vérités que l’administration n’aimait pas à entendre, attira mille désagréments à l’auteur qui mourut peu après, étant économe delà Charité. Sa veuve s’empressa alors de détruire les exemplaires restés en sa possession; ce travail très intéressant est devenu fort rare.
32. Revue d’Econom. chrét., Ann.de la charité, 18°^^ année, nouvelle série, t. III, 1862, p. 561-568. Cet usage donna lieu à un incident curieux, qu’il n’est pas inutile de reproduire ici. En 1869 nous étions, depuis quelques années seulement, attaché à l’administration de l’Assistance publique à Paris. Au cours de recherches dans les Archives de la Salpêtrière nous eûmes entre les mains un document, daté de 1848, et dans lequel le D" Trélat rendait compte d’un accident survenu à la voiture qui promenait, aux environs de Paris, quelques aliénées. Ce savant docteur ajoutait : sœur Louise qui, malgré son état de grossesse avancé, avait tenu à accompagner ces administrées, a montré beaucoup de dévouement en la circonstance, et on ne peut que Ven féliciter. » Vive stupéfaction de notre part ; mais le vieux Directeur de la maison, consulté aussitôt, nous apprenait que les filles et femmes mariées remplissant à la Salpêtrière les fonctions de surveillantes ou d’infirmières, prenaient à cette époque, et depuis deux siècles, le nom de sœurs dans le service. En l’espèce, sœur Louise, ainsi félicitée, était une honorable mère de famille. Il faut toujours se garder de tirer des conclusions d’un texte qui paraît en dehors des données ordinaires et dont on n’a pas l’explication.
33. Règlem. pour les sœurs de l’hôp. gén. et Hôtel-Dieu de la ville du Mans, in-l2, 1752. Léon Maître, Hôp. de Nantes, op. cit., p. 166 à 169. Règlement cité de Clermont-Ferrand, in-4, 1773, chap. xiv, art. P^. « L’hôpital de Magnac-la-Montagne (district du Dorât) étoit régi et administré par des Filles qui prenoient la qualité de Religieuses Hospitalières, et qui cependant ne faisoientque des vœux simples auxquels elles pouvoient renoncer à volonté (22 fructidor, an 2, Arch., Nat., 260). Statuts et règlem., de V hôpital général de Reims, 168Q, op. cit., p. 71. Abbé Loth, Histoire du cardinal de la Rochefoucauld et du diocèse de Rouen pendant la Révolution, p. 93, chap. ix. p. 323.
34. Nous désignons sous ce titre des personnes appartenant à des communautés et congrégations fort différentes, mais ayant le caractère commun de relever d’une supérieure générale et d’avoir une maison mère. Il ne faut donc pas prendre cette désignation à la lettre car les Filles de la charité, par exemple, ne sont pas des Religieuses dans l’acception stricte du mot.
Administrateurs s’empressent de les appeler à desservir les asiles dont ils ont la direction.
Des congrégations naissantes ne peuvent suffire aux demandes, nous ne pouvons trop le redire. Néanmoins la liste des établissements desservis ainsi s’allonge d’année en année. Une énumération sommaire de quelques-unes de ces maisons peut donner une idée de ces transformations successives.
Dès l’année 1640 Vincent-de-Paul donne des règles pour les Filles de la charité établies à Angers, à la suite de voyages pénibles qu’accomplit Legras
Le 1®’’ février de cette année 1640 Louis Boilesve, lieutenant général de la sénéchaussée, assisté en l’absence du maire par plusieurs échevins a, en effet « la joie, et l’honneur d’installer dans l’Hôtel-Dieu de cette ville d’Angers, huit servantes des pauvres ; c’est une des premières colonies envoyées au dehors par la maison-mère ^*5. »
Nous trouvons ces femmes d’élite établies à Hennebont (1648), Châteaudun (1654), Montpellier (1666), Ussel (1696), Sedan (1698), Blaye (1702), La Réole (1703), Mouzon (1704), Rethel (1713), Libourne (1725), Charleville (1750), Rochefort, Hôpital Saint-Martin de l’ile de Ré (1741), Béziers (1765), Tarbes (1772), Castres (1765-1776), etc. 37.
Les sœurs de Saint-Charles de Nancy sont appelées notamment : à Bar-le-Duc (1716), Remiremont (1725), Mézières (1735), Sainte-Menehould (1741), Château-Porcien (1748), Lifol le Grand (1749), Saint-Epvre (Lorraine) (1772), Gerbeviller (1784), Pont-à-Mousson (1786). Ces sœurs, comme on le voit, des-
35. Lettres de Saint-Vincent-de-Paul (Edit, en 2 volumes, Paris, 1882, t. n°42, p. 77 et suivantes.)
36. Gélestin Port, /nu. de Saint-Jean d'Angers^ op. cit., in-4, p. xx.
37. Dans cette nomenclature, ainsi que pour les autres congrégations, la date indiqirée n’est pas toujours la date de prise de possession de l’établissement hospitalier, mais bien celle du document, en notre possession, et indiquant d’une manière précise, la manière dont l’asile est desservi ; un traité par exemple. Hennebont, Rozenweig, op.cit., n° XI, p. 91-92 ; Châteaudun, L. Merlet, Inv. ciiè^ p. xxviii ; Montpellier, Arch.Nat, 226 ; Ussel, Arch. Nat., Pi’’, 193 ; Sedan, Arch. Nat., Arch. Nat., Pi^^ 193 ; Rethel, Lacaille, Docum. sur Vhôp. gén. de Rethel^ in-8, 1893, p. 91 ; Libourne, op. cit., p. 111, et Arch. Nat., P^'’ 193 ; Rochefort ; Ile de Ré, Arch. Nat.,P^''' 193 ; Béziers, Soucaille, op. cit., p. 50-51 ; Tarbes, Curie-Lassus, op. cit., p. 168 ; Castres, Arch.Nat., P'^193.
LE PERSONNEL HOSPITALIER
servent plus particulièrement les établissements situés en Lorraine
Les Soeurs et ofïîcières de la Congrégation de la Charité et Instruction chrétienne de Nevers se rencontrent à Liancourt, comté de Clermont-en-Beauvoisis (1743), Sainte-Foy (Guyenne) (1785), Aurillac (1775) [Arch. 193), etc.
Les Filles ou Dames de Saint-Thomas de Villeneuve desservent les maisons de Pontivy (1717), de Noyon (1731), du Havre (1745) [Arch. nat..^ 193. H. Martin, Hôp. gén. du Havre., op. cit., p. 79-80).
Citons encore ;
Les Filles de la Sagesse, dont la maison mère est à Saint- Laurent-sur-Sève en Poitou, elles exercent leur saint ministère au Dorât (1774) (Leroux, Inv. Haute-Vienne, série E, p. 9), à l’hospice de Guemené (Bretagne) (1783) [Arch. nat., Fi'"’, 193).
Les Religieuses Augustines de la Miséricorde de Jésus, congrégation venant de Dieppe et réformée en 1630, sont accueillies, avant 1789, dans de nombreux hôpitaux de l’ouest : Saint- Nicod, Vannes ; Sainte-Catherine, Quimper ; Saint-Nicolas, Vitré ; Notre-Dame de Grâces, Carhaix ; Sainte-Anne, Lannion; La Providence, Guingarnp ; Saint- Yves, Rennes, etc. (Comte de Bellevue, Hôp. Saint-Yves de Rennes, op. cit., chap. vi, p. 307-313). On les trouve à Bayeux en 1644 (Pluquet, o/>. cit.,
Les Sœurs de la communauté de Saint-Maurice de Chartres dirigent l’intérieur de l’hôpital général de cette cité [Rapp. Colombier, février 1755, Arch. nat., F^-^, 226)^^.
Cinq années après l’établissement des Frères de la Charité à Grenoble (1661), les Consuls demandent aux Religieuses hospi-
38. Bar-le-Duc, Baillot, op. cit., p. 33 ; Remiremont, Putton, op. cit., p. 24; Sainte-Ménéhould, Lahirée, op. cit., p. 50 ; Mézières, Arch. Nat., 193 et 261 ; Ghâteau-Porcien ; Lifol-le-Grand ; Saint-Epvre ; Gerbeviller, Pont-à-Mousson, Arch. Nat., 193.
39. A la gouvernante laïque on substitue dès 1720 deux sœurs sabottières ou sœurs de Saint-Maurice, dont l’Institut venait d’être récemment créée à Chartres, on leur donne pour leur nourriture et entretien d’abord 40 livres et quatre setiers de blé froment, plus tard 100 livres (Lucien Merlet, L'hôpital d'Illiers, in-8, Chartres, 1892, p. 10).
talières de la Palisse quatre de leurs sœurs pour remplir le même ministère envers les femmes malades (Prudhomme, Inventaire cité ^ p. XXIIl).
Dans cette région le service de l’hospice d’Annonay est confié (1686-1687) à des sœurs de Saint-Joseph de Vienne (Nicod, cit.^ p. 48).
Pierre de Broc, centième évêque d’Auxerre, confie l’hôpital de la cité aux Religieuses bénédictines. 11 confirme en 1646 l’introduction des Religieuses de l’ordre de Saint-Augustin dans la ville de la Charité, et dix ans plus tard, approuve qu’elles s’établissent à l’hospice de Gien^^.
Les sœurs dominicaines sont appelées dès le commencement du XVIII® siècle à l’hôpital général de Romorantin (Abbé Plat, op. cit.^ p. 20).
L’évêque de Cambrai fait appel aux sœurs noires de Mons pour réformer l’hôjDital Saint-Jacques (1514) (D^ Coulon, V ancien hôp. Saint- Jacques-au-bois de Cambrai^ in-8, 1899, chap. iii,
Il serait facile d’augmenter cette nomenclature. Ce qui précède suffît pour donner une idée de l’accueil fait aux hospitalières dans toutes les parties du pays.
§ 4. — Des traités passés entre les Administrateurs et les hospitalières.
L’entrée de ces religieuses dans les Hôtels-Dieu, hôpitaux généraux, maisons de charité donne lieu à des traités qui con-
40. Abbé Lebeuf, Hist. d'Auxerre, t. I®'', p. 694, Les sœurs de Saint-Augustin dont il est parlé ne forment peut-être qu’une association ?
41. Lettres Patentes de Louis XII, I4avril 1504 {Ordonn., t. XXI, p. 307) qui donnent aux sœurs grises du Tiers ordre de Saint-François, l’administration de l’Hôtel-Dieu de Melun, ordonnent qu’elles seront mises en possession et saisine dudit Hôtel-Dieu et de tous ses fruits et revenus pourvu cependant que le service divin ne soit point diminué et que les fondations soient dûment observées.
1683, nomination de sœur Glaire de Saint-Hubert, religieuse du Tiers ordre de Saint-Dominique à Houdain « pour administrer et régir ledit hospital ; elle pourra prendre avec elle tel nombre de religieuses qu’elle trouvera convenir pour secourir les pauvres soldats 'et autres passans et aussi garder les pauvres malades du dit Haubourdin, conformément à la fondation » (J. Finot, Ville d’Haubourdin, Jnv. somm., série F, n° 1, in-4, Lille, 1906).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
tiennent tous les détails nécessaires, de manière à éviter les difficultés ultérieures. Nous avons sous les yeux une vingtaine de ces traités passés avec des Communautés différentes de 1648 à 1786; ils permettent de connaître exactement les règles adoptées. Ces conventions synallagmatiques ont un air de famille et ne diffèrent que sur des dispositions secondaires. Celles qui s’appliquent aux Filles de la charité se font remarquer par leur netteté ; on retrouve là l’esprit lucide, les sentiments élevés et charitables Monsieur Notons en passant, qu’alors que
de grandes communautés desservent plus spécialement les hôpitaux d’une région déterminée, les servantes des pauvres se rencontrent partout.
A la suite de nombreux pourparlers entre les Administrateurs et les Représentants autorisés des Congrégations, l’accord s’établit et se trouve en général consigné dans un acte authentique, passé par devant notaire
Dans cet acte figurent d’une part les directeurs, recteurs ou leurs délégués, de l’autre les Supérieures générales assistées de leur conseil et autorisées à cet effet par les Supérieurs ecclésiastiques
42. Sauf indication contraire ces traités existent aux Archives Nationales- FIS, n° 193, c’estlà quenous en avons pris des copies.
« Par devant les Commissaires du Roi, notaires, garde-notes et du scel au Châtelet de Paris. »
« Par devant Cosme Maupin, notaire Royal, tabellion, garde-notes héréditaire,, au Bailliage de Clermont-en-Beauvoisis résidant à Liancourt... »
« Par devant le tabellion général, garde-notes au duché de Lorraine à Nancy » etc., etc.
43. «... Et honnêtes et charitables filles, sœur Jullienne Laboüe supérieure de la communauté des filles de la charité, sévantes des pauvres malades, établie faubourg Saint-Lazare à Paris, Louise Texier, assistante, Marie Chevalier, économe, et Claude Jalabert, dépensière, toutes de présent en charge faisant, suivant l'usage ordinaire de la dite communauté au nom d'icelle d’autre part. Les dites sœurs assistées et autorisées de Messire Nicolas Pierron, supérieur général de la Congrégation delà mission et de ladite communauté, demeurant en la maison de la dite mission^ sus dit faubourg, à ce présent de son avis et consentement... » {Hôtel-Dieu de la Miséricorde de Sedan, 11 juin 1698).
(c ... Et les sœurs de la maison de charité et hôpital Saint-Charles de Nancy comparantes par la mère Marie- Anne Jacquemard, supérieure générale, la mère Clotilde Viard, assis^nte et sœur Dorothée Dassul, procureuse, d’autre part... Ensuite de la permission de Monseigneur l’Illustrissime et Réverendissime François de Fontanges, évêque de Nancy, Primat de Lorraine et del’agrément et consentement de Messire Jacques-Marc-Antoine de Mahuet de Lupecourt, grand
Les communautés prennent, dans ces traités, Feng-agement de faire desservir rétablissement désigné par un certain nombre de religieuses et de remplacer celles qui tomberaient malades, décéderaient ou seraient déplacées .
Des conventions nouvelles peuvent d’ailleurs intervenir pour augmenter le nombre des hospitalières
Ces femmes sont accueillies, non comme des mercenaires mais à titre de filles de la maison^ c’est la formule usuelle lorsqu’il s’agit de sœurs grises
Toutes ces hospitalières sont sous l’autorité des Administrateurs en ce qui concerne le temporel, le service des pauvres et des malades. Elles doivent se conformer aux règles et statuts de la Maison, faits ou à faire, en tout ce qui n’est pas contraire aux Constitutions de leur communauté.
Les sœurs rendent compte de leur service aux dits sieurs Recteurs ^6, administrateurs qui, à leur tour ont la mission de a les maintenir et appuyer, dautant que si elles n’étoient autorisées d’eux tant envers les officiers et serviteurs de la Maison, qu’envers les indigens, elles ne pourroient faire le bien que Dieu veut qu’elles fassent à leur égard »
Assez habituellement il est spécifié que les religieuses n’ont
doyen de l’insigne église cathédrale primatiale, et vicaire général du diocèse de Nancy, supérieur des dites sœurs... » {Hospice de la charité de Gerbeviller^ 16 avril 1784.)
44. (( En cas d’infirmité ou de mort de quelques-unes des dites sœurs je m’oblige à en fournir d’autres pour les remplacer dans leurs emplois . .. >> {Filles de la Sa- (fesse^ hôpital de Gueméné ; traité du 19 septembre 1783).
« ... Un plus grand nombre si les administrateurs le jugent nécessaire — » {Dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve. Hospice de Noyon^ traité du 5 mars 1731).
45. Filles de la charité, Sedan, 11 juin 1698. La Réole, 2 mars 1703. Libourne, 12janvier 1725. « Trois sœurs pour le gouvernement du dit hôpital lesquelles y seront regardées non comme mercenaires, mais comme gouvernantes de la maison » {Filles de la Sagesse, hôpital de Gueméné, 19 septembre 1783).
46. Sœurs de Saint-Charles : Mézières, Château-Porcien, Saint-Epvre, 10 août 1735, 5 sept. 1748, 20 mai 1772. Dames de Saint-Thomas de Villeneuve : Noyon, 5 mars 1731. Filles de la charité: Sedan, 11 juin 1698. Mouzon, 24 août 1704. Charleville, 23 avril 1750.
47. Filles de la charité, Libourne. Mouzon, Charleville, 12 janv. 1725, 24 août 1704, 23 avril 1750. « Elles ne rendront compte de leur administration et de leurs services qu’à leur supérieure et au Bureau qui les soutiendra contre tous ceux et celles qui entreprendront de les troubler, ne pouvant sans cela faire aucun fruit » {Filles de la congrégation de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Noyon, 5 mars 1731).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
pas à s’occuper de certaines maladies, à assister aux accouchements; qu’elles ne seront jamais appelées à soigner des personnes riches ou n’habitant pas l’établissement, à moins qu’il ne s’agisse de visiter des pauvres
Toutes ont un logement séparé des malades et du personnel, pouvant former un dortoir suffisamment commode et aéré avec réfectoire
On trouve par exception à l’hôpital de Noyon des chambres particulières affectées aux Dames de Saint-Thomas de Villeneuve (5 mars 1731). Ce logement est naturellement pourvu des meubles et fournitures nécessaires
Habituellement les sœurs sont nourries et reçoivent une indemnité pour leurs vêtements. Cette indemnité varie selon les localités : 30 1., 65 1., 75 1., et même 100 1. La moyenne est de 60 1. Les Filles de charité spécifient bien que les Administrateurs (( ne peuvent faire changer la couleur ny la forme de leurs habits» (Libourne, La Réole, Gharle ville, Sedan, traités ciïe's)
48. « Elles ne seront pas obligées de sortir la nuit pour veiller les malades au dehors de l’hôpital à moins qu’ils ne soient de la famille des Seigneurs, ou que ce ne soit des dames de leurs amis malades en leur château de Liancourt » {Filles de la charité et Instruction chrétienne de iVerers, Liancourt, 22 nov. 1743.)
« Les sœurs ne seront pas tenues de soulager les personnes attaquées de maladies honteuses, ny les maladies incurables qui peuvent se communiquer et elles ne découcheront jamais de la dite maison de charité». Sœurs de Saint-Charles de Nancy, Gerbeviller, 16 avril 1784 ; Pont-à-Mousson, 29 avril 1786. Filles de la c/iartfé, Libourne, 12 janv. 1725; Saint-Martin-de-Ré, 12 avril 1741; Rochefort, 2 août 1741 ; Castres, 8 novembre 1776.
49. Sœurs de Saint-Charles, Mézières (10 août 1735) ; Château Porcien (5 septembre 1748) ; Saint-Epvre (20 mai 1772); Gerbeviller (16 avril 1784) ; Pont-à- Mousson (29 avril 1786). Filles de la charité, La Réole (2 mars 1703) ; Mouzon (24 août 1701) ; Libourne (12 janv. 1725). Filles de la Sayesse, Gueméné (19 septembre 1783).
50. « L’hôpital entretient les sœurs de tabliers de toile blanche, de fil, d’aiguilles, épingles, lacets et padoize, qui seront employés pour l’usage dudit hôpital» {Filles de la Sagesse^ Gueméné (19 sept. J 783). «Lequel linge sera marqué à la marque de l’hôpital et blanchis aussi aux frais de la maison » {Dames de Saint- Thomas-de-Villeneuve, Noyon, 5marsl731).
51. « Nous administrateurs, nous nous engageons envers lesdites sœurs â les nourrir, loger, meubler, chauffer, éclairer, blanchir etâ leur fournir généralement tout ce qui leur est nécessaire pour leur ménage »{Filles de la sagesse, Guemé né, 19 sept. 1783. Sœurs de Nevers, Liancourt, 22 nov. 1743). Les administrateurs donnent tous les ans â chaque fille 50 livres pour son entretien, et â celles qui ne sont que converses 30 livres, sans l’obligation d’en rendre compte â la supérieure {Filles de Saint-Thomas-de-Villeneuve, Noyon, b mars 1731. Sœurs de Saint-Charles, Gerbeviller, Pont-â-Mousson, Saint-Epvre, Mézières, Château-Porcien (traités cités). Filles delà charité, Ussel, 7 mai 1696).
Il existe aussi des maisons où les sœurs reçoivent une allocation déterminée, comprenant la nourriture et le vêtement. « Vu la cherté des vivres, la pension de chacune des sœurs du présent hôpital est fixée annuellement à la somme de 240 1. [Filles de la Charité de Nevers, Sainte-Foy, 20 février 1785). A Castres, les Filles de la charité n’ont que 250 1., nourriture, habits, chaussures (traité du 8 novembre 1776).
Au point de vue des serviteurs et servantes, destinés à faciliter la tâche des sœurs, il existe des différences tranchées selon les Gongrég-ations.
Des hôpitaux fournissent aux Filles de la Sagesse, aux dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve, aux religieuses de Saint-Charles le nombre d’auxiliaires nécessaires ; la Supérieure peut en augmenter le chiffre d’accord avec les Administrateurs
Les Filles de charité n’admettent, en général, aucune personne étrangère à leur communauté.
« 11 est convenu qu’on ne leur associera aucunes femmes ou filles pour le service desdits pauvres malades, afin que par l’union et rapport qui est entre elles ils en soit mieux servis » (Sedan, H juin 1698 ; Mouzon, 24 août 1704)
Si les sœurs tombent malades, les soins voulus leur sont assurés ; filles de la maison et non mercenaires^ il faut le répéter, elles ne peuvent être renvoyées en cas d’infirmités les rendant incapables de travailler. Les médicaments utiles et les vivres ne leur manquent point
Toute Religieuse qui meurt doit avoir un enterrement, sans
52. Gueméné, Noyon, etc. « Ces choix sont faits de bonne foi. » Pont-à-Mousson.
53. Il existe cependant certaines réserves, ainsi à Gharleville « les dittes filles pourront se faire aidée par quelques personnes sûres et bien connues, dans les travaux extraordinaires aux dépens du dit hôpital et du consentement de MM. les administrateurs. » Traité cité du 23 avril 1750.
54. Filles de la charité. Sedan, 11 juin 1698 ; La Réole, 2 mars 1703 ; Ile de Ré, 12 avril 1741 ; Rochefort, 2 août 1741 ; Castres, 8 nov. 1776 ; Libourne, 12 janv. 1725. {Filles de la Sagesse., Gueméné, 19 sept. IISS. Filles de la charité de Nevers, Sainte Foy, 20 février, 1785. Sœurs de Saint-Charles de Nancy., Ghâteau-Porcien, 5 septembre 1748 ; Pont-à-Mousson, 29 avril 1786. Une exception est à noter pour Noyon. « Si les maladies deviennent incurables et habituelles, la communauté sera tenue de retirer ces sœurs et d’en envoyer d’autres à la place en payant par l’hôpital les frais de voyage » {Dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve, 5 mars 1731).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
aucune pompe il est vrai, digne cependant des services rendus à l’établissement. Les traités passés avec les Filles de la charité entrent à ce sujet dans les détails les plus circonstanciés
(( Le décès de quelqu’une desdites filles établies au dit hôpital arrivant, on aura égard qu’elles sont dédiées au service de Dieu et des Pauvres ; il sera permis aux autres sœurs d’ensevelir décemment le corps, en la manière ordinaire, le laissant dans leur petite infirmerie jusqu’à ce qu’il soit levé pour être porté à l’Eglise, suivi immédiatement desdites sœurs, ayant chacune une bougie à la main. Et après une messe haute et deux basses, le corps de la dite defunte sera mis en terre dans la chapelle ou cimetière du dit hôpital, faisant mettre dessus la fosse une petite pierre pour désigner le lieu où elle aura été enterrée ...»
Les frais du premier voyage sont toujours à la charge de l’hospice qui réclame le concours des sœurs. Plus tard, une distinction est nécessaire. Les Religieuses sont-elles rétirées en dehors de l’action des Administrateurs, tous les frais restent à la charge de la Communauté. Les Administrateurs demandentils au contraire le déplacement, la dépense incombe à l’asile. Les traités sont tous rédigés dans ce sens^'\
55. Blaye, 27 octobre 1702 ; La Réole, 2 mars 1703 ; Mouzon, 24 août 1704; Libourne, 12 janv. 1725 ; Ile de Ré, 12 avril 1741 ; Rochefort, 2 août 1741 ; Gharleville, 23 avril 1750 : Castres (Hôp. général), 8 nov. 1776.
Pour les filles de charité une somme d’argent est versée au préalable à Paris. Ussel, 7 mai 1696. « Avant le départ des 4 filles de la charité qui se rendront é l’Hôtel-Dieu de Castres, il sera fourni à la Supérieure des dites Filles à Paris, l’argent nécessaire pour leur accommodement personnel d’habits et linges, les frais de leur voyage et ports de leurs ballots, les livres à leur usage, et chacune un étuy garni de lancettes, un autre étuy garni des instruments de chirurgie....^» {Traité cité, 12 août 1765. Traité pour l'introduction de trois sœurs de charité à Vhôp. de la Clôture de Tarbes, 15 octobre 1772 :
... Art. 14. Avant le départ desdictes trois filles de la charité pour commencer rétablissement de Tarbes, il sera fourni à leur Supérieure de Paris l’argent nécessaire pour l’accommodement personnel des trois dites filles, à raison de 220 livres chacune pour leurs habits, linges et chaussures, ce qui fait pour les trois
une fois payé 660 livres
Pour l’achat de livres de piété à leur usage et de Pharmacie pour le service des
pauvres 120 livres
Pour trois petits étuits garnis chacun de six lancettes et ligatures et un autre
étui garni d’instruments de chirurgie^, 72 livres
Pour les fraix de leur voyage et ports des ballots, à raison de 250 livres chacune 750 livres
L’hospice de Tarbes verse ainsi 1602 livres (Archives des Hautes-Pyrénées, série H, n“ 359).
Une distinction est établie au sujet des Filles de la charité ; lorsque le sujet dont il s’agit compte six années de service, la Maison est tenue du remboursement des frais de voyage, alors même qu’elle n’est pas l’auteur du déplacement ^6.
Autant les sœurs doivent respect et obéissance aux Recteurs en ce qui concerne le temporel et le soin des malades autant leur indépendance est sauvegardée au point de vue spirituel.
(( Les dittes filles de la charité auront l’entière liberté de vivre sous l’obéissance du dit sieur Supérieur général, de leur supérieure, des officières de leur communauté et de la sœur qui aura soin des autres, non comme religieuses mais comme filles d’une communauté réglée. Et d’y observer tous leurs règlemens et exercices spirituels de leur Institut sans néanmoins préjudicier au soin et service des pauvres dudit Hôtel-Dieu qu elles préféreront à toutes autres choses^^. »
Les traités insistent : « Quand au spirituel, les filles de la Charité demeurent sous la direction et dépendance dudit sieur Supérieur général de la Congrégation de la mission et de ses
56. « Si les changements se font pour le bien et à la réquisition de la Compagnie des dittes filles de charité, les voyages se feront à leurs dépens, nettoit que la dite fille aurait demeuré six ans dans ledit Hôtel de la Miséricorde, auquel cas messieurs les administrateurs payeront aussi leurs voyages» (Sedan, 11 juin 1698, etc.). A Gueméné, — Filles de la Sagesse — afin d’éviter toute discussion, l’asile verse 100 livres pour le remplacement d^’une sœur décédée ou devenue infirme. [Traité cife, 19 septembre 1783).
57. «Elles obéiront, écrit Saint Vincent-de-Paul, à MM. les administrateurs pour l'extérieur qui regarde leurs règlements de l’hôpital, pour l’assistance des pauvres, et à la supérieure d’entre elles pour l’exécution desdits règlements... Elles s’étudieront à être fort humbles vers un chacun, et fort respectueuses et obéissantes envers MM. les administrateurs.. . )){Règlem. écrit par Saint Vincentde-Paul pour les filles delà charité à V Hôtel-Dieu d'Angers, mai 1640. Edit, en deux volumes, n° 42, p. 79 à 84). « Une de ces filles sera supérieure avecpouvoir de nommer et choisir dans les autres celle qu’elle voudra pour être portière, dépensière, cuisinière, boulangère, couturière, sacristine, maîtresse d’école, et pour être chargée de la lingerie et roberie »{Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, Noyon, Traité cité, 5 mars 1731).
58. Libourne, Gharleville, Mouzon, Blaye, Sedan. « Les sœurs auront la liberté de régler leur conduite intérieure et personnelle sur la constitution de leur congrégation sans être sur ce point responsables qu’à leur supérieure » [Filles de la charité de Nevers, Liancourt, 22 nov. 1743L « Les dites filles auront la libertéd’observœr tous les règlements et exercices spirituels de leur Institut, sans toutefois préjudicier au soin et service des pauvres » [Dames de Saint-Thomas de Villeneuve, Noyon, 5 mars 1731. Voir aussi Filles de la Sagesse, Gueméné, traité cité).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
successeurs, lequel pourra par soy-même et par tel autre qu’il députera, les visiter et mesme les confesser de fois à autres, avec l’aprobation de l’ordinaire, leur désigner un confesseur approuvé dans le diocèze et leur donner les avis qu’il jugera convenable pour l’observance des règles et acquit de leurs obligations envers Dieu et le prochain »
Certains traités prévoient le cas où des sœurs étrangères à l’établissement viennent, lors de leurs voyages, séjourner quelque temps au milieu de leurs compagnes ; il convient de les accueillir charitablement [Filles de la Sagesse, Gueméné ; Filles de la idharité de Nevers, Liancourt-Aurillac, traité du 3.1 mars 1775)
Nous connaissons maintenant les grandes lignes des conventions passées entre les Communautés hospitalières et les asiles charitables. Ces sœurs viennent compléter l’ensemble des personnes se consacrant au soin des pauvres et des malheureux. L’extension du chiffre des maisons qu’elles desservent, on ne peut trop le redire, n’a d’autre limite que le nombre de sujets disponibles.
Reste à examiner quel est l’esprit qui anime ces Associations libres, ces Congrégations et la valeur des plaintes formulées contre elles par des esprits prévenus, toujours disposés à voir dans les œuvres humaines les défauts inhérents à leur nature sans jamais songer à noter le bien qu’elles accomplissent.
59. Sedan, Ile de Ré, Rochefort, Rlaye, Libourne. « Les sœurs seront toujours soumises à l’authorité et juridiction de Monseigneur l’Évêque de Toul- (puis de Nancy), chef de leur congrégation, et des supérieurs nommés par mondit seigneur l’évêque. Elles reconnaîtront toujours pour leur supérieure légitime la supérieure ■de la maison de Saint-Charles de Nancy sans qu’elles puissent se soustraire à l’obéissance qu’elles lui ont vouée » (Gerbeviller, d’Epvre, Mézières, Ghâteau- Porcien, traités cités).
(( Pour maintenir les dites filles dans l’esprit de leur état et surtout pour leur faire remplir avec zèle leurs obligations envers les malades, leur supérieur aura la liberté de les visiter et d’appeler celles qu’il jugera à propos et d’en envoyer d’autres... » {Filles de la Sagesse^ Gueméné, 19 sept. 1783).
60. Ce dernier traité ajoute : « La supérieure générale pourra lorsqu’elle le jugera à propos, envoyer dans cette maison, une ou plusieurs novices ou jeunes sœurs pour s’y exercer au service dés pauvres, et faire leurs épreuves à condition, néanmoins, qu’elles payeront leur pension sur le même pied que dans les autres hôpitaux. »