CHAPITRE
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ajoute (1557) : « C’est pour ceux qui s’attachent à la réforme une chose fort agréable que de s’entendre dire que la foi seule nous justifie et que ces bonnes œuvres, pour lesquelles ils se sentent si peu de goût, sont entièrement inutiles pour le salut n (Dôllinger, II, p. 48-49).
Gaspard de Schwenkfeld, gentilhomme silésien, mort en 1561, très favorable, à l’origine, aux idées nouvelles, reproche aux Luthériens, (( d’enseigner que la foi seule, sola fîdes, procure la satisfaction et le salut et de ne pas craindre de se prononcer si absolument contre les bonnes œuvres, qui chez beaucoup de personnes sont, depuis lors, tombées en désuétude... A quels autres résultats, continue-t-il, peut-on s’attendre delà part d’une doctrine posant en principe que les meilleures œuvres ne sont que péchés, alors même que c’est un juste qui les pratique... » (Dôllinger, I, p. 246).
A son tour, Christophe Fischer (premier pasteur à Halberstadt, 1574) laisse échapper des plaintes amères touchant l’état des mœurs dans son Eglise, où, dit-il, il n’y a plus ni charité, ni bonne foi, ni probité, où les œuvres de miséricorde sont entièrement tombées en désuétude
Le mal est donc profond en Allemagne tout le monde le constate. Quels remèdes propose-t-on?
Au commencement du xvi'^ siècle il est facile d’apercevoir un
19. « Tout le monde, écrit Fischer, sait combien nos ancêtres furent prodigues envers les Églises, les écoles, les étudiants sans fortune, les hôpitaux et les pauvres honteux. Aujourd’hui au lieu de se dépouiller soi-même pour soulager lesindigents ce sont eux qu’on dépouille, qu’on pressure et qu’on écorcherait même vifs pour peu qu’on y trouvât de l’avantange. » (Dôllinger, II, p. 296-297.) Les enquêteurs constatent en 1556 dans l’électoral Palatin : « que les pauvres gens nécessiteux ne sont plus secourus. » (J. Janssen, IV, chap. iv, p. 43.)
20. Vers d’Erasme Albert, mort en 1553, superintendant général :
On s’empare des trésors de l’Église,
Nous en retirerons peu de profit !
Pendant ce temps, les pauvres meurent de faim.
On leur ôte le pain de la bouche.
Les trésors des Églises se changent en poison,
Car ils n’ont pas été donnés pour ceux qui s’en emparent, Vois jusqu’où entraîne une honteuse cupidité !
On pressure le pauvre peuple Plus que jamais cela ne s’était vu.
Mais les méchants expieront dans les flammes de l’enfer Les pleurs qu’ils font verser aux pauvres.
(J. Janssen, III, p. 764, en note).
LES THÉORIES EN MATIÈRE d’aSSISTANCE
mouvement marqué vers la substitution des pouvoirs publics à la compétence ecclésiastique. Un cahier de doléances envoyé à la diète de Spire (1526) réclame la suppression des couvents, la •confiscation de leurs biens, qui doivent être ensuite appliqués au soulagement de la misère. Les revenus des hôpitaux, le soin de leur administration, étant retirés aux clercs et remis aux mains •des autorités et des magistrats (J. Janssen, 111, p. 46).
La constitution nationale rêvée par Michel Geismayer (1525) 'et appuyée, selon lui, sur la parole de Dieu, veut la transformation de tous les monastères et maisons des chevaliers de Saint- Jean en hôpitaux et établissements de providence. 11 est ensuite pourvu à Lalimentation et aux autres besoins des pauvres ; à cet •effet, chacun, en dehors de la dîme, doit payer exactement la contribution nécessaire, et si cette contribution reste insuffisante, la somme voulue est prélevée sur le revenu (J. Janssen, 11, p. 477). ’
A la place de fondations, donations libres, offrandes abondantes et spontanées, il n’est question en Allemagne que de taxes annuelles, de collectes forcées. La bienfaisance devient administrative, obligatoire, elle est dure à Légard des pauvres étrangers à la commune, Georges Wizel le constate : « 11 n’est guère possible non plus, écrit-il, que vous fassiez grand cas de l’aumône, puisque votre Talmud, je veux dire la Postille, la déprécie et l’appelle une action mauvaise. Vous ne manquez d’ailleurs jamais •de la comprendre au nombre de ces bonnes œuvres que vous jugez condamnables. On voit combien vous êtes favorables à cet -acte de charité, même dans votre choral, à l’endroit où il est dit : aux malheureux de votre pays. Vous recommandez de ne point ouvrir la main en faveur de l’étranger ; pour les nationaux, les coreligionnaires passe encore, mais pour les étrangers, fussent-ils infirmes et courbés par la vieillesse, gardez-vous de leur donner, bannissez-les plutôt de vos villes et du pays. Faire autrement ce serait vous exposer à la critique et aux réprimandes de vos voisins. Donner à des étrangers, ajoute-t-il ironiquement, n’est point évangélique ; les voler, à la bonne heure » (Dôllinger, I, p. 73).
En résumé nous pouvons dire avec le Professeur Toniolo :
(( La réforme Luthérienne guette et attaque la charité, non moins que la foi, en dissipe le trésor séculaire, en tarit les sources. Les peuples et les gouvernements ne discutent plus sur la charité, mais seulement sur l’assistance publique légale et coercitive 21. » Il en est de même pour l’Angleterre, entraînée hors de l’Eglise par son roi Henri VIII. Là aussi on ne trouve à l’origine que destructions de monastères, confiscations de biens au profit des souverains, des seigneurs, et, comme corollaire : la taxe des pauvres pesant lourdement sur le peuple.
§ 2. — Les théoriciens catholiques de V assistance : Juan- Luis Vivès. — Domingo Soto . — Deux écoles en présence.
Au XVI® siècle, l’accroissement de la misère, un certain relâchement dans les œuvres de bienfaisance dirigées par le clergé, la contagion des idées qu’émettent les Réformateurs, poussent les esprits à l’étude des questions touchant au vagabondage, à la mendicité, à l’organisation des établissements d’assistance sous la direction des pouvoirs publics.
Ces études donnent lieu à de nombreux ouvrages publiés, notamment aux Pays-Bas et en Espagne et dont l’influence est manifeste sur les ordonnances de Gharles-Quint, François 1®** et Henri H. Nous allons examiner quelques-unes de ces productions, les considérant comme types des principes émis par les deux écoles en présence. L’une favorable à l’intervention de l’autorité séculière, la seconde repoussant toute immixtion de cette nature dans le domaine charitable.
En première ligne apparaît l’espagnol Juan-Luis Vivès; né à Valence il fait de longs séjours à Bruges qui devient pour lui une véritable patrie ; il s’y marie en 1524. Ami d’Erasme, professeur à Louvain, Vives joue un rôle des plus honorables à la cour de Henri VIH, qu’il doit quitter en raison de son attitude nettement hostile à la répudiation de Catherine d’Aragon.
Auteur d’un grand nombre d’ouvrages de haute valeur, Vivès
21. Congrès scientifique international des catholiques., 1894,11, p. 335.