‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 21 sur 197 · Prudhomme, op.ciL, p · texte numérisé non relu

Prudhomme, op.ciL, p

19. Franklin, Les rues de Paris en 1636, in-18, 1873, p.35. Lammert, dans l’ouvrage cité, dresse une longue liste de personnages qui fuient de même en pareille circonstance : l’empereur Ferdinand II, Sigismond de Pologne, Christian IV, roi de Danemark, des ducs, des landgraves, etc. (E. Charvériat, op. cit., p. 26, en note).

20. Léon Gautier, La dernière peste à Genève, 1636-1640, in-8, 61 p. Genève, 1888, p. 27. Cette brochure a été envoyée par l’auteur à mon ami Léon Gautier, avec cette dédicace : « Hommage à mon savant homonyme. »

rance du lucre et, le plus souvent, partante de jugement et d’expérience, en tuent plus qu’ils n’en guérissent '1. »

Il y a des défections parmi les membres du clergé ; les dignitaires ecclésiastiques d’Angers, comme les magistrats en charge vont aux champs et reviennent sans aucune honte après le danger. » « Les religieux, qui ne sont plus maîtres de l’Hôtel- Dieu de cette ville, déclarent qu’ils vont le quitter pour éviter la peste. La mairie proteste et prend des mesures contre cette requête inciville et les rappelle à leurs devoirs et office » (Célestin Port, op. cit.^ p. 37).

Ne voit-on pas, lors delà peste de 1720, les moines de Saint- Victor de Marseille, tous cadets de familles nobles, s’enfermer dans leur couvent et priver la cité des ressources de leur puissante et riche confrérie ?

Les populations réformées de l’Allemagne sont envahies par des terreurs au moins égales à celles que l’on remarque parmi les nations catholiques; cette constatation est un objet d’étonnement pour Luther et autres écrivains contemporains.

« N’est-il pas souverainement honteux, dit Wizel, que des gens qui ne craignaient point, ou presque point, la peste et sa contagion tandis qu’ils étaient soumis à l’Antéchrist (je me sers de leur expression), en ressentent une si grande terreur, maintenant qu’ils se vantent d’être chrétiens ! On ne visite plus les malades; on redoute de voir, à plus forte raison de toucher un homme atteint de la contagion, tellement la peur s’est emparée de toutes les âmes » (Dollinger, La Réforme^ trad. Perrot, I, p. 60).

Luther, lors d’une épidémie survenue en 1529 à Wittemberg, témoigne sa surprise de ce délaissement des malades par leur propre famille ; il attribue à Satan cette grande terreur de la mort et regarde cet état comme un châtiment divin. « On se fuit, écrit-il dix ans plus tard (1539), on se fuit tellement les uns les autres qu’on ne peut trouver un chirurgien qui consente à vous

21. Prudhomme, op. cit., p. 153. « Les médecins même fuyaient» (Célestin Port, Cartul. de l'hôp. Saint-Jean d'Angers, in-8, 1870, p. 37).

L’archevêque électeur de Mayence abandonne sa capitale. Il en est de même des évêques de Würtzbourg, de Bamberg (1607). L’évêque d’Eichstadt, au contraire, reste dans sa ville épiscopale en 1627, tandis que beaucoup de chanoines prennent la fuite (Lammert, op. cit., p. 12-69).

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

saigner, ni un domestique pour se faire servir. On dirait que tous les diables sont à leurs trousses, c’est sans doute en punition de leur avarice et du peu de cas qu’ils font de l’Évangile, qu’ils sont pris d’une si honteuse panique que le frère abandonne son frère et le fils son père » (Dôllinger, op.cit.^ 1, p. 327).

Gobbett, protestant, se demande si le prêtre marié est moins empressé de se rendre auprès d’une personne atteinte de la contagion que celui qui est célibataire ? 11 répond par des exemples ; certains ministres déclarent ne pas craindre la mort en tant qu' individus, mais ne pouvoir exposer leur famille au péril de la contagion ^2.

Quel est, sur ce point particulier, le rôle de Calvin ? Théodore de Bèze lui décerne des éloges qu’il est loin de mériter

En 1542, Genève se trouve envahie par la peste. Le Conseil a de la peine à découvrir un prédicant pour le service religieux de l’hôpital; un ministre, Pierre Blanchet, accepte cet office.

L’année suivante, reprise delà contagion. Nouvelles hésitations dans le camp des calvinistes ; certains déclarent que, plutôt que de se renfermer dans l’établissement affecté aux malades atteints par l’épidémie, ils aimeraient mieux aller à tous les diables. Gomme la première fois, Pierre Blanchet se dévoue ; il meurt peu après au poste d’honneur 24.

22. « Pendant la guerre de 1776, écrit Gobbett, le château royal de Winchester servit de prison aux Français que le sort des armes avait mis en notre pouvoir. Une lièvre épidémique terrible se manifesta parmi eux. Un grand nombre en mourut. Ils étaient presque tous catholiques et deux ou trois prêtres de leur croyance, qui résidaient dans la ville, les assistèrent à leurs derniers moments. Mais il y avait des protestants sur le nombre qui réclamèrent l’assistance de leurs ministres. C’étaient les curés et les vicaires des paroisses de Winchester. 11 y avait aussi le diacre et tous les prébendiers du chapitre ; pas un d’eux n’alla consoler les protestants agonisants, et par suite de cette coupable indifférence, plusieurs de ces malheureux s’adressèrent aux prêtres et moururent catholiques. In conséquence of which several of them desired the assistance of the priests, and of course, died catholics » (W. Gobbett, A Historyof the protestant Beformation, in-8, London, 1824, chap. IV, n“ 123).

23. Gette thèse de Th. de Bèze tout à l’honneur de Calvin, reproduite dans nombre

d’ouvrages, a été réfutée, à l’aide des textes, par Ferdinand Buisson : Sébastien Casteillon,savie et son œuvre 2 vol. in-8, Paris, 1892,1, chap. vu,

p. 191-192. Parmi les ouvrages dénués de critique et suivant aveuglement Th. de Bèze, citons les deux volumes intitulés Des corporations monastiques au sein du protestantisme, 2 vol. in-8, 1855, t. II, 210-211.

24. Registre du Conseil, lmaiil543 :« .... Et pour aultant que illy ades prédicans quil hont dicst que plustout que allé a l’hospital il voudryen estre aux dyables,

6i HISTOIRE DE LA CHARITÉ. LIVRE PREMIER.

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