LE PAUPÉRISME DE 1515 A
son abri. La désorganisation générale s’oppose longtemps encore au rétablissement de la prospérité publique ( Freytag, op. cit,, chap. prélim., p. 25, 28 et 35 ; chap. vi, p. 327).
La lecture de l’ouvrage du Gottfried Lammert (Geschichte der Seuchen, Hungers und Kriegsnoth zur Zeit des dreissigjàhringen Krieges^ in-8, vii-291 p., Wiesbaden, 1890) fait frémir d’horreur.
En 1629 les populations de la Poméranie cherchent à prolonger leur vie en se nourrissant d’herbages et de racines (p. 106); les troupes impériales se conduisent comme des hordes de barbares. Après la prise de Spandaupar les Suédois (1631), la famine devient terrible (p. 113). Les campagnes sont pillées, les maisons incendiées. Ce qui est épargné par l’armée suédoise devient la proie de l’armée impériale (p. 120-125). Les détails donnés par le savant auteur dépassent l’imagination (p. 127-128, 132). Bois, cavernes, retraites inaccessibles sont envahis par les fugitifs ; les champs restent incultes, des malheureux s’attellent à la charrue afin d’obtenir une maigre récolte (année 1634, p. 161).
Des bandes d’affamés s’enfuient en Suisse(1635) (p. 185-190). Dans nombres de localités d’Allemagne, on dévore des cadavres ; il faut mettre des gardes dans les cimetières pour empêcher de déterrer les morts ! (p. 193-195).
Les provinces rhénanes déjà fort éprouvées en 1632 connaissent des jours encore plus affreux (1635) (p. 193). La famine devient générale (1637) (p. 228 à 237).
En France, les troubles de la Fronde (1648-1653) occasionnés par des ambitions coupables, se prolongent sous les prétextes les plus futiles et couvrent de ruines une partie du sol national.
Les bandes luthériennes du baron d’Erlach commettent notamment des atrocités sans nom dans le Laonnois (1649) lo. Un échevin de Laon affirme que l’on n’entend partout qu’un cri de douleur.
10. On trouve les details de ces faits épouvantables dans Fleury ; Un chapitre inédit de l'histoire du diocèse de Laon pendant la Fronde. Bull, société acad. de Laon, tome VII, 1858. Gonféret l’ouvrage remarquable de A. Feillet, La misère au temps de la Fronde et Saint-Vincent-de-Paul (Plusieurs éditions in-8 et in-12).
Il est facile de se rendre compte de Texistence épouvantable des petites localités, de la Picardie, de la Champagne, de la Lorraine au milieu des passages successifs de vingt généraux : royalistes, frondeurs, espagnols, lorrains, allemands et polonais; c'est par bande de 1500 hommes, infanterie et cavalerie, que les soldats vont à la maraude, officiers en tête, tambours par devant, canons par derrière
La Fronde est-elle abattue que la guerre étrangère ne chôme guère sous le règne de Louis XIV ; le Palatinat est dévasté plusieurs fois par les Français au mépris du droit des gens; à la paix de Nimègue (1679) succède la paix de Rysvs^ich (1697). La guerre de la succession d’Espagne (1701-1713) épuise la France, sauvée enfin par les victoires d’Almanza, de Villaviciosa, de Denain (traités d’Utrecht et Rastadt, 1713- 1714).
Le xviiF siècle voit à son tour la guerre de la succession d’Autriche (1741-1748) que termine le traité d’Aix-la-Chapelle. Peu après, la guerre de Sept ans (1756-1763) met de nouveau aux prises les divers peuples de l’Europe La ville de Berlin est plusieurs fois mise à sac, lajeunesse se trouve anéantie; les ennemis, soit par le pillage ou les contributions enlèvent pour deux cents millions de valeurs aux états de Frédéric II ; on ne rencontre plus dans les campagnes désolées de ce royaume ni chevaux, ni bœufs. La population est décimée, les femmes de certaines provinces sont réduites à labourer ; ailleurs personne ne reste pour cultiver la terre (Cantu, op. cit., tome XVII, p. 73).
Les dernières années de ce siècle sont occupées par les luttes entre la Russie et les Turcs, et le début des longues guerres que livre la Révolution Française à l’Europe coalisée.
En dehors de ces commotions violentes ayant une répercussion funeste sur le sort et la prospérité des peuples, il convient de signaler en Angleterre la conséquence des réformes religieuses
11. Feillet, op. cit.., p. 361. Consulter aussi colleclion Petitot et Monimerqué, 2* série, tome LIX. Mém. De la Porte et tome LXII, iSIém. d’Omer Talion, 3® partie .
12. Suivant les calculs de Frédéric II, il périt alors 899 mille hommcs(Gantu, op. cit.., XVII, p. 72).