DEUXIÈME PARTIE
De Vidée que les hospitalières se font de leurs devoirs eide la manière dont elles les accomplissent
Les Règles, que les hospitalières doivent lire fréquemment et méditer, tracent nettement les devoirs qu’elles ont à pratiquer envers Dieu, envers leurs compagnes et envers les pauvres.
Toutes ces règles tendent à donner aux Religieuses une haute idée de leur sainte mission et de l’obligation corrélative de s’en rendre dignes. C’est un continuel «nrsum corda.
Les hospitalières sont tenues : d’aimer Dieu souverainement et d’agir en vue d’accomplir sa volonté ; d’assister à la messe tous les jours, communiant les dimanches et jours de fête ; d’être assidues aux prières et méditations, se recommandant aux saints.
1. Consulter notamment : Statuts de l'hôpital Saint-Jean de Cambrai, 1531 (Mém. soc. Emul. de Cambrai, t. XXXI, 2® partie, 1872, p. 81-113). Règlem. écrit par Saint Vincent de Paul pour les Filles de la charité à VHôtel-Dieu d'Angers, mai 16A0 {ouvrage cité, p. 77-84). Fond, et Règlem.... hospitaux de Dijon, op. cit., 1649. Règle de Saint Augustin ; Const., pour les Relig . de l'hôp. de Tours, in-12, Paris, 1677. Considérations sur les devoirs des personnes qui sont engagées parleur état à servir les malades dans les hôpitaux, in-8, Paris, 1695. La Règle de Saint AugvCst in, évêque d'Hippone, à l'usage des sœurs de V Hôtel-Dieu, in-S, Paris, 1695. Règlem. des hôpitaux du diocèse de Resançon, op. cit., in-12, Besançon, 1697. Const. et Règlem., pour les Relig . de l'Hôtel-Dieu de Reauvais... Revus et corrigés de l'autorité de Mgr de Janson Forbin... 1693, 125 p. (Réimpression de 1758). Ensemble, Instruction pour les novices, 1716, 45 p. Petit Directoire, 17 p. Méthode de confession pour une novice, 29 p. (Dans notre exemplaire ces documents se trouvent réunis.)
Monsieur Vincent veut que ses Filles aient une dévotion particulière pour saint Joseph, saint Louis, sainte Geneviève et sainte Marguerite, reine d'Ecosse. D’observer avec joie et fidélité les règlements respectifs de leurs communautés.
Que les personnes vouées au soulagement des malheureux sachent pratiquer l’humilité, accepter sans murmures les emplois les plus vils.
Le vœu de pauvreté les oblige : « à se détacher de toutes choses ; à conserver soigneusement les objets dont l’usage leur est permis, ou qui leur sont donnés en garde, de manière à éviter les dépenses inutiles à la Maison. »
Queles sœurs se contentent «du vivre, du vêtir et du coucher », sans désirer le superflu .
Et la chasteté, comme elles ont le devoir, de la pratiquer avec vigilance, estimant « que cette vertu doit avoir plus d’empire dans les Religieuses hospitalières que dans toutes les autres filles consacrées à Dieu, parce qu’elles ont plus d’occasion de faillir, si elles ne se tiennent sur leurs gardes. »
« C’est un don du ciel, ajoutent les Constitutions de Besançon (p. 90-91). Elles doivent le demander avec empressement et veiller sur elles incessament, pour que leur pureté ne soit flétrie parles nudités qu’elles sont sujettes à voir, et par les mauvaises paroles qui souvent partent de la bouche de pauvres indiscrets et mal élevés 2. »
D’un autre côté les personnes vouées au service des hôpitaux vivent en commun ; elles ne peuvent accomplir un bien véritable qu’à condition de rester fort unies, de peur de donner aux malheureux le spectacle scandaleux de dissensions intestines^. « Que
2. « Quoy que à la gloire de Dieu l’on puisse dire, que depuis l’establissement de cet hospital aucune de ces bonnes soeurs n'a esté reprise d’avoir commis chose qui soit contre l’honneur de son sexe; néantmoins les deux qui ont à leur partage la sale des hommes peuvent estre adverties, qu’en leur rendant tous les services que l’honnesteté peut permettre à leur sexe, et que la nécessité des malades, et mesme la charité peuvent requérir, elles doivent singulièrement prendre garde de iamais ne s'esloigner tant soit peu de la modestie Religieuse ; et de traitter avec eux dans une douceur si réservée que, sans leur oster la confiance de demander leurs besoins, elles les tiennent tousiours dans le respect deu à des personnes consacrées à Dieu corps et âme » (Dijon, op. cit., chap. V, § 2, p. 41, ILs’agit de Religieuses de l’ordre du Saint-Esprit).
3, « Que si l’on est si fort obligé d’édifier les pauvres, combien est-on coupable
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les Religieuses, disent les statuts de Dijon (chap. V, p. 40), aient en singulière recommandation de vivre en bonne paix, union, concorde, amitié entre elles parce que où cela est, Dieu asseurement J est ^ ». Ne sont-elles pas vraiment sœurs servant les mêmes pauvres.
C’est surtout lorsqu’il s’agit des malades que les Constitutions multiplient les avertissements.
« En divers endroits des règles il est parlé des pauvres comme des seigneurs et maistres des Religieux et des Religieuses. Et c’est ainsi mesme qu’ils les qualifient dans la formule de leurs vœux. Que s’ensuyt-il de là ? Sinon qu’ils les doivent servir avec une charité respectueuse, regardant Jésus-Christ en leurs personnes... » [Dijon, op.cit., chap. v, p. 37).
Que les sœurs, en efiPet, honorentceux auxquels elles consacrent leur vie, se montrent vis-à-vis d’eux pleines d’affabilité, de condescendance, de bonne humeur
Elles ne doivent respirer que charité sans se laisser rebuter parles infirmités, les plaies de ceux dont elles prennent soin. « Après la messe, dit le Petit Directoire de Beauvais [p. 5), allez aux lits des Pauvres malades, comme sainte Marthe, pour servir Jésus-Christ dans ses pauvres membres qui sont ses plus chers amis, et les images de son humilité et de sa patience : élevez-vous au-dessus des craintes et des délicatesses de la nature et de votre sexe, pour satisfaire aux œuvres de charité, au péril même de
quand on les scandalise, et quand on fait des choses devant eux qui détruisent l’effet des véritez qu’on leur annonce. C’est leur donner d’une main le remède, et de l’autre le poison... Le mauvais exemple que donnent les personnes, qui par leur eondition, devroient être des modèles accomplis de toutes les vertus, est encore plus pernicieux que celuy que donnent les autres... {Considérations sur les devoirs des personnes engagées à servir les malades, op. cit., p. 113).
4. « Vivez toutes dans la paix et dans l’union d’un même esprit, et par des déférences mutuelles des unes envers les autres, honorez en vous le Seigneur dont vous estes devenues les Temples » [Tours, op. cit., VII, p. 5).
5. « Elles s’étudieront principalement à la charité les unes envers les autres, se souvenant qu’elles sont sœurs et sachant que toutes œuvres, telles que jeûnes, abstinences, services des malades et toutes autres sortes de mortifications ne leur seront d’aucune utilité spirituelle sans la charité... » [Règlem. de Séclin, 1624. Finot et Vermaere, Inv. cité, 1892, p. xvi).
6. Le lendemain de leur arrivée les sœurs d’Auxonne (reliées à celles deBeaune), récitèrent dans les salles les prières du matin et du soir et saluèrent l’une après l’autre les administrées en ces termes : Bonjour nos malades ; bonsoir nos malades (Abbé Bizouard, Aiixonne, op. cit., p. 50).
votre santé et de votre vie ^ ; si vous respirez quelque mauvaise odeur des Pauvres, souvenez-vous que votre corps n’est que corruption et pourriture.. . »
Il faut aussi aider les pauvres patients à supporter leurs souffrances et à ne point oublier le salut de leur âme
Quelle page touchante que ce memento de la confession d’une jeune novice hospitalière op. clt.^ p. 24) ; nous repro-
duisons la partie concernant les devoirs envers les administrés.
« Je me suis acquittée lâchement du service des Pauvres malades : je neles ai pointhonorés, ni affectionnés charitablement : j’ai eu de l’aversion pour eux, ou du dégoût de leurs plaies, de leurs ordures, de leur misère et de leur pauvreté : j’ay manqué d’humilité, de douceur et de charité à leur égard ; j’ai manqué de compassion les voyant se plaindre, et je n’ai pas eu pour eux la sainte tendresse d’une hospitalière : je ne les ai pas soulagés, ni consolés, ni assistés autant que je dois, le jour et la nuit que j’ai veillé dans la salle : j’ai eu de la peine à supporter leurs plaintes et leurs importunités.
« Je les ai mal édifiés par les défauts de ma conduite, et par mes imperfections. »
Tels sont les enseignements donnés universellement aux personnes appelées à servir dans les hôpitaux ; ils tendent tous, comme on le voit, à rendre ces femmes dévouées dignes de leur tâche sublime.
Gela veut-il dire que dans ces Communautés, si nombreuses, il ne se glisse point d’imperfections, de scandales même ? Toute œuvre humaine entraîne avec elle des défauts, des faiblesses. Qui peut soutenir le contraire?
Mais où les écrivains manquent aux principes les plus élémen-
7. « A six heures elles se rendront à la salle des malades, videront les pots et les bassins ; feront les lits des malades, leur donneront les médecines ; prendront un peu de pain et un doigt de vin avant que d’y aller, au commencement de leur entrée dans le dit hôpital, et les jours de communion elles prendront l’odeur d’un peu de vinaigre, ou s’en frotteront les mains.... {Règlement écrit par Saint Vincent de Paul, p. 80 du volume cité).
8, « Les pauvres soyent servis songneusement et caritablement par les sœurs et doulcement admonestés qu’ils ayent patience de la verge de Dieu leur Créateur » {Cambrai, op. cit., chap. i", p. 84).
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iaires de l’impartialité, c’est quand ils passent sous silence le bien accompli et s’attachent à mettre uniquement en lumière, avec une joie mal dissimulée, le mal qu’ils découvrent chez ces femmes, ces hommes, qui pour l’amour de Dieu et de leurs semblables, se consacrent au soulagement des infirmités et des misères.
Que l’on prenne par exemple le livre de Camille Bloch (Livre P**, chap. Il, les Hôpitaux, §3, Le personnel religieux , p.68à 76). L’auteur constate que dans la très grande naajorité des établissements, le service intérieur appartient alors à des religieuses dont les ordres se multiplient depuis le xvii® siècle et il ajoute : « les témoignages contemporains montrent que le service du personnel religieux n’est pas à l’abri de la critique. Les plaintes commencent au XVII® siècle, même au xvi®. A mesure, conclut cet auteur, que l’ancien régime approche de sa fin, on voit se multiplier les abus ; du moins sommes-nous mieux renseignés sur eux. Ils sont de deux sortes : les religieux et religieuses négligent leurs devoirs, ou, indisciplinés, résistent aux administrateurs, intriguent même contre eux » (p. 69-70).
A la suite de cette déclaration, l’Inspecteur général des Archives s’occupe, à titre d’exemples, de sept asiles et voici les faits qu’il relève.
Pont-sur-Seine, 1758. Les sœurs violent leur contrat d’établissement et délaissent les vrais pauvres réservant leurs soins aux riches bourgeois. « Les pauvres, dit le mémoire cité, meurent sur la paille, faute de soulagement, et par le défaut de lits èt par la négligence des sœurs qui sont toutes occupées du service des riches » (p. 70).
Amiens, 1758. La municipalité se plaint de ce que les sœurs de l’Hôtel-Dieu refusent de recevoir les malades de la ville et remplissent les salles des malades de la garnison, pour chacun desquels le Roi leur accorde une allocation de 13 sous par jour ; elles ne veulent pas rendre compte de l’emploi des ressources de la maison (p. 70).
Etampes, 1779. Les démêlés entre les religieuses et les administrateurs remontent à l’année 1654 ; on fait revivre les anciens règlements afin d’éviter les abus d’autorité du personnel congréganiste (p. 70-71).
Mézières, 1763. Plaintes contre les sœurs de l’Hôtel-Dieu à cause de leur esprit de prodigalité et leur arrogance (p . 70 et note n® 2).
Provins, 1780. Réclamations au sujet des Augustines, elles, mènent une conduite scandaleuse ; le Prieur dilapide les fonds de l’Asile et se fait construire des logements fastueux où l’on fait bombance. « Une femme de chambre donne des preuves de liber-^ tinage ; quel scandale, ajoute le document cité, pour une maison régulière, qu’une religieuse est forcée de quitter il y a peu d’années et où quelques-unes, se prenant de vin journellement,, troublent le repos des salles, insultent les passants dans la rue,, se maltraitent, se battent à coup de couteaux ! ^ »
Hôtel-Dieu d’Orléans, 1764. Une sœur est accusée de détournement de linge ; une information s’ouvre et révèle que les Religieuses volent la nourriture des malades, ne donnent aucune justification des recettes et dépenses ; excitent les administrateurs ecclésiastiques contre les administrateurs laïques. On les voit passer leur temps à la campagne, laissant les malades sans soins, s’adonner au plaisir, à la débauche. Le jour de la profession de la sœur Petau, un apprenti chirurgien les fait danser dans le grenier. Une autre fois la même sœur Petau est conduite à Paris, pour lui faire passer « le grand remède ». Continuation des. démêlés de 1766 à 1779.
Hôtel-Dieu de Paris, 1787-1788. Graves conflits entre les Religieuses, lesmembrés du Bureau, lesmédecins, au sujetde réformes dans le régime alimentaire, les règlements concernant l’hygiène, la salubrité, le service médical
9. Voici, dira le lecteur, une singulière communauté; la note 1 de la page 71 de- Camille Bloch fournit l’explication nécessaire : « Il se donne peu de fêtes dans^ la ville que le sieur Prieur n’y soit ; il s'est fait recevoir Franc-Maçon et fournit aux dépenses que cette société en^rame. » Inutile d’insister, la cause est entendue.
Camille Bloch, p. 71, à la suite de la même note, mentionne : 1° quelques critiques formulées par l’inspecteur Colombier pour la généralité d’Alençon ; 2° des démêlés des sœurs de l’hôpital Sainte-Catherine avec l’administrateur Rossignol,, chanoine de l’église du Saint-Sépulcre, et, 3“ enfin, une requête adressée au comité de mendicité par des administrés des Incurables (mémoire qui est sans aucune autorité). ^
10. Camille Bloch cite en note, p. 74, d’autres difficultés remontant aux années
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L’auteur termine par quelques extraits empruntés à un petit travail de l’Abbé de Recalde sur les abus dans les hôpitaux et c’est tout.
Est-on véritablement renseigné? Non.
De la longue période d’administration laïque à la suite des guerres de religion ; pas un mot.
De la lutte constante des administrateurs pour remplacer ce personnel insuffisant par les membres de Congrégations hospitalières naissantes ? pas une ligne.
Cent cinquante années de dévouement, d’abnégation, de labeur sont juges au moyen d’une dizaine d’exemples défavorables. Acceptons-les sans discussion ; ajoutons quelques traits, nous discuterons ensuite.
En 1 o58 : difficultés entre l’Echevinage et les Religieuses desservant l’hôpital Saint-Julien d’Amiens-; ,1a politique s’en mêle « joint que les dites religieuses souloient estre nagaires du couvent de Flesdin, lieu suspect et tenant plus la querelle de l’Empereur que du Roy » (Maugis, op. cit.^ p. 495).
Année 1630, différend des Frères Saint-Jean-de-Dieu desservant l’hôpital de la Rochelle avec la municipalité qui les considère comme trop indépendants (Delmas, op. cit.).
A Séclin, 1627, le maître et la Prieure se querellent ; les sœurs prennent parti pour l’un ou l’autre des rivaux d’influence (Finot, Inv, arch. Seclin, op. cit., p. 19).
1756, 1771, 1774. Nous pourrions étendre la liste. Albin Rousselet s’est chargé de ce soin en publiant des « Notes sur V ancien Hôtel-Dieu de Haris relatives à la lutte des administrateurs laïques contre le pouvoir spirituel. Préface du D’^ Bourneville, in-8, 1888. Nous écrivions il y a quelques années en parlant de ce volume : « Relever à travers les siècles tout ce qui peut s’être accompli de mal dans le sein d’une réunion nombreuse de personnes et cacher soigneusement le bien immense accompli, ce n’est pas écrire l'histoire, c’est rédiger un pamphlet sans valeur. » (^Hist. de la charité., t. III, note de la page 112). Voir aussi pour ces difficultés des années 1787-1788, Tuetey, op. cit., t. I, p. 100 à 105.
11 . L’abbé de Recalde,sacrifiant aux idées alors en cours parmi les encyclopédistes, écrit ce passage que Camille Bloch aurait pu s’approprier. « Les tables des officiers dans tous les hôpitaux sont très bien servies, ils y ont des logemens commodes et dans plusieurs les pauvres n’ont que du gros pain, peu ou point du tout de viandes, et de mauvais légumes ; aussi voit-on dans l’embonpoint des religieuses et des officiers des Hôpitaux, le produit de la substance de la veuve et de l’orphelin, et dans les figures décharnées, pâles et languissantes de ces malheureux, l’avidité des sang-sues qui les entourent » (in-12, 1776, p. 25). Ily a peut-être bien quelques laïques parmi ces sang-sues ?
De 1734 à 1738, luttes à Reims de sœurs Jansénistes, en g“énéral soutenues par les administrateurs laïques, contre l’autorité épiscopale (Arch. de la Marne, série G., n® 1947).
Des religieuses qui desservent l’hôpital de Bourg et appartiennent à des familles nobles, sont en dissentiments prolongés avec les Recteurs (1734) — (D^’ Evrard, op. cit,^ chap.V, p. 18-19).
A la fin du xviii® siècle, procès interminable entre l’évêque de Goutances, les Religieux, les Religieuses ; procès entre l’Hôpital général et l’Hôtel-Dieu; procès dans l’intérieur de la maison entre Frères. Il y a sans cesse un ou deux litiges en cours. (Le Gacheux, op. cit., chap. xii, p. 307).
Multiplions encore par la pensée ces exemples regrettables ; quelle conclusion en tirer ?
Faut-il généraliser ces faits avec Gamille Bloch ? Nullement.
En premier lieu ces luttes, ces scandales, se trouvent en opposition formelle avec les statuts, les règlements des Associations ou Gommunautés. On peut relever des charges individuelles contre quelques membres, l’Institution n’est pas en jeu, elle reste inattaquable.
Taine nous dit dans son Histoire de la Révolution, : « Quatorze mille hospitalières réparties en 420 maisons veillent dans les hôpitaux, soignent les malades, servent les infirmes, élèvent les enfants trouvés, recueillent les orphelins, les femmes en couches, les filles repenties »
Gomment la faute de quelques personnes peut-elle retomber sur l’ensemble de cette admirable armée du bien ? Il ne s’agit d’ailleurs souvent que de difficultés intérieures ; le tort est-il toujours du côté des Gongréganistes ?
Gomment surtout expliquer que durant tant d’années les Recteurs laïques des hôpitaux remuent ciel et terre, ne négligent
12. Rappelons à ce sujet Topinion d’un savant architecte, restaurateur de plusieurs hôp. de èome : « ... i poveri infermi non potevano essere meglio affidati se non che a questi religiosi, che indistintamente dal generale ail’ ultimo dei fratelli si aggirano continuaniente d’intorno al letto dell’ infelice con vero spirito di nristiana pietà cercando di confortarlo nello infortunio, e di apprestargli tutte le cure possibili per ridonarlo alla sanità, fra le dolcezze délia nostra religione... » F. Azzurri, La nuova sala Amici nelV osnedale dei Fate-Bene-Fraielli. . . in-8, 55 p. Rome, 1865, p. 37).
LE PERSONNEL HOSPITALIER
aucune démarche pour recruter des femmes arrogantes, indisciplinées, dépensières, négligeant leurs devoirs professionnels. Et cela, d’après Camille Bloch, au vu et au su de tout le monde ?
11 y a là un problème. Heureusement qu’on peut le résoudre en peu de mots. La situation générale ne ressemble en rien à celle que nous décrit l’auteur de V Assistance et de VÉtat. En dehors des défectuosités inhérentes, nous le répétons, aux choses humaines, de plaintes rédigées par des corps municipaux en compétition parfois avec les administrateurs des hôpitaux, et faisant retomber sur le personnel servant le poids de leurs rancunes, on trouve de continuels éloges adressés aux Membres de ces Communautés.
En voici quelques exemples pris, comme toujours, sur les points les plus divers du territoire.
Les Religieuses nouvellemenl appelées à desservir l’hôpital de Vannes sollicitent l’autorisation d’élever à leurs frais, des bâtiments supplémentaires. Louis Xlll les autorise (1636) : « Estant bien et duement informez de la piété et charité des dites religieuses hospitalières du bon exemple qu’elles donnent en l’observance de leur Institut. .. » (Le Mené, ciL,p. 28).
Quelque temps après l’installation des Filles de la charité à Angers, une grave épidémie se déclare, elles restent à leur poste et M^^® Legras écrit : « Ma chère sœur, ces morts subites sont des avertissements pour nous tenir prêtes quand il plaira à Dieu de nous appeler et pour nous servir de précaution avant que de voir les malades.
« Vous me donnez une grande consolation de ne les vouloir pas abandonner... » (Cosnier, Les sœurs hospitalières de Saint- Jean J Angers^ in- 12, 1882, p. 94).
M^^® de Melun se multiplie à Beaufort-en-Vallée (1620) et « commence par nettoyer la maison et en ôter les plus grosses ordures, afin de donner aux malades du soulagement et purifier l’air. Il n’est pas concevable combien cette occupation lui cause de peines et de fatigues. Elle travaille sans cesse comme la dernière des servantes, ne s’épargne ni jour ni nuit. Religieuse au chœur, servante à la cuisine, hospitalière au dedans de la maison » (Denais, op. cit.^ p. 47).
Les Frères Saint-Jean-de-Dieu sont appelés à Fhôpital de la Rochelle (1629-1630). Louis XIII tient à récompenser ces Religieux qui assurent le service de santé de l’armée pendant le siège de cette ville et celui de Montauban (Delmas, op. cit., p. 67-68).
Lors de la peste de Comines (1646-1647), le dévouement des sœurs est à la hauteur de la misère des temps ; six d’entre elles payent de leur vie les soins donnés aux pestiférés (L. Finot, Comines, Inv., op. cit., p. xvi).
Dans les mêmes régions les chanoines de l’Eglise collégiale de Saint-Pierre à Lille attestent (1651) que les maître. Prieure et Religieuses de l’hôpital Comtesse « sont autant bien vivantes modestes, vertueuses et surtout charitables vers les pauvres malades qu’on ne sauroit désirer davantage » et qu’elles n’ont jamais donné sujet de mécontentement et de scandale. « Ce que, continuent-ils, nous est très bien cognu, tant à raison du droit de supériorité qu7avons au dit hôpital que pour le voisinage de notre église. »
Les échevins déclarent à leur tour : « que leur ville et le pauvre peuple d’icelle a tousjours reçeu de l’hospital de Nostredame, qu’on dit Comtesse, du grand soulagement et assistance par le zèle dont les Relligieuses d’iceluy ont tousjours esté portées à l’assistance des malades qu’elles ont continuellement depuis les présentes guerres receuz en sy grand nombre que sans leur charité et bonne mesnagerie il semble que seroit esté impossible de les y traitter et accommoder comme ilz y ont esté et sont encore pour le présent, sans que soit venu à nostre cognoissance aucune plainte des dictes Relligieuses ou aucunes d’icelles, ains au contraire beaucoup de louange de leur bonne vie, modestie et charité »
La Congrégation que fonde en Bourgogne M. l’abbé Agut est attaquée par des esprits malveillants. Le Substitut du Procureur général du Parlement leur rend un complet hommage :
13. Même attestation émanant : des Lieutenant de bailli et hommes de fief, conseillers ordinaires du siège du bailliage de Lille ; d’Eustache de Groy, comte du Roeux, gouverneur et capitaine général de la Province de Lille... {Inventaire cité, p. 392-393.)
LE PERSONNEL HOSPITALIER
« Veiller, dit-il, à tous les besoins des infirmes reçus à la Providence de Mâcon, leur rendre des services les plus humbles, les plus répugnants, panser des plaies souvent hideuses, passer une grande partie de ses heures dans une atmosphère viciée, solliciter et recueillir les aumônes, et, plus d’une fois, pour prix des services les plus dévoués, les plus tendres, n’obtenir que des injures, » voici la vie de ces femmes dévouées (Chaumont, op. cit., p. 158).
Le service intérieur de l’Hôtel-Dieu de Narbonne est confié à huit sœurs de la Charité parmi lesquelles il y a une supérieure qui veille avec le plus grand soin à l’administration générale de la maison
Quand, à Gray, Frère Archimbaud, supérieur de l’hôpital du Saint-Esprit, meurt en 1771, toute la ville, par l’organe de ses magistrats, rend un respectueux hommage à sa mémoire, à ses vertus, au dévouement tout particulier qu’il a montré en faveur des enfants trouvés [Not. hist.sur Vhôp. du Saint-Esprit 32).
En 1781, l’archevêque de Bourges établit à Dun-le-Roi des sœurs de la Charité du Montoir, dont il connaît : « le zèle, la régularité, la bonné conduite et qui travaillent avec beaucoup de fruit dans son diocèse » \[Arch. nat., 281).
Un mémoire rédigé en 1790 constate que 32 religieuses hospitalières, nourries à l’hôpital de Rouen, u s’entretiennent à leurs dépends ». « On ne peut trop, continue le Mémoire, faire l’éloge du zèle avec lequel ces respectueuses femmes remplissent les devoirs de charité qu’elles se sont volontairement imposés. Comme elles ne font pas de vœux solennels, la charité seule les retient auprès des pauvres» (Arch. nat., F^^ 232).
Les membres composant le Conseil municipal de Saint- Maixent certifient que les Religieuses qui desservent l’hôpital de la ville ont « en tout temps beaucoup mérité de la patrie par leur civisme et leur zèle charitable », 27 juillet et 11 août 1792 (Arch. nat., Fi5 2332).
14. Gros. Mayrevieille, Vass. publ. à Narbonne au XVIII^ siècle, in-8, 1904, p. 19 (Ext. des Mém. de Ballainvilliers sur le Languedoc).
A propos de sœurs de la charité, de dames de Saint-Thomas de Villeneuve et autres congrégations, voir Tenon, op. cit., p. 105et323.
Les maire et officiers municipaux de la commune du Rocher de la Liberté (Saint-Lô) attestent que « trente huit ans se sont écoulés depuis que les filles, ci-devant dames de la Sagesse, ont été appellées par la ville entière au soulagement des pauvres de l’hospice national. Sensibles au sort des malheureux, elles n’ont jamais cessé de motiver l’estime et l’attachement des administrateurs et des administrés » (Floréal an 2, Arch. nat., 266).
En l’an 2, à Limoges, les directeurs de l’Hospice déclarent que la sortie des religieuses de Saint-Alexis est contraire à l’intérêt des malheureux
Ces éloges suffisent pour ramener à leur juste valeur les critiques des auteurs prévenus qui reprochent également au personnel hospitalier d’être, le plus souvent, beaucoup trop nombreux eu égard au chiffre des assistés.
Il faut remarquer, en premier lieu, que fréquemment les sœurs sont vouées au soin des malades et à l’instruction des enfants du peuple. Camille Bloch le reconnaît lui-même. Cette double vocation ne s’exerce pas seulement, comme il semble le croire dans de tout petits asiles, on en rencontre des exemples alors que les établissements ont une certaine importance.
L’art. 18 du traité passé avec les Dames de Saint-Thomas-de- Villeneuve pour l’hôpital de Noyon (5 mars 1731, F^^ 193), porte « qu’une des dites Filles sera spécialement employée par la supérieure à l’instruction des pauvres filles, à leur apprendre à lire, écrire et travailler, à leur faire le catéchisme et à veiller à leur conduite. »
Les Dames de Nevers de Liancourt sont obligées de tenir les petites écoles, excepté durant les vacances ordinaires [Traité du novembre 1743, F^'^ 193).
15. A. Leroux, L'Assistance hosp. h Limoges pendant la Révolution, in-8 , 1901 , p. 30. Voir aussi pour Tannée 1791 un mémoire adressé à « Messieurs les membres du district de Mandicité de TAssemblée Nationale » (Arch. Nat., 260). « L’on ne peut qu’applaudir aux soins généreux et attentifs que les dames de Saint- Alexis,, attachées à cet employ, portent une exécution stricte des remèdes ordonnés aux malades, ne regrettant point leurs peines et leurs traveaux pour chercher à les soulager et à les guérir, en étant souvent de nuit et habituellement dejour au chevet de leur lit. »
16. « En général, s'il y avait deux religieuses, Tune soignait les malades, l’autre donnait l’enseignement aux enfans pauvres, tenait Técole de charité » {op. cit.^
LE PEBSONNEL HOSPITALIER
L’établissement de la maison de charité de LilFol-Legrand (Lorraine) remonte à l’année 1749 ; comme il est dit plus haut, elle est instituée « pour deux fins, savoir, le soulagement des pauvres, malades, vieillards ou infirmes de [la commune, et l’instruction des jeunes filles. A l’origine, il n’y a que vingt quatre jeunes filles, choisies dans la classe indigente, qui ont droit à l’enseignement gratuit en vertu de l’acte de fondation ; par des actes subséquents et postérieurs, l’enseignement public de toutes les jeunes filles de la commune, sans exception, est réuni à la dite Maison » (1®^ pluviôse, an 3, Arch. nat., ’Fi'’ 276).
Le 19 septembre 1783 une délibération des Recteurs de I hôpital de Gueméné constate ce qui suit : « Comme le Bureau, en demandant des sœurs de la Sagesse au Evêque, a toujours compté qu’elles vacqueroient au soin des malades et à l’instruction de la jeunesse, le supérieur, pour seconder les vues utiles des administrateurs, consent que les dites sœurs fassent les écoles gratuites, particulièrement ouvertes aux enfants du peuple et habitans de la ville, parce que dans les temps où l’hôpital seroit surchargé de malades elles auront la liberté de cesser leurs écoles, pour les reprendre lorsqu’elles seront moins surchargées » (Arch. nat., 193).
Tenon [op. cit.^ p. 105) nous montre les sœurs de la Charité desservant l’hôpital de Saint-Denis (36 lits), à la fois infirmières et maîtresses d’école.
11 existe également des Maisons qui servent de Noviciat et dont le personnel, en apparence très considérable, n’est point affecté en entier au soulagement des malades
17. Ici nous trouvons une nouvelle distraction de Camille Bloch. Texte de son ouvrage cité, p. 291. «La Charité, comité de mendicité : 102 employés pour 208 lits à une seule personne, soit un employé pour un peu plus de 2 malades. Tableau des hôpitaux : 97 employés pour 216 malades , même résultat approximatif. »
Que dit maintenant Tenon, p. 35 de ses mémoires si souvent cités et que l’Inspecteur général des Archives connaît parfaitement : « hôpital de la charité... Quant aux officiers et serviteurs, leur nombre se monte à cent deux pour deux cent huit malades. C’est environ un serviteur par deux malades. On pourroit être surpris de trouver ici autant de monde pour une aussi petite quantité de malades, et avec autant de religieux et de novices, une aussi grande quantité de serviteurs. Mais il faut savoir que la maison de la rue des Saints-Pères est le chef-lieu et le seul noviciat des trente-deux maisons que les Frères de la charité ont dans le Royaume, et des cinq autres maisons qu’ils possèdent dans les îles Françaises de l’Amérique ;
Nous ne pouvons donc accepter, que sous les plus expresses réserves, les états que Camille Bloch résume ainsi (p. 291-293) : « Les tableaux ci-dessus, surtout le second relatif à la province, montrent une assez grande inégalité dans le personnel, c’est-àdire, pour les divers établissements, une grande disproportion entre le nombre des employés et celui des malades ou des lits. Mais, en beaucoup d’endroits, le fait que nous avons voulu mettre en lumière, l’excès du personnel, apparaît clairement. »
Les faits ne sont pas aussi clairs que cet auteur le proclame, s’il y a parfois excès il existe aussi nombre de Maisons où les administrateurs se plaignent de l’insuffisance numérique de ce même personnel.
Le grand hôpital de Montpellier ne renferme, depuis 1666, que seize sœurs à 72 1. par an ; huit servantes et dix infirmiers [Rapp. Colombier, octobre 1785, Arch. nat., 266).
Six sœurs de la communauté de Saint-Maurice de Chartres dirigent l’intérieur de la grande maison, et deux autres celle des orphelins dits Morainviller ; alors qu’il existe au total 156 administrés, plus 2 hommes pensionnaires extérieurs et six femmes (Chartres, Co/omù/er, février 1785, Arch. nat., 226).
L’ Hôtel-Dieu de Marseille abrite, en moyenne, 420 individus ; le personnel s’occupant directement des malades comprend : 1 infirmier en chef, 5 sous-infirmiers, 22 servants ; 1 infirmière en chef, 6 surveillantes, 12 servantes; plus les employés affectés aux services généraux (1790, Arch. nat., F*^ 226).
Les filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul desservent l’hôpital de Châteaudun ; en 1789, elles sont au nombre de six ;
il faut savoir encore que tout l’Ordre en France n’est composé que de deux-cent cinquante sujets ; et que les Frères de la Charité de Paris administrent non seulement leur Hôpital, mais qu’ils préparent encore les médicamens pour la plupart des autres maisons, dont ils font aussi les affaires relatives à la Capitale. Ces occupations étrangères indiquent qu’on ne doit passe régler sur le rapport d'un serviteur par deux malades, il est évidemment trop fort.»
Le lecteur aies deux textes sous les yeux, à lui de conclure.
18. « L’hôpital de Montbron (Charente), desservi par cinq religieuses de l’ordre de Sainte-Marthe qui ont à leurs ordres, pourles aider dans le service, un domestique et une servante, compte onze lits pour les pauvres malades » (Arch. Nat., F^5 235). Le personnel est évidemment trop nombreux, mais la maison ne s’occupe-t-elle pas d’œuvres d’enseignement et d’assistance à domicile?
LE PERSONNEL HOSPITALIER ' 609
la population de l’asile atteint 230 administrés (Archives^ op. cit,, p. xxxvi).
L’Hôtel-Dieu de Lorient compte sept religieuses, filles du Père-de-Montfort ; la maison contient 23 malades des deux sexes, 13 vieillards, 121 enfants et orphelins; il faut s’occuper également de 63 pupilles mis en nourrice (Rosenzwieg, Arch. citées, Vannes, 1863, p. 37).
L’hôpital de Cadillac possède 1 2 lits occupés en tout temps ; pour en prendre soin 1 aumônier, 3 frères de la Charité dont un est chirurgien, le second infirmier et le troisième celerier ; plus quatre domestiques pour les gros ouvrages. Au premier abord la proportion du personnel semble trop forte, mais le rapport ajoute : « Outre ce le dit hôpital sert de maison de force et il y a ordinairement de quinze à vingt pensionnaires pour cause de folie et démence, ou détenus par ordre supérieur. » Alors tout s’explique [Lettre du 22 janvier .1792, Arch. nat., 250).
Un état de l’hôpital Saint-Nicolas de Tarascon fournit pour l’année 1791 les renseignements suivants : soixante-dix lits, cent soixante-huit personnes saines et malades ; en plus cent dix-sept bâtards nourris en dehors de la maison.
Personnel :
Sœurs hospitalières sans appointements
Infirmiers à 6 1. par mois
Portier à 60 1. par an
Servantes à 48 1
Non compris, bien entendu, deux médecins, deux chirurgiens, le Curé, un économe, un trésorier (Arch. nat., 232).
Ailleurs, la pénurie des serviteurs est constatée. La Communauté de Caen comprend à l’origine 12 sœurs en 1684, 16 en 1723, 20 en 1767, 24 au moment de la suppression, 1793. Assurément, ce nombre n’a rien d’excessif, surtout si l’on remarque que le personnel des vieillards et des enfants comprend 550 à 600 individus. « 11 faut nécessairement se multiplier sans cesse et se dépenser sans mesure »
19. AhhéH\xei,ü6tel-T>ieiiSa,int-Loiiis de Caen, in-8, 6i p. Caen, 1888.
En ce qui concerne le Havre, la Supérieure des Dames de Saint- Thomas de Villeneuve écrit, en 1745 : « Pour ce qui est du nombre des sœurs, elles sont accablées sous le poids du travail, qui, avec le mauvais air du Havre, a déjà fait et en fera mourir beaucoup, sans compter celles qui sont bien souvent malades de la fièvre . . . »
Un mémoire adressé au Comité de mendicité sur l’Hôtel-Dieu de Rouen mérite d’être signalé aux écrivains appartenant à l’école de Camille Bloch : « Le gouvernement de cet hôpital (La Magdeleine) pour ce qui concerne le soin des malades est confié à la communauté des religieuses, composée d’une Prieure et de 27 professes; elles se nourrissent et s’entretiennent au moyen de 350 livres pour chacune d’elles.
« Le nombre des religieuses est trop borné si on considère l’étendue et la nature des services qu’elles ont à remplir et les devoirs que l’état qu’elles ont embrassé leur impose, les forces humaines ont des bornes que le zèle, tel ardent qu’il soit, ne peut pas excéder, on est obligé dy suppléer par des gens à gage qui sont logés et nourris dans la Maison. Mais doit-on attendre des personnes salariées, et conduites par leur intérêt, le même zèle pour le soulagement des malades que celui que la Religion inspire à celles qu’elle a appelées à ce genre de ministère?
(( 11 faut un entier dénuëment de soi-même pour surmonter les dangers et les dégoûts d’un état aussi pénible. 11 n’y a que la charité religieuse qui peut le provoquer. Et qui vous à donné plus de preuves des effets de cette charité religieuse que les dames hospitalières qui composent aujourd’hui la communauté de r Hôtel-Dieu ? »
Il faut donc encore, ici, se garder de généraliser et de conclure que partout, vers 1789, le personnel servant dépasse les besoins ; d’ailleurs quelques années après ce personnel congréganiste n’existe plus.