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CHAPITRE III

§ 3. — De la, désinfection des maisons et des objets qu'elles renferment.

Il faut songer à purifier toute maison où se trouvent des malades et des morts. Il existe un moyen radical pour se débarrasser des germes de la contagion, c’est de brûler : bâtiments, objets mobiliers, et par-dessus le marché les cadavres 27. Ce remède un p.eu sommaire ne peut s’appliquer partout. Les immeubles, les biens meubles ont delà valeur en général, et puis, il faut songer aux demeures voisines et ne pas les confondre en un immense incendie.

Les Bureaux de santé se contentent donc habituellement de fuinigations répétées 28.

On commence par brûler dans la cheminée 28 ou à certains endroits écartés, les objets servant au pestiféré : habits, linge, lit, oreillers de plumes, paillasses, etc.

Ceci fait, on place en premier lieu du foin sur lequel on répand du vin et du vinaigre ; on y met le feu après avoir bouché toutes les ouvertures.

La seconde fumigation se compose principalement de plantes

27. Lièvre, op. cit.^ chap. viii. A Murnau (Haute-Bavière), 1634, pour arrêter l’épidémie on brûla plusieurs maisons avec les morts qu’elles renfermaient (Lammert, op. cit., p. 172),

28. Instruttione generale per espurgar le case de' contadini. Se le camare dove saranno morti gl’infetti, si retroveranno chiuse, entrandovi chi doverà fare Tuffîcio di purgarle, doverà portare due, o trè fasci di vite ô ginepro, ô d’altro acceso in mano, et posto in mezo la camara vi porrà sopra del Solfo, Pece Greca, Rasa di Pino, et del Bittume Judaïco potendone havere, et chiudendo le tînestre et porta, lascierà stare quel fumo per spacio di quattr’ bore, doppo le quali rientrando, cavera fuori il Letto, con la paglia et tutto quello, che hà servito per l’infermo, netterà la caméra pulitissimamente, e se vi saranno materie di noce, le laverà con aceto, o lisciva fatta con la calcina, corne anco tutte quelle cose, che saranno de legname buono, corne lettiere, casse, et cose consimili » {Raccolta. . . di Bologna, op. cit.., p. 181).

29. La mort advenant des dits pestiferez en la ville de Sens, les linges et habillement qui leur auront servy, et autres choses susceptibles de mauvais air, seront bruslez la nuict suivant la dite mort, soubs la cheminée de la chambre où ils seront trouvez et délaissez {Reg lement de '1627., art. IX. La peste à Sens, op. cit., p. 5).

30. Des mesures sévères sont prises à cet égard à Munich (1635), à Laufen (1650) (Lammert, op. cit., p. 270. Charvériat, op. cit., p. 19).

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

aromatiques, puis vient le tour du parfum violent^ composé de nombreuses substances : noix de galle arrosée d’eau-de-vie ; poix, résine, chaux, salpêtre, térébenthine, sel ammoniacal,, etc. ^1. Les émanations de ce parfum sont si fortes que les rats,, dit-on, périssent dans leurs trous.

Le règlement édicté le 16 juillet 1669, à Tournai (Faidherbe^ op. cit.^ p. 310) prescrit de laver les murs avec de la chaux vive mêlée de vinaigre.

Avant de procéder à toutes ces opérations, on a soin d’ouvrir les armoires et de placer bien à l’air, sur des cordes, les habits, effets, etc. [U ordre public^ p. 48 ^^.)

Après vient l’application du parfum doux, avec lequel on badigeonne les plafonds, les parquets, les meubles.

La composition de ces parfums varie naturellement selon les localités ; ici, comme pour les médicaments internes, la thériaque par exemple, nos ancêtres accumulent les ingrédients, comptant que quelques-uns, au moins, se trouveront doués d’une réelle efficacités^.

Citons entre autres ce document : préparation et dose du parfum employé à Marseille^ pour la désinfection des maisons, chambres, meubles et marchandises^'*. « Pour faire un quintal de parfum, on prend du soufre commun, et de poudre à canon, de chacun quinze livres ; de poix résine et de poix noire, de chacune sept livres ; d’arsenic blanc, d’orpiment, de cinabre, d’antimoine et de réalgar, de chacun demi-livre ; de graines de lierre et de genièvre, de chacune quatorze livres. »

31. Eug. Mouton, François Banchin, op. cit., p. 63. Le P. de Tolon (Le capncm charitable, chap. vu, p. 278 à 285) entre dans mille détails au sujet des parfums! convenant aux objets précieux, tableaux, etc. Ces objets peuvent d’ailleurs être protégés par des étoffes. Voir aussi D"" Boucher, Acad, de Rouen, op. cit., p. 191. Besta, op. cit., fol. 31 et seq. (peste de Milan en 1576).

32. Il existe également des parfums pour les effets à purifier isolément. « N° 4 Prenez baies de laurier et de genièvre, de chacun quatre onces, aloës et succin, de chacun une once, bois de gaiac, et santal blanc, de chacun demi-once, enrens, labdanum et canfre, de chacun deux dragmes ; mettez en poudre pour faire brûler dans un petit réchaut sous un panier » (Pestalossi, médecin. Avis de précaution contre la maladie contagieuse de Marseille, in-8, 12 feuil., 203 p., Lyon 1721, p. 124. Peste de Digne, op. cit., p. 87.

33. Papou et Delamare donnent également de nombreux renseignements à ce sujet. De la peste, op. cit., II, p. 96 et suivantes. Traité de la police, op. cit., t. I®’', liv. IV, titre XIII, chap. xi, p. 665.

34. Les pièces hist. sur la peste de Marseille, op. cit., II, 1"® part , p. 7.

(( On fait torréfier les graines et on met le tout en poudre, bien mêlé ensemble ; on prend, pour faire la base du parfum, vingt- cinq livres de son torréfié, dans lequel on incorpore les drogues pulvérisées, avec la précaution essentielle pour celui qui les remue avec une spatule assez longue, d’être masqué ou d’avoir une glace sur le visage, de façon à ne pouvoir respirer aucune poussière de l’apprêt de ces poudres. »

Après les fumigations, les fenêtres restent fermées quelque temps, puis le Bureau de santé s’assure que le nécessaire est fait et chacun peut rentrer chez soi.

§4. — Du personnel chargé d'enlever les malades^ de purifier les maisons et d' ensevelir les morts.

Afin de prendre les mesures destinées à entraver les progrès de l’épidémie, les Bureaux de santé tiennent a être informés de tous les cas de contagion. Ils accueillent donc les indications qui leur sont données à ce sujet et n’hésitent même pas à provoquer et à payer les dénonciateurs

En cas de peste constatée, le transport à l’hôpital peut se trouver ordonné d’office, en dépit des protestations de la famille •et du malade lui-même. Le péril commun prime toute autre considération

35. « Eschevins, conseil et hiiict hommes, commis à la chambre de santé, ayans recognu estre très important pour empescher les progrès de la contagion, qu^eux ou leurs commis ayent une cognoissance prompte et exacte de tous ceux qui tombent malades enceste ville (Lille)... ordonnent bien sérieusement à tous chefs •de famille et tous autres leurs domestiques habitans en mesme demeure de faire incessamment rapport au commis à l’Hobette posée au pied de la maison eschevinale, des personnes tombées malades en leur demeure, telle qu’elle puisse estre, avec un certificat de docteur de la qualité de la maladie... à péril de 20 florins d’amende applicables un tiers au dénonciateur... » (Caplet, op. cit., pièces justificatives XVII et XVIII, p. 142-143).

36. Selon le règlement publié à Rennes, en 1563, les serviteurs employés au service des « contagiez, » « tout incontinent qu’ilz seront advertiz soit par le sergent de la contagion, garde ou provost de l'hospital, de se transporter tout promptement aux maisons inconvenientées, lever et tirer d’icelles les contagiez et iceulx par contra inc te si reffiis y a, conduire aux maisons depputées pour le traictement, nonobstant quelque résistance qu’on leur faict » (Delourmel, La peste a Rennes; op. cit., p. 11 et 12).

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

On organise donc des corps d’agents, appelés selon les contrées : corbeaux^ monatti^ maugoguets^ maulgognets^^ . Vêtus souvent de treillis noir, portant au pied une sonnette qui annonce leur approche, coiffés parfois d’un bonnet jaune, leur femme portant des « gorgias » de même couleur ; ces individus se trouvent recrutés parmi des gens disposés à risquer leur vie en vue d’un gain, même illicite

Ces hommes sont employés à trois opérations distinctes : 1® amener les malades à l’hôpital et les suspects à la maison de santé ; 2® désinfecter les demeures ; 3® ensevelir les morts.

On les divise généralement en brigades par quartiers, sous la conduite de capitaines ou de lieutenants de santé, chargés d’empêcher les abus, les vols et les rapines A Lyon, lors de la désinfection des immeubles, « le garde doit. dire aux parfumeurs, quand ils sortent de la maison, de vuider leur sac et poches, afin de faire voir ausdits parens que l’on ne leur emporte rien. » [L'ordre public^ op. cit.^ p. 49.)

Les capucins, si dévoués, peuvent parfois se charger de purifier les maisons^*, c’est un cas rare, et les corbéaux sont habi-

37. L’origine du mot monatti est controversée ; voir Ripamonti, liv. l®', § IS.. p. 69, et même ouvrage, édition Cusani, p. 54. En Bourgogne, en dehors du mot générique de Maugoguet ou Maulgognet, on désigne plus particulièrement sous le nom de saccards et de saccardes les individus chargés uniquement d’ensevelir les morts (Ganatde Chizy, Deux ans de peste à Chalon-sur-Saône, 1578-1579. Ouvrage publié en 1879, p. 21).

38. Clément-Janin, op. cil., p. 32 et 39 ; P. de Tolon, Le capucin charitable,. chap. XXII, p. 178; D‘‘ Missol, op. cit., p. 43.

39. Le P. de Tolon recommande que les corbeaux qui transportent les suspects soient différents de ceux qui transportent les pestiférés et ne se servent pas des mêmes voitures. Ceci est parfait en théorie, mais au milieu de l’affolement qui existe lors des épidémies graves, ces agents opèrent dans les tristes conditions retracées par Manzoni, décrivant, de main de maître, en ses Fiancés, le tableau de la peste de Milan.

40. Tous les ouvrages traitant de la peste sont remplis de récriminations sur les vols et les rapines de ces individus. Prudhomme, op. cit., p. 193 et suivantes; Papou, II, chap. xii, p. 67. Besta et Ripamonti signalent ; le moite ruberie, e rapine delli monatti. » Besta, fol. 31 a. Ripamonti, lib. I, in fine.

41. Il existe quelques confréries s’occupant avec zèle des pestiférés. Ainsi à Vilna l’évêque institue à cet effet la confrérie de Saint-Roch (17J3). A Varsovie, la confrérie de Saint-Benon prend naissance au début du xviii® siècle, et rend les plus grands services de 1708 à 1712 en prenant soin des orphelins si nombreux à la suite de ces épidémies (Documents manuscrits que l’auteur doit à l’inépuisablo obligeance de M. de Moldenhawer, de Varsovie).

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