Dollinger, 1, p
6. Audin, Hist. de Luther, I, p. 395. Pour éviter toute interprétation erronée, et bien préciser notre pensée nous déclarons ne parler ici que des théories protestantes des XVI® et xvii® siècles. A notre époque, Luthériens et Calvinistes croient,
LES THÉORIES EN MATIÈRE d’aSSISTANCE
Les disciples suivent le maître ^ Mélanchton dit clairement dans son Apologie que l’Evangile promet la rémission des péchés et le salut à ceux-là mêmes qui n’ont absolument point de bonnes œuvres (Dôllinger, 111, p. 504). Amsdorf, écrivant contre Major, déclaré « que celui qui enseigne et prêche que les œuvres sont nécessaires pour le salut est un pélagien, un mamelouk, un rénégat » [Querelles sur la nécessité des bonnes œuvres^ 1552, Dôllinger, 111, p. 474).
La Confession d’Augsbourg (1530) enseigne : « que les hommes ne peuvent être justibés devant Dieu par leurs efforts, leurs mérites ou leurs œuvres, mais gratuitement à cause du Christ et par la foi, pourvu qu’ils croient qu’ils sont reçus en grâce et que leurs péchés leur sont remis à cause du Christ qui a satisfait par sa mort pour nos fautes ® . »
L’enseignement de l’Eglise Luthérienne veut donc « à exclure des traditions tout ce qui est contraire à la libre grâce de Dieu, ou ce qui tend à enraciner dans les ccèurs la dangereuse croyance au mérite des œuvres »
en général, que les bonnes œuvres sont partie intégrante de l’opération du salut, non parce que ces œuvres sont la cause de la justification ; non parce qu’elles constituent des mérites devant Dieu ; mais parce que la Foi qui, à leurs yeux, seuie justifie et sauve, ne saurait être vivante et vraie sans les œuvres qui en sont la manifestation extérieure.
7. « Luther et ses sectateurs rejetèrent complètement la doctrine que les bonnes œuvres fussent nécessaires au salut ; ils soutinrent que la foi, la foi seule était nécessaire. Ils rejetèrent de leur bible l’Épître de Saint Jacques parce qu’elle insiste sur la nécessité des bonnes œuvres. C’est cette épître que Luther appelait : épîlre de paille. Les réformateurs qui, sur les autres points différaient autant entre eux que les couleurs de l’arc-en-ciel, s’accordaient tous sur celui-ci, que les bonnes œuvres étaient inutiles pour le salut. » (William Gobbett. A History of the Protestant Reformation in England and Ireland, London 1824. Letter xi, n° 328). Certains disciples admettent cependant que les œuvres des justes méritent, non pour le salut éternel, auquel nous ne pouvons parvenir que par la foi, mais appellent des récompenses temporelles. C’est aussi l’opinion des Réformés. {Conf. Helv., II, 16. Déclar. de Thorn, art. 4, chap., 6).
8. Art. 4 de la Justification. « On enseigne en même temps que cette foi doit produire de bons fruits et qu’il faut faire les bonnes œuvres commandées de Dieu et cela par obéissance à sa volonté et non pour prétendre mériter par là d’être justifié devant Dieu ; car c’est par la foi que nous recevons la rémission des péchés et la justification.» Art. VI. De la nouvelle obéissance (in-12, Strasbourg, 1845, p. 11 et 12).
9. D. Dorner, Hist. de la Théol. protest. (trad. par Paumier), in-8, Paris, 1870, 2® partie, 1® section, chap. iv, p. 218. Voir dans Dôllinger (t. III, p. 462 et 519) de nombreuses querelles entre les Écoles protestantes sur la nécessité des bonnes œuvres. Le mot sola ajouté à fides a fait couler des flots d’encre. Ajoutons que
Les Calvinistes professent des opinions moins radicales ; ils reconnaissent que la foi ne saurait exister sans les bonnes œuvres, puisqu’elle les engendre nécessairement. « La foi, écrit Calvin, non seulement ne nous rend pas négligents aux bonnes œuvres mais elle est la racine dont elles sont produites »
Cette thèse est reprise et affirmée par les Eglises réformées de France. « Ainsi, selon la confession de la Rochelle (art. 22), la foi non seulement ne refroidit pas Laffection au bien et saintement vivre mais l’engendre et l’excite en nous en produisant nécessairement les bonnes œuvres »
Les doctrines Luthériennes ne tardent pas k amener des résultats désastreux pour les indigents ; la charité diminue avec rapidité. Sur ce point les témoignages abondent, il suffit d’en reproduire quelques-uns
Luther est le premier à reconnaître les conséquences logiques que la masse du peuple tire de cet enseignement sur la prédestination. Ecoutons-le : « Depuis la prédication de notre doctrine le monde devient de jour en jour plus mauvais, plus impie, plus débouté. Les diables se précipitent en légion sur les hommes qui, à la pure clarté de l’Evangile sont plus avides, plus impudiques, plus détestables, que jadis sous la papauté. Paysans,
Luther n’est pas toujours d’accord avec lui-même ; il lui arrive de se contredire en un seul sermon et il affirme à diverses reprises que les bonnes œuvres accompagnent la Foi.
10. Catéch. de Genève, op. Calv., vi, p. 49. Calvin a dit cependant : « ceux qui cherchent sérieusement, comme sous l’œil de Dieu, la vraie règle de la justice reconnaîtront certainement que toutes les œuvres de l’homme considérées quant à leur valeur ne sont que des péchés et des souillures et ce qui est considéré ordinairement comme de la justice n’est aux yeux de Dieu que de l’iniquité. » {Justif., lib. III, cap. 12, n. 4.)
11. Em. Gautier, Étude sur Les rapports entre la justification par la foi et la sanctification d'après Calvin, in-8, 47 p., 1895, p. 27. En 1699 Jean la Placete, Pasteur de l’Église françoise de Copenhague, publie un traité de l'aumône pour en prouver la nécessité, in-8, 11 feuillets préliminaires, 360 p. Amsterdam, Daniel Pain, MDCXCIX. Les déclarations des calvinistes manquent souvent de netteté ; à propos de l’adhésion à certains articles de la confession d’Augsbourg, Bossuet écrit : « Ainsi nous avons vu clairement trois langages différents de nos calvinistes en trois differentes confessions de Foi. » {Ilist. des Variations, édit, de 1751, t. I, liv. IX, p. 494).
12. Nous ne parlons ici bien entendu que de l’Allemagne du xvi® siècle. De nos jours les œuvres de la bienfaisance privée sont de plus en plus en honneur dans les pays protestants ; nous aurons maintes fois à le constater, en écrivant le t. V de notre ouvrage.
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bourgeois et nobles, gens de tous états du plus grand au plus petit, ce n’est partout qu’avarice, intempérance, crapule, impudicité, désordres honteux, passions abominables »
« Sous la papauté l’on faisait avec plaisir, avec zèle et souvent à grands frais, de nombreuses œuvres, inutiles et dénuées de sens ; dans notre Eglise, au contraire, au moment même où l’on travaille avec une activité rare, à répandre la vraie doctrine, on montre une mollesse, une négligence pour faire le bien qui dépasse tout ce qu’on pourrait dire. Plus on exhorte les gens à pratiquer les bonnes œuvres, à s’aimer les uns les autres, à se détacher des soins exagérés de la vie, plus ils deviennent indifférents et froids pour tout ce qui est propre à exercer et à manifester la vertu chrétienne »
Luther se montre tout surpris d’un semblable résultat, mais il ne peut, devant l’évidence des faits, s’empêcher de s’écrier : «dès qu’on leur fait entendre le mot de liberté ils \ ne parlent plus d’autre chose et s’en servent pour se refuser à l’accomplissement de toute espèce de devoir. Si je suis libre, disent-ils, je puis donc faire ce que bon me semble, et si ce n'est point par les œuvres que Von se sauve ^ pourquoi m'imposerais- je des privations pour faire par exemple^ l'aumône aux pauvres? S’ils ne disent pas cela en propres termes, toutes leurs açtions dénotent que telle •est leur pensée secrète. Ils se conduisent sept fois pis sous ce règne de la liberté que sous la tyrannie papale »
Luther n’est pas le seul, nous venons de dire, un contemporain Erasme ne s’exprime pas autrement. « Quoi de plus détestable au monde, écrit-il, que d’exposer les populations ignorantes à entendre traiter publiquement le pape d’Antéchrist et les
13. Citation de Nicolas, Du protestantisme et de toutes' les hérésies dans leur rapport avec le socialisme, in-8, 1852, liv, IV, chap. iv, p. 563. Voir également Dôllinger, I, p. 319.
14. Dôllinger, I, p. 296. « En ce temps-là (sous le papisme) les fondations, les legs abondaient : parmi les évangélistes, personne ne veut donner un liard. » Jean Janssen, L'Allemagne et la réforme (trad., E. Paris, t. II, chap. vi, p. 320).
15. Dôllinger, I, p. 296-297. « L’exemple de nos parents et ancêtres, seigneurs et rois, princes et bourgeois, devrait pourtant nous faire rougir. Ils ont si abondamment et charitablement donné, et cela même avec excès, aux Eglises, aux 'Cures, aux Ecoles, abbayes, fondations, hôpitaux, etc. Cependant ni eux, ni leurs •descendants n’en sont devenus plus pauvres. « (Janssen, II, chap. vi, p. 322).
prêtres d’hypocrites, la confession de pratique détestable, les expressions, bonnes œuvres^ mérites^ bonnes résolutions^ d’hérésies pures ^6. »
Georges Wizel, prêtre marié, et qui, tout en se séparant plus tard de Luther, ne revient pas complètement à l’Eglise catholique, nous fournit les renseignements les plus complets sur l’esprit charitable des sectateurs de la réforme. « Je leur reproche, dit-il (en 1535), de détruire presque entièrement ou de rendre inutiles les établissements fondés à grands frais par nos pères au profit des pauvres, ce qui est également contraire à l’amour et à la justice envers le prochain... Je leur reproche de s’approprier les trésors des Eglises, sans en faire profiter les indigents »
(( Ils instituent, continue-t-il dans un écrit paru en 1538, une caisse pour les pauvres ; hélas ! jusqu’à présent elle ne profite guère qu’aux riches, et aux chefs delà secte. Les indigents n’obtiennent pour leur part que le maigre produit de la quête du dimanche; quête presqu’insignifiante suivant leur propre témoignage, car il n’y a que fort peu de personnes qui s’y montrent favorables. Tout le monde s’accorde à reconnaître que les pauvres chez eux mènent une vie bien plus dure et sont bien plus misérables qu’autrefois du temps de l’Eglise Romaine » (Dôllinger, I, P- 39).
Jean Haner, ami de Wizel, stigmatise lui aussi (1534-1535) « ces faux évangélistes qui résument tout leur évangile et l’enseignement chrétien dans le seul dogme de la rémission des péchés et qui laissent entièrement dans l’oubli celui bien plus important de la sanctification ; ennemis qu’ils sont de la croix, de la pénitence, de la charité et des bonnes œuvres^ engageant les pécheurs à ne compter que sur la justice de Jésus-Christ. » (Dôllinger, I, p. 125).
Gaspard Aquila dans son traité de l’aumône paru en 1533,