‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 58 sur 197 · LE PAUPÉRISME DE 1515 A · texte numérisé non relu

LE PAUPÉRISME DE 1515 A

A Avignon (1597) l’aumône générale nourrit jusqu’à huit mille pauvres

Trop souvent la religion n’est que le prétexte, les factions politiques, la soif de s’enrichir, arment les bras ; Michel de Castelnau écrit avec raison : « Le Royaume depuis ces guerres civiles est exposé à la mercy des peuples voisins et de toutes sortes de gens qui ont désir de mal faire, ayans de là prins une habitude de piller les peuples et de les rançonner, de tous aages, qualitez et sexes, saccager plusieurs villes, raser les églises, emporter les reliques, rompre et violer les sépultures, brûler les villages, ruiner les chasteaux, prendre et s^emparer des deniers du Roy, usurper les biens des ecclésiastiques, tuer les prestres et religieux, et bref exercer par toute la France les plus détestables cruautez. »

Le même écrivain nous montre, avant ces troubles, l’agriculture plus prospère en France a qu’en aucun autre royaume, comme le jardin du monde le plus fertile. » Après ces dévastations cette même agriculture délaissée : a les villes et villages en quantité inestimable, estans saccagez, pillez et brûlez, s’en allant en désert ; et les pauvres laboureurs, chassez de leurs maisons, spoliez de leurs meubles etbestail, pris à rançon et volez aujourd’huy des uns demain des autres, de quelque religion ou faction qu’ils fussent s’enfuyans comme bestes sauvages, abandonnans tout ce qu’ils possèdent, pour ne demeurer à la miséricorde de ceux qui sont sans mercy »

Parlant de l’année 1586, L’Etoile s’exprime ainsi : « En ce mois d’aoust presque par toute la France les pauvres gens mourans de faim vont par troupes couper les épys a demy murs qu’ils mangent sur le champ, menaçans les laboureurs de les manger eux mêmes s’ils ne leur permettent de prendre ces épis »

5. Charles Perrin, États Pontif. de France au XVP siècle^ in-8, 1847, p, 104. A Paris durant le siège formé par Henri IV « les pauvres mangeoient des chiens, des rats, des chats, des feuilles de vigne et [autres herbes qu’ils trouvoient. » (Pierre Corneio ; Gimber et Danjon, P® série, t. XIII, p. 227).

6. Mém. demessire Michel de Castelnau, liv. I, chap. vi ; liv. V, chap. i. Collection Petitot, t. XXXIII.

7. Journal de Henri III. Collection Petitot, t. XLV, p. 319. Voir dans la même collection,!. XXXIV, Mém. du sieur Jean de Mergey (protestant), chap. v ;t. XXXIV,. Mém. d'Achille Garnon, avocat Jet conseil d’Annonai ; t. XXXVl, Mém. de

Si au XVI® siècle, la France subit ces luttes déplorables, F Allemagne éprouve à son tour les horreurs de la Guerre de Trente ans (1618-1648). On connaît les phases de ces guerres entre les princes protestants et l’Empereur soutenu par les princes catholiques : 1®*^® période à\iQ Palatine (1619-1623) ; 2® période dite Danoise (1625-1629) ; 3® période dite Suédoise (1630-1635) ; 4® période dite Française (1635-1648), terminée par le traité de Westphalie.

Toutes les parties de l’Allemagne, de l’Alsace, de la Lorraine sont le théâtre de combats, de dévastations maintes fois répétées. 11 y a à un moment donné six armées dans l’infortuné duché de Lorraine; il s’y commet (1635) « tant d’abominations que j’aurais honte de les publier, écrit un contemporain, et que la postérité ne 23ourrait jamais le croire^. »

La situation des peuples, commence à devenir prospère avant ces bouleversements des xvi® et xvii® siècles, dans lesquels toute r Europe, sauf l’Angleterre se trouve engagée.

Pendant une paix assez prolongée le pays allemand voit son bien-être grandir ; le territoire est bien cultivé, l’industrie, le commerce des villes j^rennent un essor admirable. Tout à coup la tempête éclate, aux traités mal exécutés succèdent de nouvelles batailles, plus de la moitié de la population est anéantie ou dispersée au loin

Dans la Thuringe et la Franconie où le fléau ne sévit par exception qu’une dizaine d’années, les trois quarts des habitants disparaissent. Les quatre cinquièmes au moins de l’avoir sont détruits, ce qui subsiste équivaut à la misère.

Après ces longues tourmentes, l’homme des champs en est parfois réduit à disputer aux bêtes fauves, son hallier, sa terre,

messire Philippe Hiiraiilt, comte de Gheverny, chancelier de France ; t. XL, Chronologie Novenaire de Palma Cayét, liv, II de la3« partie.

8. Cité par Munier Jolain, L’ancien, régime dans une bourgeoisie Lorraine^ in-8, 1885, p. 372.

9. Gantu, Hist. unie,, t. XV, chap. xxvi — « On peut affirmer que les pays touchés par la guerre ont perdu les uns les deux tiers, les autres les trois quarts de leurs habitants. Quant à l’avoir, meuble et immeuble, fortune industrielle commerciale ou agricole, les pertes connues atteignent des sommes prodigieuse (G. Freytag, Le peuple Allemand à l'époque de la guerre de Trente ans (trad. Mercier, in-8, 1901. Ghap., vi, p. 322-327).

Page 1