‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 22 sur 197 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

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Le Conseil fait de nouveau un pressant appel aux ministres résidant à Genève, et veut tirer au sort le nom de celui qui doit être désig-né. Les ministres, tout en reconnaissant que cette charge rentre dans leurs obligations professionnelles, ne se sentent pas le courage de l’entreprendre

Sébastien Casteillon, régent des écoles, s’offre; on n’agrée pas ses services et un Français nommé Simon Moreau est attaché à l’établissement à titre de « ministre de circonstances. « 11 y reste jusqu’à la fin de l’épidémie.

La contagion reparaît ; Mathieu de Geneston remplit le poste si redouté; il meurt à son tour (11 août 1545).

Quel est, au milieu de ces péripéties, le rôle exact de Calvin ?

Lors desefPorts tentés en 1543 par le Conseil pour trouver un ministre consentant à secourir les pestiférés, il est question, nous venons de le voir, de tirer l’élu au sort. Calvin, d’accord avec les conseillers, se fait a priori exclure de ce tirage : « 1 Jugnii. Et quant à l’ellection pour aller audict hospital, d’icelle en soyt for cluz ledict Mons** Calvin, pour ce que l’on en a faulte pour l’Eglise. »

5 Jugnii : « Toutesfoys Mons^’ Calvin n’est compryns avecque les aultres, pour ce qu’il besognye a servyr en l’Eglise et respondre à tous passans, avecque ce pour havoyer conseyl de

lui 26. »

Inutile d’insister, la cause est entendue.

Citons, du reste, à l’appui de cette conduite de leur chef, la manière dont, au point de vue doctrinal, les religionnaires entendent l’action de leurs ministres en temps d’épidémie 2'^.

resoluz de les demander demaien et que il leur soyt fay et bonnes remonstrances.... » 11 maii 1543 : « Maystre Pierre Blanchet, ministre, doybge entrer et demorer à l'hospital pestilencial.... »

25. Mardy 6 jugnii 1543. Et estant reentrer lesdietz prédicans, assavoyer lesdietz Champereaulx, de Ecclesia, Abel et Treppereaulx, appres les remonstrances que cela estoye de leur office, non seullement en temps de prospérité mes es temps de guerre et de peste et aultres nécessités de servyr l’Eglise cristienne, hont confessé qii'ill est vray et qu'il est de leur office, mes Dieu encore ne leur a donné la yràcede havoyer la force etconstance pour aller audietz hospital priant les tenyr pour excusés. Mons*^ de Geneston s’est offert d’y aller moyennant que l’election ce fasse selon Dieu ; et si le sors tomba sur luy, qu’il est prest d’y aller. »

26. Tous ces textes sont tirés de l’ouvrage précité de Ferdinand Buisson, t. I, p. 186 à 190. Voir aussi le chanoine Fleury, Hisl. de l'Eglise de Genève, 3 vol. in-8. Genève, 1880-1881, t. Il, chap. iii, p.63 etsuivantes.

27. Charles Drelincourt, Les visites charitables ou les consolations chrétiennes

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

« Si quelques uns sont obligez a visiter les pestiferez^ ce sont principalement les Pasteurs; et cependant, ils ne le doivent faire qu'avec beaucoup de prudence et de précaution ^8^ comme cela a esté sagement arrêté au Synode Nationnal de Vitré, de Fan 1583, dont voicy les propres mots :

« A la question proposée par les Députez de Poictou, s’il est expédient que les Ministres de la Parole de Dieu visitent ceux qui sont malades de peste, le Synode a remis cela à la discrétion des Consistoires, estimant toutefois que cela ne se doit faire que pour de grandes et preignantes raisons ; de peur que toute l’Église ne soit mise en danger pour subvenir à quelques particuliers, sinon que la consolation se puisse donner sans péril, et que le malade puisse ouir celuy qui le consolera de loin....

Le fidèle répond au Pasteur : « Mais, Monsieur, tous ceus qui vont en des maisons pestiférées, et qui aprochent de ceus qui ont la peste, ne sont pas frapez de la maladie ; et au contraire plusieurs n’en reçoivent aucune incommodité. »

Le Pasteur explique alors qu’il s’est trouvé amené à visiter des pestiférés, et qu’il ne lui est arrivé aucun mal ; que souvent du reste il ignorait la nature de l’affection dont souffrait le patient. « Si, conclut-il, je n’ay point esté infecté pour avoir esté en de tels liens, et si quelques autres n’en ont point esté infectez non plus, il y en a beaucoup d’autres qui Font esté et tous le peuvent estre. De sorte que, pour le dire encore une fois, P est tenter Dieu, et être cruel àsoy même, que de s^ exposer de gayete

pour le tems de la contagion, in-8, 204 p., 1667. p. 98-99 (Collect. de l’auteur). Cet ouvrage est écrit sous forme de dialogues entre un fidèle et un pasteur. Ch. Drelincourt est un pasteur calviniste ; il s’appuie'dans un passage sur le témoignage « de V incomparable Calvin. »'■

28. « Par exemple, une pauvre femme qui avoit la peste vint àacoucher ; et elle désira avec ardeur que son enfant fust bâtisé ; comme il estoit bien raisonnable. Il n’y avoit nulle aparence de faire porter cet enfant au Temple. Cela eust été capable d’éfrayer tout le Troupeau, et de dissiper nos saintes Assemblées. Il n’y avoit point d’aparence non plus qu’un pasteur allast bâtiser cet enfant en la maison de la mère, où il y avoit plusieurs malades de peste. Il n’eust pû après cela converser dans le Monde, ni visiter les autres membres du Troupeau. Enfin, l’un des Pasteurs s’avisa de cet expédient. C’est qu’il fit porter l’enfant en l’un de nous Cymetières, où ille bâtisa, dontlapauvre mère fut grandement consolée » (Ch. Drelincourt, op. cit., p. 93-94).

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