DES CAUSES QUI INFLUENT SUR L’EXTENSION DU PAUPÉRISME DE 1515 A
Il semble utile de résumer ici en quelques pages les causes diverses qui, au cours de ces trois siècles, influent d’une manière plus ou moins continue sur le développement de la misère en Europe. C’est un simple memento destiné à fixer les souvenirs du lecteur et à éviter les redites.
Nous trouvons d’abord : la continuation des guerres d’Italie ; la longue suite des luttes sanglantes amenées par l’ambition de François et de Charles-Quint ; les discordes que suscitent les Princes réformés d’Allemagne.
Est-il nécessaire de rappeler le sac de Rome par l’armée de Charles de Bourbon, composée de mercenaires allemands et espagnols? « Elle surpasse en cruauté, en rapines ignobles, tout ce dont avaient pu se rendre coupables les hordes barbares tant de fois triomphantes dans la même Cité. » (Janssen, op. cit.^ III, ch. vu, p. 139.)
L’Italie est alors pillée, rançonnée tour à tour par quatre nations étrangères.
Guerre atroce de paysans grisés par les doctrines de la Réforme contre les seigneurs qui finissent par les écraser (1525). Le théâtre de ces combats comprend l’Alsace, la Lorraine, le Tyrol, la Carinthie, la Styrie. Comme conséquence fatale, lamisère^.
1. « Sus, sus, écrit Luther, princes aux armes ! frappez, percez ! Le temps merveilleux est venu où un prince peut, en massacrant les vilains, mériter le paradis plus facilement que d’autres en priant. » (Cité par Cantu, Hist. Univ.j livre XV, chap. XVII, p. 48).
140 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. LIVRE II. CHAPITRE l""**
(( Que de lois, dit un auteur du xvi*^ siècle- ; que de règlements nos luthériens n’ont-ils pas faits contre les moines quêteurs, les écoliers indigents, les pauvres, les pèlerins, disant qu’ils ne souffriraient plus ce peuple de mendiants dans leurs villes! Que leur semble, à présent, de l’état des choses? Dieu permet, pour notre punition à tous, que, pour un mendiant, nous en ayons vingt, trente, ou même davantage. »
A cette époque Soliman ravage l’est de l’Europe, durant près de quarante années. Ses campagnes multiples en Hongrie, le siège de Vienne (1529), ne forment que des épisodes de ces invasions incessantes. C’est par milliers que des esclaves chrétiens, enlevés à leurs pays dévastés, sont conduits à Constantinople.
La guerre se poursuit sous Henri H avec l’Espagne et n’est terminée que par le traité de Cateau-Cambresis (1559).
Sous les fils de ce prince commencent les guerres religieuses qui mettent la France au pillage (1562, bataille de Dreux), les partis en présence ne savent qu’exercer de cruelles représailles; l’assassinat de Henri 111 est le point de départ de nouvelles discordes qu’éteint l’abjuration de Henri IV (1593).
Pauvre France exposée aux excès des armées, aux passages des troupes; toutes les provinces souffrent. En Anjou (1561) « les maux causés par les huguenots sont incalculables »
Ces luttes civiles « rejettent sur les villes, une foule d’éléments misérables qui, chassés sans relâche, ne cessent d’y refluer malgré toutes les précautions prises pour les éloigner »
2. Cochlæus. Cité par Janssen, op. cit., II, chap. v, p. 595.
Pour la situation réellement prospère du paysan allemand avant la Réforme, voir J. Janssen, op. cit., I, p. 300 et suivantes.
3. Joubert, Étud. sur les misères de l'Anjou aux et XVh siècles, in-8, 1886, p. 34.
4. Maugis, Rech. sur les transformations du régime politique et social de la ville d'Amiens. In-8, 1906, p. 501. L’auteur ne parle que d’Amiens mais il faut généraliser. « La Haute Auvergne fut horriblement déchirée et ravagée en tous sens pendant plus de 20 ans, mais surtout de 1580 à 1590 (Boudet et Grand, Étud. hist. sur les épidémies de peste en Haute Auvergne, in-8, 1902, p. 82). « Depuis trente ans que, sous le prétexte de querelles religieuses, la France est abandonnée aux haines privées et livrée aux aventuriers de tous les pays, il n’y a plus ni sécurité, ni bien être. En suivant les routes déformées les voyageurs n’aperçoivent que maisons en ruine et villages détruits » (H. Forneron, Hist. de Philippe //, t. IV, chap. v, 1592-1594, p. 185-186).