‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 53 sur 197 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

puis le nombre des personnes atteintes de la lèpre diminuant d’une manière notable on les admet à parcourir les rues en mendiant leur pain -b

Les administrés de l’asile des petits malades de Verdun sont (1594) écartés des remparts de la cité à la distance d'un jet d’arquebuse ; Tannée suivante la situation devenant précaire on les autorise à quémander en ville durant les mois d’hiver

Les infortunés ladres peuvent aussi quêter dans les diocèses de Dax, Bayonne et Bazas (1620)

Notons qu’au milieu du xvi*^ siècle la lèj^re devenue, depuis long-temps déjà, une exception rare parmi les classes aisées, disparaît partout grâce aux mesures d’isolement et d’hygiène. Nous parlons ici de l’Europe centrale seulement

A Winthertur (Suisse) on compte alors en moyenne onze administrés. Ce chiffre s’élève un peu ensuite à cause de la concentration de malades provenant de maisons supprimées ; situation analogue dans toute cette contrée. A Voley, près Romans, on n’admet en cent ans que 25 hommes, 19 femmes, 21. enfants. La Aulle de Nîmes fournit 18 admissions de 1520 à 1580. Les comptes du receveur de Dijon relatent l'entrée de 12 ladres de 1559 à 1594, la plupart vivent de cinq à onze ans. Souvent la maladière chôme. Vers 1635 on ne reçoit plus personne.

L’asile de Notre-Dame de Beaulieu (près Caen) abrite quatre de ces malheureux (1540) ; même nombre à Nancy (1616). A Saint-Calais (1544); à Mézières (1574), trois personnes secourues ; un seul individu occupe la léproserie de Bourges à la fin du XVI® siècle; situation identique, Lisieux, 1557.

L'année 1635 une procession solennelle des habitants de Reims célèbre la disparition de la lèpre (Hildenfînger, op. cit.^ p. 233).

21. D*- Hecht, Les lépreux en Lorraine, Mém. Acad, de Stanislas, 1881 p. 141.

22. Buvignier, Les maladreries de Verdun, in-8, 59 p. Metz, 1862, p. 24-25. A la Iin du XVI® siècle, il n’existait d’ailleurs que sept lépreux dans cette maladrerie.

23. Barthety, L'hôpital et la maladrerie de Lescar, in-8, 41 p. Pau, 1880, p. 22.

24. « Le seul hôpital que j’aie vu pour leslépreux est dans l’île de Scio près delà ville de ce nom. B contenait environ 120 lépreux, tant hommes que femmes, logés séparément, dans une longue file de chambres, élevées un peu au-dessus du rez-dechaussée. Le site en est bon, et très agréable. La plupart des lépreux ont de petits jardins qui leur fournissent des fruits » (Howard, op. cit., in-8, vol. I, p. 187).

25 . Sprengel fixe la disparition de la lèpre en Europe à l’année 1624 ; il faut

DU SORT DES MALADRERIES

§ 2. — Du sort des maladreries.

Au fur et à mesure que le fléau s’atténue des individus paresseux s’efforcent de profiter des ressources qu’offrent les maladreries pour s’y faire admettre sans avoir la lèpre. Ce fait est universel ; de tous côtés les autorités locales luttent contre ces simulateurs.

On voit des individus présenter des plaies hideuses mais superficielles Le for de Basse Navarre condamne ces faux malades à être fouettés 27.

D’autres ne craignent pas de « fabriquer des lettres, d’y attacher des sceaux non moins suspects et de les appliquer à de faux bulletins du grand Aumônier de France 28. »

Ces établissements deviennent aussi trop souvent des lieux de retraite ou l’on ne rencontre ni véritables ladres, ni véritables infirmes. Une communication faite en 1892 au Comité des travaux historiques nous montre des descendants de lépreux occupant, sans droit, d’anciennes maladières jusqu’à la fin du XVIII® siècle 29.

étendre un peu cette limite car il en reste encore des vestiges dans la basse Provence et quelques vallées de la Suisse et du Piémont (D'' Ozanam, op. cit.^ IV, p. 133), A la Haye, quand la lèpre devient moins fréquente on accepte dans la léproserie, comme dans beaucoup d’autres, des pensionnaires ordinaires; déjà au commencement du XVI® siècle la moitié de l’établissement avait été affectée à cette destination. Vers 1730 le dernier lépreux disparut (Falkenburg, op. cit., p. 11).

26. Hecht, Les lépreux en Lorraine, op. cit., p. 137. Ambroise Paré mentionne des anecdotes de cette nature ; cité par Raulin : Les derniers maladesde la léproserie de Notre-Dame de Beaulieu ou grande maladrerie de Caen aux XVD et XU/7® siècles. In-8, 41 p. Caen, 1891, p. 38. « Et qu’il s’estoit vanté que, pourveu qu’il eust une heure libre auparavant que l’on le visitast, il sçavoit un moyen pour se faire enlever la chair et boutons qui le feroient infailiblement juger lépreux » (Hildenfînger, op. cit., note de la page 138).

27. « Toute persona qui contrefera esta lepros, no en estan, sera condamnât a esta fustigat perl’executo de la haute justicy, publiquement et exemplairement» (Barthéty, op. cit., p. 23).

28. Quatre lépreux faussaires en 4627, maladrerie d' Estampes. — Article de H. Stein. Annales de la Société hist. et arch. du Gâtinais, t. XVI, année 1897, p. J 85-187.

29. « L’auteur termine ainsi cette très intéressante communication :

« 1° Les colonies de lépreux survécurent à la disparition de la lèpre et se transformèrent en colonies de mendiants ;

« 2° Leur mélange à la population environnante n’eut lieu que fort longtemps après cette disparition ;

« 3° Par suite de cet isolement, les léproseries de provinces voisines étaient occu-

Par contre, des municipalités ont à repousser les prétentions, de Maîtres de léproseries qui, arguant des tentatives si fréquentes de simulations^ refusent de recevoir de vrais ladres, pour jouir d’une manière plus complète des revenus dont ils ont la garde 11 est facile dans ces conditions de concevoir l’état lamentable d’un nombre considérable de ces asiles ; de mesurer l’étendue des convoitises auxquelles donnent lieu ces domaines, ces terres, dont la destination utile n’apparaît plus aux yeux des seigneurs, des municipalités, des voisins toujours disposés à s’agrandir à peu de frais. Le tableau retracé par François (préambule de son édit du 19 décembre 1S43) ne semble pas exagéré.

Il se déclare averti par le grand aumônier, cardinal de Meudon, « du grand désordre qui de présent est aux maladeries et léproseries fondées d’ancienneté, dit-il, en nostre royaume, tant par nos prédécesseurs roys, ducs, comtes, barons et autres seigneurs, que par plusieurs autres bons, dévots et fidèles chrestiens, villes, chapitres et communautez, dont les fondations ont été interverties, les tiltres et Chartres perduës ou dérobées par les administrateurs et gouverneurs des dites maladeries, incurieux de leurs charges, qui ne résident aucunement sur les lieux, baillent les fruits et revenus des dites maladeries à ferme, délaissent les. édifices en ruines et décadences, chassent et estranglent les pauvres malades et lépreux ou leur font tel et si mauvais traitement qu’ils sont contraints d’abandonner le lieu et se rendre mendians par les villes et villages, retournant à la communauté et fréquentation des hommes, font plusieurs autres aliénations des revenus, biens et héritages des dites maladeries à leurs enfans, parens ou amis, et autres infinis abus^h »

Pendant plus d’un siècle, les Rois s’efforcent de remédier à cet état de choses et accordent à ce sujet au grand Aumônier, aux

pées au xviii® siècle par les mêmes familles ou des familles alliées entre elles... »• (Roger Drouault, Comment finirent les lépreux. Comité des Trav. hist. et scient. Bulletin hist. et philolog’., année 1902, n°® 1 et 2, p. 318 à 328).

30. A Saint-Florentin (Bourg-ogne) (1554) « le maître de la Maladerie persistait à ne point vouloir donner asile à des lépreux, déclarant que la lèpre avait disparu depuis longtemps, et que c'était une supercherie des magistrats qui voulaient l’obliger à soigner des malades dont le traitement était à la charge de la Cité » {Ann. de l'Yonne, 1851, p. 315).

31. Isambert, Recueil des anc. lois françaises, tome XII, p. 841.

DU SORT DES MALADRERIES

baillis, sénéchaux et autres juges, des pouvoirs fort étendus ^2. La solution naturelle et logique est cependant fort simple. Rappelons les termes d’un décret du Concile de Trente cité plus haut (XXV® session, décret de réform., chap. vin) : « Si lesdits Hospitaux sont fondez pour y recevoir une certaine sorte de pèlerins, ou malades, ou autres personnes d'une certaine qualité ; et que dans le lieu où sont lesdits Hospitaux, il ne se trouve pas de telles personnes, ou qu’il n’y en ait qu’un fort petit nombre : que les revenus en soient convertis en quelque autre pieux usage, eyui approche le plus quilse pourra du dessein de la fondation^ et qui soit le plus utile selon le temps et le lieu . »

Que l’on convertisse donc, si cela est possible, les ladreries en asiles affectés aux personnes atteintes de maladies de la peau, ou qu’on fasse entrer ces maisons restées sans emploi dans lo domaine des établissements hospitaliers de la région.

Cette solution est loin d’être adoptée partout. Des maladreriessont reprises par leurs fondateurs; d’autres, envahies sans droit, vont se perdre dans le morcellement indéfini des propriétés particulières ; bon nombre disparaissent lors des troubles intérieurs, et des guerres religieuses

32. Nous aurons l’occasion dans le présent ouvrage d’étudier en détail toute cette législation qui n’est pas spéciale aux léproseries, mais comprend l’ensemble des Établissements hospitaliers. En ce qui concerne les léproseries, le grand aumôniercommet à la fin du xvi® siècle des visiteurs recevant de forts émoluments, ainsi qu’en témoigne la pièce suivante faisant partie de nos collections ; « Renault de Beaune, patriarche, archevesque de Bourges, conseiller d’estat du roy et grand aumosnier de France, au premier huissier ou autre sergent royal sur ce requis, salut. Nous, en vertu de notre pouvoir à cause de notre dit estât de grand aumosnier, vous mandons et ordonnons par ces présentes que, à la requeste de Lazare Grouin, soliciteur et visiteur des lépreux, maladeries, hospitaulx et autres lieux pitoyables de ce royaume, vous faictes exprès commandement de par nous au maistre administrateur de la maladerie Saint Lazare de Baugency, les fermiers ou commis d’icelle, qu’ilz ayent à payer et fournir doresnavant par chascun an audit Grouin, soliciteur, la somme de six vingtz livres t. que nous luy avons ordonné pour ses gages et pension de soliciteur et visiteur desdits lépreux, à commencer, de mois en mois, par esgalle portion, à la manière accoustumée, et du jour que la présente sera signifiée aux administrateur, commisseres ou fermiers d’icelle maladerie, jusquesà ce qu’aultrement en soyt par nous ordonné, et à leur refuz ou delay contraingnez les par saisie, prise et vente de leurs biens meubles, nonobstant oppositions ou appellations quelconques et sans préjudiced’icelles, le tout à leurs despens sans prendre par vous aucun salaire dudit Grouin, saulf leur recours sur le revenu d’icelle maladerie. Donné à Chartres soubz nostreseing et cachet le xii® jour de mars mil cinq cens quatre vingtz quatorze. >>

Signé : Ar. de Bourges, grand aumosnier.

33. « Pendant les guerres civiles et religieuses qui, dans la seconde moitié du

En Italie, nous pouvons cependant constater des exemples de la mise en pratique des prescriptions du Concile de Trente.

Il existe près de Rome, dans le voisinage de Monte Mario^ une maison affectée au traitement des lépreux et réunie, quant à l’administration, à l’hôpital du Saint-Esprit. La tradition fait remonter l’origine de cet asile à un povere Francese lehbrosOy vivant sous le Pontificat de Grégoire VIII

Les lépreux deviennent rares, on commence à traiter dans cet hospice les pauvres enfants atteints de la gale et de la teigne ^5.

A Florence, au xviiF siècle, la ladrerie ayant disparu presqu’ entièrement — essendo diminuito se non affato cessato, il numéro dei lebbrosi che si trasportavano, allô spedale di S. Jacopo a S. Eusebio — cet asile construit dans une localité bien aérée, proche de la ville, se trouve affecté au traitement de la gale et d’autres maladies similaires : « Alla cura délia rogna e di altre consimili malattie délia cute »

La grande maladière de Saint-Moritz (Zurich) devient un hospice recevant des vieillards, des infirmes, des incurables ; on y donne également des bains aux malheureux (Bühler, op. cit.^ p. 78)37.

XVI® siècle, couvrirent le Dauphiné de sang et de ruines, tous les établissements religieux et hospitaliers de Romans furent dévastés et incendiés ; la maison des lépreux même ne fut pas épargnée. Les Huguenots s’en emparèrent en 1567. » (D'’ A.-Uly. Chevalier, lYot. Iiist. sui' la maladrerie de Voley près Romans, in-8, 1870, ix-166 p., p. 52). L’hôpital de Sainte-Marie-Madeleine de Gotha est perdu pour l’ordre de Saint-Lazare, le sénat de cette ville étant devenu luthérien. « Il en est de même des couvents de Séedorf et de Gfenn, parce que le schisme, dont Zwingle était l’apôtre, dominaiten Suisse. Gfenn, profanéeet brûlée, devient une simple métairie, et Séedorf, quoique situé dans un canton resté catholique, passa, avec l'agrément du pape Paul IV, sous la règle de Saint-Benoit (Vignat, Les lépreux et les chevaliers de Saint-Lazare de Jérusalem et de N.-D. du Mont Carmel, in-8, ix-456 p. Orléans, 1884, p. 193).

34. « Délia prima fondazione di questo pio luogo, ne chi l’habbia edificato, non v’ha veruna certa memoria ; ben si sà, e si scorge essere antico più di 200 anni, con una tradizione havuta sino al tempo di Papa Gregorio VIII che ove si trova questo spedale vi era una publica osteria, e che un povero Francese Lebbroso con i denari, che délia pietà de' fideli havcva raccolto in molti anni, vi eresse il medesimo spedale e vi mori. » (Abb. C. Piazza, Opéré pie di Roma, in-8, in Roma, 1679, cap. IV, p. 18-19).

35. Cardin. Morichini, Deyliistiliiti di carità in Roma. Ediz., novissima, in-8.

Roma, 1870, Lib. I, cap. vi, p. 162.

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