CHAPITRE II
(( C’est pourquoi il plaira au mag-istrat employer son autorité pour faire nettoyer et émonder les rues, places publiques,, cloaques, tueries et esgouts de la ville ; défendre la décharge du ventre par lesdites rues ; assommer les chiens vagabons et vivant de saletés ; reléguer et mettre hors les bestes immondes comme les pourceaux, les lapins, les asnes, même les vaches, les pigeons, canes et oysons, et autres, de tous lesquels le fumier est puant...; enlever de la ville toutes les vuidanges, boues, ordures, fumiers et immondices bien loin d’icelle... Commander à chaque particulier de nettoyer soigneusement sa maison ^^... »
Presque partout l'on exige que les convalescents et toutes personnes ayant, pour une cause quelconque, affaire aux malades de la peste, ne sortent dans les rues que porteurs d’une baguette blanche^ de manière à permettre aux passants d’éviter leur contact ^0,
« Sont, dit le règlement de Sens (Ann. de l’Yonne, 1868, p. 5), lesdicts malades tenus de se faire saigner et médicamenter par le chirurgien et barbier auquel la charge en est commise ; et encore se faire par luy visiter quand besoin sera. Portant ledict barbier la baguette blanche de longueur de quatre pieds fort apparemment sans que par les rues il se puisse approcher de ceuœ quil rencontre de trois à quatre toises (année 1627). »
§ 5. — Les services médicaux en temps de peste.
En même temps que les bureaux de santé promulguent des
39. Clément-Janin, Les pesées en Bourgogne (1349-1636), in-8, 1879, p. 63. Voir aussi : Édouard Maugis (thèse de doctorat). Recherches sur les transformations du régime politique et social de la ville d'Amiens, in-8, xxvii-655 p, Paris, 1906, chap. VIII : Pestes et épidémies., p. 542 à 548.
40. « Geulx qui auront esté frappez deladicte maladie et auront recouvert leur santé ensemble les domestiques, ne pourront aller ni venir sans porter une verge blanche l’espace de quarante jours. » Mesures prises contre le choléra à Paris (1596). Bull. hist. de Paris. XP année, 1884, p. 90.
Au début de leur internement, on avait prescrit aux malades « un signe de reconnaissance pour tout le temps que durerait le mal, c’était de porter un bâton blanc et de ceindre leur tête d’un ruban rouge » (A. Magen, La ville d'Agen^ op. cit.. p. 39). Consulter, pour tout ce qui regarde ce paragraphe : Delamare, Traité de la police, liv. IV, titre XIII, chap. vu : Bes moyens généraux que l'on doit employer en temps de contagion pour arrêter le cours de cette maladie, t. I, p. 657 et suiv.
LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES
règlements sanitaires, ils s’occupent de recruter médecins et chirurgiens devant prendre soin des malades
Ce recrutement n’est pas toujours aisé : selon les circonstances, les praticiens choisis sont tenus, soit de s’enfermer dans les lazarets tout le temps delà contagion, restant soumis ensuite k une longue quarantaine .
Soit de visiter les patients à domicile et d’envoyer à l’établissement affecté aux pestiférés ceux qu’ils reconnaissent atteints par le fléau.
Dans les deux cas, ils doivent renoncer à leur clientèle ordinaire^^. 11 leur est défendu également d’avoir commerce avec les personnes saines
En dehors du danger à courir, il est facile de concevoir que cette perspective de l’isolement n’est pas de nature à séduire les médecins ou chirurgiens de la localité atteinte. Lorsque cela est absolument nécessaire, ils se partagent la besogne à tour de rôle,
41. « Il est ordonné à la faculté de médecine de nommer quatre Médecins Docteurs Régens et habiles tant en théorie que pratique, pour visiter et médicamenter les malades de peste dans la ville de Paris et fauxbourgs. .. Ordonne aussi que le collège des chirurgiens élira deux Maîtres Chirurgiens Jurez pour visiter, panser et médicamenter ceux qui seront attaquez de cette maladie... Ordonne aussi à la communauté des Barbiers d’élire six d’entre eux Maîtres Jurez Barbiers, pour visiter, panser et médicamenter ces malades de la peste » {Règlement général fait au Parlement, 13 septembre 1533. Delamare, Traité de la police, t. I, p. 655. Voir aussi D’’ Langlet, op. cit., chap. iv, p. 53 etsuiv.).
42. A. Stettin, pendant la contagion de 1624, les chirurgiens refusent d’abord leurs services, ils sont contraints de désigner l’un d’entre eux. On charge de ce soin à Essling un baigneur et un barbier (Lammer, op. cit., p. 65 et 80).
43. D' Langlet, op. cit., p. 54. « Il étoit ordonné aux chirui’giens, aux barbiers aussi bien qu’aux médecins pendant le temps de la contagion, quarante jours après qu’elle étoit passée, et jusqu’à ce que par la Cour en eût été ordonné, de s’abstenir de voir, visiter, et médicamenter d’autres personnes non pestiférées ; et il leur étoit ordonné de tenir leurs boutiques fermées pendant tout ce temps, à peine de punition corporelle, privation de leurs états, et d’amende arbitraire. » (Delamare, op. cit., I, p. 655).
44. « Ce n’était pas un poste bien enviable que celui de médecin ou de chirurgien des pestiférés. Outre qu’il fallait renoncer à avoir toute communication avec le reste des humains et se résigner à vivre, pendant toute l’épidémie, et six , semaines après sa disparition, au milieu des malheureux atteints par ce fléau, le péril était réel » (Delilîe, Méd. lillois du temps passé, 1"® partie, p. 18). « On créait des médecins, chirurgiens, apothicaires de la peste ; ne pansant aucun malade d’autre sorte pendant tout ce temps-là. Leurs femmes, serviteurs, domestiques, sont astreints aux mêmes obligations, défense leur est faite d’aller aux boucheries, tavernes, soit de la ville, fauxbourgs ou champs, sous peiné de la hart » {Échiquier de Normandie, 1504. D" Boucher, Acad, de Rouen, op. cit., p. 188).