‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 55 sur 197 · Guidault, op. cit., p · texte numérisé non relu

Guidault, op. cit., p

DU SORT DES MALADRERTES

nement des maistres d’école et pauvres catholiques des paroisses où les établissements sont assis »

Ces derniers cas deviennent d’ailleurs assez rares et si l’on dépouille un ouvrage publié en 1705^3, relatif à ces unions, on trouve l’indication de près de douze cents léproseries ou maladreries réunies à des hôpitaux en plein fonctionnement ou dans lesquels l’hospitalité est rétablie Ce chiffre n’est, d’ailleurs, qu’approximatif; en effet l’état porte parfois le mot hôpital ou maladrerie ; on y rencontre aussi mention de l’union de toutes les léproseries d’une circonscription sans que leur nombre soit indiqué

Il s’agit fréquemment d’une ou deux léproseries rattachées à un asile déterminé. On trouve cependant des hôpitaux appelés à jouir, nous venons de le dire, des biens d’ungroupe de maladières. Citons au hasard l’Hôtel-Dieu de Château-Thierry et celui de Soissons

52. De Beaurepaire, Rech. sur Vlnstr. pub. dans le diocèse Rouen avant USO, in-8, tome II, 1872, p. 7.

53. État ffènéral des Unions faites des biens et revenus des maladeries, léproseries, aumôneries et autres lieux pieux, aux Hôpitaux des pauvres malades. En exécution de l’Édit du Roy, du mois de mars ; et des déclarations des quinze du même mois et vingt quatre aoust 1693, divisé par diocèses et par ordre alphabétique. In-4. Titre, un feuillet, 204 p., table. Paris, Denys Thierry, MDCGV. Cet ouvrage est fort rare. Notre exemplaire comprend, dans une même reliure, avec paginations distinctes, les édits et déclarations cités.

54. Exemple, diocèse de Chartres ; « Par arrest du Conseil du neuf mars 1696 et Lettres patentes registrées au Parlement de Paris le 4 septembre 1697, il est ordonné que l’hospitalité sera rétablie pour les pauvres malades à l’Hôpital ou Hôtel-Dieu de Bonne val ; auquel à cet effet les biens et revenus delamaladerie de Saint-Gilles de Bonneval ont été unis. » (État, op. cit., p. 63).

55. Diocèce de Rouen (État, op. cit., p. 156). « Par un autre arrest du conseil du sept may 1700, il a été ordonné que les Maladeries et Léproseries qui sont dans l'étendue du gouvernement du Havre de Grâce, biens et revenus en dépendans, demeureront unis à l’Hôpital Général et Hôtel-Dieu de Saint-Jean-Baptiste, de la ville du Havre de Grâce. »

56. État, op. cit., p. 172. « Il est ordonnéque l’Hôtel-Dieu de Chasteau-Thierry jouira des biens et revenus des Maladeries : de Ghezy-en-Orcois, Charly, Champruche, Blesmes et Chery, Chezy l’Abbaye, Dormans, Estampes et Nogentel, Verneuil-sur- Marne, Aunoy et Essomme, Crezancy, Condé-en-Brie, Montlevon, Essise et Montfaucon, Lhuis, Cohan, Houssé, et du Mont Notre-Dame. »

L’Hôtel-Dieu de Soissons « jouira pareillement des biens et revenus des Maladeries de : Vaydon paroisse de Marcin, Bussy-sur-Aisne, Vailly, Presle la commune, Artennes et Tigny, Pontarcher, Fontenay et Ollye, Cauroy, Condé-sur- Aisne, Acy, autrement Puy d’Ambrière, Bernüeil à la Joie, Vis-sur- Aisne, Vezaponin et Tartier, Vassan-le-Mesnil, Auti’eche, de l’Hôtel-Dieu et de la Maladerie de Bazoches, et de l’Hôtel-Dieu du Mont-Notre-Dame. » P. 172-173.

Pour arriver à ces résultats partiels il nous faut traverser, en France, une période de 21 ans pendant laquelle les biens des îualadreries sont détournés de leur destination. C’est un épisode intéressant qui mérite de nous arrêter un instant.

§ 3. — De r union des nialadreries à Vordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare^’^ . Décembre 167*2. Mars 1693.

A la fin du xv® siècle, les chevaliers de Saint-Lazare voient décroître leur antique institution. Innocent VIII va même jusqu'à attribuer les biens de cet ordre aux chevaliers de Saint- Jean (1490). Cette décision n’est pas reconnue par les rois de France.

Pie IV se montre bienveillant pour ces hospitaliers de Saint- Lazare, une bulle du 7 des calendes de juillet 1560 confirme les privilèges dont ils jouissent depuis tant d'années ; néanmoins ce Pontife tente plus tard de transférer en Italie le siège de l’ordre et nomme Grand maître son neveu, Jeannot de Castillon, déjà commandeur de la Maladrerie de Capoue (1565) (Vignat, op. cit., p. 198)58.

Pie V par la Bulle sicuti bonus agricola (1567) s’empresse de rétablir en France le siège de cette milice, ce qui n’empêche pas son successeur Grégoire Xlll d’attribuer au duc de Savoie la dignité de Grand maître général de Vordre de Saint-Maurice et de Saint-Lazare. Cette nouvelle tentative reste sans effet.

Quelques années plus tard, Paul V approuve sur la demande

57. Factum pour les sieurs grand Vicaire Général, Cornm. et cher., de Vordre de Notre-Dame du Mont-Carmel... demandeurs en requeste, et defféndeiirs contre Maistre Jacques Vatel, possesseur de la Maladerie du Grand- Beaulieu de Chartres... in-fol., 186-23 p. Paris, 1675. — Mém. servant de réponses et d’éclaircissemens aux difficultés qui ont été faites par messieurs les commissaires du Conseil touchant Vordre de N.-D. du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, in-fol., 26-5 p., 1692. — Gautier de Sibert, Hist. des ordres roy. hosp. et milit. de N.-D. du Mont- Carmel et de Saint-Lazare. 2 vol. in-8, 1772. — Essai critique sur Vhist. des ordres royaux hosp. et milit. de N.-D. du Mont-Carmel, etc., in-8, 259 p. Liège et Bruxelles, 1775. Code des lois, statuts et règlemens des ordres royaux milit. et hosp., etc., in-4, xvi-285 p. Paris, 1783. Vignat, op. cit., 1884.

58. Cette bulle : inter assidiias, maintient du reste toutes les prérogatives anciennes de l'Ordre.

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du roi Henri IV, la création de l’ordre de Notre-Dame du Mont- Carmel auquel celui de Saint-Lazare est uni (1608)^9^

Enfin une bulle « du Cardinal de Vendosme, Légat a Latere en France » donnée à Paris (juin 1668) confirme les exemptions et privilèges des deux ordres unis, et maintient cette union accomplie tant par le brevet du roi Henri IV — dernier octobre 1608 — que par une déclaration de Louis XIV du mois d’avril 1664 [Code des lois, statuts...^ op. 132).

Sous le règne de Louis XIV, les chevaliers de Saint-Lazare se consacrent tout particulièrement à la guerre maritime ; leurs frégates sont autorisées (1666) à naviguer le long des côtes de France, d’Angleterre, d’Espagne, « Barbarie et autres lieux )>, pour courir sus les ennemis de l’Etat, les pirates, les corsaires et gens sans aveu, en se conformant toutefois aux lois de la guerre et aux règlements de la Marine et de l’Amirauté (Gautier de Sibert, op. cit., H, p. 97).

Deux navires \di Notre-Dame du Mont-Carmel et le Saint-Lazare sont équipés, le port d’attache est Saint-Malo, la flotte s’accroît; nombre de chevaliers se couvrent de gloire lors des luttes contre les Anglais (1666-1668).

Louvois encourage ces entreprises et sous son inspiration Louis XIV rend le célèbre édit de décembre 1672.

Le Roi déclare qu’il fait construire un hôtel magnifique « proche et au-dessous de sa bonne ville de Paris » en vue de subvenir aux besoins de ceux qui ayant « consumé tout leur bien et leur âge à servir dans les armées, se trouvent hors d’état, par caducité, ou par les incommodités que les blessures qu’ils ont reçues leur causent, de pouvoir subvenir à leurs besoins. » Mais que

59. « Henri IV, de l’avis de son Conseil, unit l’ordre de N.-D. du Mont-Carmel avec celui de Saint-Lazare... Depuis ce temps, ils ont continué d’être réunis, sans cesser de subsister l’un et l’autre, de manière que les grâces qui leur ont été accordées ont toujours été communes, que le titre de Grand Maître de l’un a toujours été inséparable de celui de Grand Maître de l’autre, et que les chevaliers sont également chevaliers de Saint-Lazare et de Notre-Dame du Mont-Carmel » (Gautier de Sibert, op. ciL, II, p. 17-21).

60. « Les chevaliers, libres de choisir l’espèce de service pourlequel ils avoient une inclination plus marquée, étoient employés sur terre et sur mer, et dispersés dans tous les corps, infanterie, cavalerie, génie, artillerie » (Gautier de Sibert, op. cit., Il, p. 153).

cela ne suffît pas. Qu’il lui semble convenable d’affecter « des biens et revenus de quelque ancien Ordre dans l’Eglise et le Royaume « à donner des pensions et des commanderies « aux gentilshommes et officiers « s’en rendant dignes par leurs services.

Pour exécuter ce dessein le roi fait choix de l’Ordre de Saint- Lazare de Jérusalem, hospitalier et militaire, uni à celui du Mont- Carmel ; dont bon nombre de biens sont envahis « par l’envie et l’avidité de plusieurs autres Ordres séculiers et réguliers, communautés et particuliers. »

Louis XIV confirme « au dit ordre tous et chacun les biens, droits, privilèges et maladreries, léproseries, commanderies, prieurés, hôpitaux et autres lieux et bénéfices qui leur appartiennent. »

Il lui concède en outre, « toutes les maisons, droits, biens et revenus ci-devant possédés par tous autres Ordres hospitaliers, militaires, séculiers ou réguliers, éteints, supprimés et abolis de fait ou de droit dans le Royaume ... Il lui unit pareillement « l’administration, et jouissance perpétuelle et irrévocable de toutes les maladreries ^ léproseries et commanderies, ensemble tous les hôpitaux, Hôtels-Dieu, Maisons-Dieu, aumôneries, confréries, chapelles hospitalières et autres lieux pieux, soit qu’ils soient possédés en titre de bénéfice, ou simples administrations, où V hospitalité 11’ est ou n a pas été ci-devant gardée^ suivant les conditions de leur fondation. »

« Pour les dits biens et revenus ainsi réunis au dit ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, dit le Roi, en être par Nous formé des Commanderies, desquelles nous et nos successeurs Rois entendons avoir, en qualité de chef souverain du dit Ordre, l’entière et pleine disposition en faveur des officiers et soldats de nos troupes qui se seront fait admettre dans le dit Ordre, et sur icelles, y affecter telles pensions qu’elles pourront et devront porter, pour en gratifier d’autres officiers. »

(( Voulons aussi, ajoute Louis XIV, et entendons que sur les dites Commanderies soient pris, par forme de resjDonsion et

61. « Spécialement les Ordres du Saint-Esprit de Montpellier, de Saint-Jacques de l’Épée et de Lucques ; du Saint-Sépulchre, de Sainte-Christine de Soniport, de Notre-Dame dite Teutonique, de Saint-Louis, de Boucheromont et autres. »

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contribution, les deniers nécessaires pour aider et subvenir à l’entretenement des hôpitaux de lios armées et places frontières, où seront reçus tous officiers et soldats blessés et malades, ayant jugé cette application plus conforme aux intentions des fondateurs des lieux pieux, à présent qu'il ny a presque plus de lépreux dans le Royaume.

« Voulons néanmoins que ceux qui se trouvent encore atteints de cette maladie, soient logés tous dans un même lieu et entretenus aux dépens du dit Ordre, suivant l’institution d’icelui^^. »

Les possesseurs des biens visés par l’édit sont tenus de remettre leurs titres aux Procureurs de l’ordre. « Une chambre composée d’officiers des plus considérables du Conseil », est chargée de jugçr, en dernier ressort, les différends qui peuvent naître de ces dispositions

Des milliers de procès s’élèvent en effet sur toute la surface du territoire ; inutile d’entrer dans ce maquis de la procédure Tant que Louvois, vicaire général de l’ordre (février 1673), peut imposer son autorité, les chevaliers de Saint-Lazare poursuivent avec succès le cours de leurs revendications Après la mort de

62. L’établissement choisi est la maladrerie de Saint-Mesmim près d’Orléans (30 septembre 1678).

63. Cette chambre comprend: 5 conseillers d’État, 7 maîtres des requêtes, 3 conseillers du grand Conseil (Gautier de Sibert, op. cit., II, p. 141). Le Roi rappelle qu’en vertu de TUnion de 1608 les deux ordres n’en composent plus qu’un, les privilèges étant pour les chevaliers de posséder, quoique mariés, des pensions avec toutes sortes de bénéfices. Les chevaliers peuvent même se remarier une fois veufs. « Etiam conjugatis elbiqamis. » (Bulla Pii Papæ IV. Inter assiduas 1565, § 48) — « Etiam uxoratiset bigamis» (nontamen trigamis). Bulla Pauli Papæ V (1607), §9.

64. Jaillot écrit au sujet d’une de ces unions : « Je ne rappellerai point les deux réunions qui furent faites de cette Église et de l’hôpital [Saint-J acques-aux-pèlerins) à l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare, par les édits des mois de décembre 1672, et d’avril 1722, ni des contestations qui se sont élevées à ce sujet ; ce récit fastidieux de procédures ennuyer oit certainement ceux de mes lecteurs qui n'y prennent aucun intérêt ; ceux qui auroient quelque curiosité à cet égard en trouveront le détail dans la Description de M. Piganiol, t. III, p. 339 et suiv. » (Jaillot, Rech. crit. sur la ville de Paris, IX® quartier, Saint-Denys, p. 75).

65. « On forme, en 1680, des hôpitaux et maladreries réunies, 140 commanderies divisées en deux classes, sous cinq grands prieurés de chacun six mille livres : Normandie, Bretagne, Bourgogne, Flandre, Languedoc » (G. de Sibert, op. cit., II, p. 150). Ces biens fournissent plus de 400.000 livres de revenus. « L’emploi en est consacré à la création de nouvelles écoles de marine, et à l’armement de plusieurs escadres ; le pavillon de Saint-Lazare se montre glorieusement dans toutes les mers.» (Vignat, op. cil., p, 275). On se plaint dans diverses localités qu’une fois en possession dé certains établissements, les chevaliers de l’ordre de Saint-Lazare les

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