CHAPITRE I
er
de cœur à un danger si éfroyable » (Drelincourt, op. cit.,
A toutes ces terreurs qu’engendrent les épidémies, il faut joindre ces véritables hallucinations qui portent les populations affolées à voir partout des malfaiteurs propageant à plaisir la contagion.
Ce fait est général ; on accuse des prêtres, des hommes, des femmes de répandre le germe de la maladie. On prétend qu’ils enduisent les portes, les serrures, au moyen de substances dangereuses, qu’ils sèment à travers les rues des débris de vêtements, des objets préalablement infectés.
Les violences populaires ne connaissent plus de bornes les suspects sont massacrés ou traduits devant des tribunaux trop enclins à les considérer d’avance comme coupables.
Personne ne se trouve à l’abri de ces suspicions ; elles atteignent souvent les fonctionnaires chargés du soin de la santé publique. A Genève (1530), les victimes sont l’hospitalier, un ecclésiastique et d’autres serviteurs de l’hôpital des pestiférés
A Milan (1630), les exécutions deviennent nombreuses. Le roi d’Espagne, duc du Milanais, promet des récompenses à ceux qui dénoncent les engraisseurs ](Untori)
29. « En une église où il ne se rencontre pas un grand nombre de Pasteurs, et où il y a peu de malades de la contagion, l’on ne croit pas que la justice, et non pas même la charité bien réglée, puisse soufrir, que pour le service de 'quelques particuliers, l’on expose à de si grands dangers un Pasteur qui est à tout le Troupeau. Mais en ce cas là il faut pourvoir autremeut à la consolation des malades. »
Dans une circonstance semblable à Paris, le Consistoire utilisa les services d’un vieillard « qui avoit servi avec louange une Église considérale de ce Royaume, en qualité d’ Ancien et de Lecteur, et qui même y avoit esté employé à la visite et à la consolation des malades ordinaires, ils’ofrit à visiter et à consoler les pestiférez» (Ch. Drelincourt, op. cil.., p. 92-93).
30. « Sed et inoxii multi, quos, aut tristior vultus, aut obsoleta vestis, aut mora alicubi nonnulla suspectes fecerat, circumventi sunt populi clamoribus, impetuque tanto, et verberum, ac lapidum tanta repentè procella, ut carcerem, et vincula, quo ducebantur, ceu requiem, portumve tutissimum spectarent >> (Josephi Ripamontii canonici scalensis, chronistae urbis Mediolani de Peste qiiae fuit aniio cioiocxxx libri V, desiimpti ex annalibii^ urbis...... in-4, v fl’., 411 p. Med. 1641,
Lib. II, § 4, p. 91).
31. Ghaponnière et Sordet, Des hôp. de Genève avant la réformation. Bull, delà Société d’hist. et d’arch., liv. de juillet 1844, p. 331. En Espagne on accusait les hérétiques de Genève (Gharvériat, op. cit.., p. 11).
32. Ripamonti (trad. Gusani), op. cit., p. 81 : «.... per dar maggior animoa quelli
LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES
Les condamnés se voient soumis aüx plus affreux supplices ; des tenailles rougies au feu mordent les chairs palpitantes, la main droite est coupée On rase la demeure de celui qui est déclaré coupable. A Milan, sur l’emplacement de la maison du barbier G. GiacomoMora, se dresse une colonne infamante (colonna infâme)
On peut admettre que des criminels, sortis de prison, employés au transport des malades et des morts, à l’assainissement des immeubles, poussent la haine contre la société jusqu’à propager la peste par tous les moyens en leur pouvoir. Que se croyant, grâce à une longue immunité, à l’abri du fléau, ils ne voient dans les malheurs publics qu’une occasion de satisfaire leurs instincts de vol et de rapines : tout ceci est possible
Mais de là à généraliser, il y a loin. Il ne faut pas oublier que constamment, les inculjiés révoquent des aveux arrachés par la torture et protestent de leur non-culpabilité au moment même de
chehavesséro voluto metter inchiaro questo fatto, si propose nuovo premio dell’ impunità a trè complicie di mille scuti, e la liberatione di trèbanditi di casireservati, purchè havessero le opportune remissioni, »
33. « e che avuti per ripetuti e confrontât!, sopra un carro sieno condotti al
solito luogo del supplizio, e per via sieno morsi con tenaglie infocate nei luoghi dove peccarono ; ed entrambi sitaglila destra davanti alla barbiera del Mora, e spezzate le ossa seconde il costume, e la ruotasi levi in alto e si intreccino vivi in quella, e dopo 6 ore sieno strozzati, e subito i loro cadaveri sieno bruciati, e le cineri gettate nel fiume...: » (Ripamonti, trad. Gusani, op. ciL, p. 79). En Silésie (1606) plusieurs personnes accusées de ce crime sont brûlées (Lammert, op. ciL, p.l2).