‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 50 sur 197 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tuelleiTient ceux auxquels cette mission pénible est confîée^^. On tente, à Grenoble, d’obtenir un service loyal en leur faisant prêter le serment suivant (1533) : « Vous promectez et jurez sur les saintz Evangiles de Dieu de bien et loyaulment servir la ville à nectier les maisons infectes de peste... et de ne y rober rien,

de ne mectre ou porter rien ors desdites mésons , de ne

rompre ou ouvrir aucunes chambres, boticques, celiers, caves,

buffets et coffres que trouverés clos brusler petit à petit les

paillies des litz que nectierés, bien et deuement garder le feu.., sus peyne d’estre pandus et estranglés en ung gibet. » (Prudhomme, op. cit.^ p. 193.)

La convoitise est souvent plus forte que tous les serments ; la crainte de la mort, elle-même, n’arrête pas les corbeaux, nombre d’entre eux succombent en exerçant ce redoutable métier

Lors des épidémies, l’on défend habituellement d’ensevelir les défunts dans les églises, et l’on ouvre d’immenses tranchées où les cadavres s’entassent, recouverts de chaux vive

Le transport des corps doit avoir lieu la nuit ; il est fré-

42. A Milan, en 1576, il s’agit de désinfecter 1,563 maisons et 8,953 chambres; la dépense monte à 121.896 lires, sans compter ce qui reste à la charge des particuliers (Besta, op. cit., fol. 31a).

43. Prudhomme, op. cit., p. 193. A. Laval, Peste d'Arles, in-8, 1878, p. 34. Le nombre des fossoyeurs devient bien vite insuffisant, on crée à Osnabrück (1625) une confrérie de Saint-Laurent pour l’ensevelissement des morts (Lammert, p. 77). Les fossoyeurs se faisaient payer très cher et se recrutaient parmi les tziganes et les bohémiens. A Weimar, les enterrements sont faits par une vieille femme. Partout on signale des inhumations précipitées (Lammert, op. cit., p. 159).

44. Précis hist. de la peste de Marseille, op. cit., I, P« partie, p. 50. On connaît le dévouement du chevalier Roze faisant jeter dans d’anciens bastions les corps de centaines de pestiférés. « Mortuis accipiendis, excavatae ingentes et usque adaquam depressae fossae erant. Gongerebantur cadavera hue, super injecta in singulos ordines viva calce, ut caustica vis citius absumeret saniem illam etiam sub terra formidolosam vitae salutique communi, si qua jam esset publica salus, et vita. Nam, quô plus mortuorum quotidie egerebatur, tanto plus egerendum in singula penè momenta, evehendumque erat. » (Ripamonti, op. cit., I, § 15, p. 59, et édition Cusani, p. 46 notes).

45. « A l’appel de la cloche, les demeures où la peste avait fait quelques victimes s’ouvraient ; les corbeaux entraient, enlevaient les cadavres, les jetaient dans la charrette et poursuivaient leur route. Dans cette lugubre besogne, ils étaient aidés par le « nauchier des infects, » dont la penelle, amarrée derrière l’hôpital de la Madeleine, se chargeait chaque nuit des corps des pestiférés morts dans la journée » (Prudhomme, op. cit., p. 179-180; Clément-Janin, op. cit., p. 39),

LES MALADIES ÉPIDÉMIQUES

quemment l’occasion des scènes les plus horribles. Les morts sont nus, car les médecins déclarent que si les vêtements servent de véhicules ordinaires à la peste, le pestiféré, une fois décédé, n’engendre plus la contagion On tient donc à enlever aux monatti toute tentation de voler des vêtements destinés à être brûlés.

Ripamonti fait passer sous nos yeux le spectacle de ces chariots chargés de victimes : vieillards, enfants, jeunes filles, riches, pauvres, maîtres, serviteurs, tous dépouillés, jetés pêle-mêle, prêts à tomber sur la voie publique au moindre choc. « Divites, pauperesque nudi ; rara ad pudorem velamenta corporibus, et, si cui injectum fortè linteum fuerat, diripuerant, abstulerantque vespillones. Hujus brachia et crura, caput illius pendebat è carro, involvebaturque rôtis, et corpora tota passim humi provolvebantur. » (Ripamonti, lib. I, p. 71.)

Le cortège funèbre s’avance à la lueur incertaine de quelques torches, précédé de crieurs avisant les passants de s’écarter. « Gadavera plaustris evehebantur, antecedente apparitore, qui submovebat clamore homines, et obvium quemque elata voce monebat, facessere procul, abstinere contactu, vitare monattos. » (Ripamonti, op. cit.^ p. 59.)

Tels sont, bien en résumé, les faits qui se rattachent aux épidémies du XVI® au XIX® siècle. Le récit des dévouements que suscitent ces fléaux, ne sufht pas à effacer la douloureuse impression laissée dans nos esprits par ces calamités si fréquentes dont souffrent alors nos pères.

46. John Howard partage cette manière de voir : « It his remarkable, thatwhen the corpse is cold of a person dead of the plague, it does not infect the air by any noxious exhalations. This is so much believed in Turkey, thatthepeople there are not afraid to handle such corpses » {Lazarettos..., op. cit., p. 25).

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