‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 56 sur 197 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

leur puissant protecteur (1691) bien des gens éclairés se demandent si Tesprit des fondations est respecté. Des mémoires so publient ; le Roi nomme des commissaires chargés d’examiner les raisons invoquées pour et contre l’édit de 1672.

Les uns disent : Est-il naturel d’employer ces fonds hospitaliers à l’entretien d’officiers mariés, et à des dépenses de guerre? D’ailleurs les Gommanderies, formées de biens dispersés sont d’une gestion difficile et engagent leurs possesseurs dans des procès inévitables^'^.

D’autres font ressortir « que l’exemple de 200 officiers récompensés par des Gommanderies, en retient deux mille au service, qui s’exposent librement lors des occasions les plus périlleuses, dans l’espérance qu’ils ont d’obtenir quelque jour par leurs services les commanderies de l’Ordre venant à vaquer »

Les efforts des défenseurs des chevaliers restent vains ; un nouvel édit de mars 1693 « désunit de l’ordre de Notre-Dame de Mont-Garmel et de Saint-Lazare, les maladeries, léproseries, Hospitaux, Hostels-Dieu, Maisons-Dieu, Aumosneries, confrairies, chapelles hospitalières et autres lieux pieux du Royaume, mesme

font démolir et en vendent les pierres. « Et mesme, le nommé Pierre de Langre se disant admodiateur dudit hôpital, de la part de M. Clésieux, qui s’en dit commandeur et propriétaire, auroitfait desmolir jusques aux fondements les anchiens bâtiments qui estoient fort solides et la plus saine party bastye de très-fort belles pierres de taille degrés... » /nr., ville d'Hauhourdin^ in-1, 1906, p. 58 ; Arch., hospitalières, A, 2.

66. Juillet 1691, mort de Louvois, « la noble milice de Notre-Dame et de Saint- Lazare perdit an chef, an protecteur, un père. » (Gautier de Sibert, op. cit., II,

67. « Ces sortes de biens consistoient pour la plupart, en de petites pièces de terre éparses en divers endroits, fort éloignées les unes des autres, et le plus souvent envahies par les propriétaires des terres voisines. D’un autre côté, il falloit faire des réparations aux Commanderies, et soutenir les droits; choses quinepouvoient s’exécuter par des officiers employés dans les armées » [Essai critique, op. cit., p. 196).

68. Mémoire servant de réponses ... , op. cit.. Preuves, p. 5. • Sa Majesté a retiré ces biens d’entre les mains des usurpateurs, et a composé des Commanderies de l’ordre de Saint-Lazare pour l’entretien et la récompense des gentilshommes et des officiers de ses troupes ; c’est la plus juste et la plus glorieuse charité que le Roy puisse faire, que de soulager des officiers de condition et de m.érite, qui ont employé leur jeunesse, qui ont esté estropiés, et qui ont consommé leurs biens au service de l’Estat. Salomon a reconnu cette véi’ité dans l’Ecclésiaste ; il dit que nulle chose ne l’afflige davantage que devoir un homme de guerre dans l’indigence, et manquer de tout ; ce sont les premiers et les plus illustres pauvres de TEstat, et qui méritent le plus d’estre secourus [même mémoire, p. 19).

DU SORT DES MALADRERIES

ceux destinés pour les pèlerins ou autres passans, unis au dit ordre en vertu de l'Edit du mois de décembre 1672. »

(( Messieurs les Archevêques et Evêques, et messieurs les Intendans et Commissaires départis dans les provinces » doivent voir si la situation des établissements « permet d'y rétablir l’hospitalité, ou s’il n’est pas plus à propos d’en joindre un certain nombre ensemble pour en composer un chef-lieu où les pauvres des environs puissent se retirer dans leurs maladies pour y estre secourus ; ou si enfin il ne convient pas mieux de les unir à quelque hôpital déjà fondé dans une ville voisine où l’hospitalité est actuellement exercée, mais où néanmoins le secours n’est pas aussi considérable qu’il seroit nécessaire par le peu de valeur des biens dont il jouit »

La commision nommée le 15 avril 1693 pour suivre l’application de l’édit de mars précédent est dissoute le 8 juillet 1705 sa mission « étant entièrement exécutée. » « Tous les dits biens et revenus désunis de l’ordre de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare, dit l’arrêt du Conseil, sont employés à rétablir l’hospitalité en plusieurs lieux, ou destinés à l’établissement de nouveaux hôpitaux, et unis aux hôpitaux des pauvres malades des lieux où les dits biens sont situés, dans lesquels l’hospitalité est actuellement gardée. «

La logique et le bon droit finissent par triompher, les règles du Concile de Trente reçoivent leur application, et les biens des pauvres ne se trouvent plus détournés pour fournir à l’entretien de gentilhommes, ayant, il est vrai, noblement servi le pays, mais auxquels des pensions de l’Etat conviennent mieux sous tous les rapports.

§ 4. — F.es cagots, gahets^ caqueux^ etc.

Nous ne saurions terminer ce chapitre sans mentionner ces races de parias, peut-être descendants des lépreux, que l’on

69. Mémoire pour Messieurs les archevêques et évêques, etc., sans date, 1695. Pièce annexe à l'État général des Unions.., opcit.

nomme selon les régions : cagots^ gahets^ cassots, crestias^ chrisiians, cagneux^ cacous, agots, etc.

Tenus à l’écart ces malheureux doivent entrer à l’église par une porte spéciale, ne point approcher des fidèles pendant les offices et les processions. Des bénitiers particuliers leur sont affectés, il en existe encore de nombreux spécimens dans la région pyrénéenne.

On les voit fréquemment exercer la profession de charpentiers.

Selon la coutume de Béarn, rédigée en 1351, les cagots ne peuvent se mêler à leurs concitoyens et les hanter familièrement, leurs habitations sont séparées (F. Michel, op. cit., tome I,, chap. Il, p. 202-203).

Un arrêt du Parlement de Bordeaux (14 mai 1578) ordonne aux officiers et consuls de Casteljaloux de faire porter aux capots et gahets de leur villej« un signal rouge à lapoictrine en forme de pied de guit (canard) » sous peine d’une amende et du fouet

Les statuts de Bourdeaus (1612, op. cit., p. 70) s’occupent aussi de ces infortunés : « Est statué, que aucun de ceux que l’on nomme Chrestiens et Ghrestiennes, ou autrement Gahets, de quelques lieux qu’ils soyent, ne pourront sortir hors leurs, maisons ou habitations^ ne entrer en la présente ville, pour aller par les rués, sinon qu’ils portent une enseigne de drap rouge de la grandeur d’un grand blanc, cousuë et bien attachée au devant de leur poictrine, et en un lieu descouvert et apparent, et qu’ils n’ayent les pieds chaussez, sur peine du fouët, ou autre amende arbitraire. »

Le docteur Hech [Les lépreux en Lorraine^ op. cit.^ p. 155)

70. « En France où ils se trouvaient en grand nombre, ils étaient dissémi nés. dans la Basse-Navarre, le pays Basque, le Béarn, la Gascogne, la Guienne, le Bas-Poitou, la Bretagne et le Maine ; en Espagne ils étaient réunis dans la Haute-Navarre et plus particulièrement dans la vallée de Baztan... S’ils sont inconnus dans la Biscaye, il n’en est pas de même pour le Guipuzcoa... » (Francisque Michel, Hist. des races maudites de la France et de l'Espagne, 2 vol. in-8, 1847, t. I, chap. i, p. 71.)

71. Ulys. Robert, Les signes d'infamie au moyen âge. Paris, 1891, p. 146 et suivantes.

DC SORT DES MALADRERIES

voit en ces parias des ladres blancs ou faux-ladres^ atteints de la lèpre blanche^ affection beaucoup moins grave que la lèpre ordinaire.

Le chanvre, écrit Léon Maître [V assistance dans la Loire- Inférieure^ p. 33), est la seule marchandise que les lépreux peuvent impunément toucher en Bretagne; les caqueux du xv® siècle restent donc cordiers comme leurs ancêtres. Ceci explique pourquoi, encore aujourd’hui, ceux qui exercent ce métier’ devenu vil, rencontrent, en certaines localités, des difficultés réelles à se marier. On ne doit pas originairement baptiser ces infortunés dans les églises (Trévédy, La léproserie de Quimper. Les caqueux devant le Sénéchal de Quimper en 1667. In-8, 24 p. Quimper, 1884).

A l’heure actuelle rien ne distingue la descendance des anciens cagots du reste de la population. Tous ceux que la tradition marque de ce stigmate et qui vivent dans de bonnes conditions hygiéniques, sont sains et vigoureux.

Ces préjugés populaires tendent ainsi à devenir un simple souvenir ; souvenir cependant pénible lorsque l’on songe à la situation faite durant des siècles à ces races maudites du midi et de l’ouest de la France.

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