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LES THÉORIES EN MATIÈRE DAS SI STANCE

se montre en ses écrits « aussi mesuré pour la forme que pour le fond ; il respecte les institutions en attaquant les abus, et fait preuve d’autant de modération que de science... Il semble un modèle accompli du sage formé à la double école de la philosophie et de la religion »

Un homme de ce caractère doit naturellement s’intéresser à tout ce qui regarde le soulagement des malheureux. Ce sujet le préoccupe. Absent de Bruges, il correspond avec le chef de la municipalité et plus tard, le 6 janvier 1526, ces réflexions, ces recherches, donnent naissance à un livre dédié aux magistrats de sa chère cité : « Joannes, Lodovicus Vives, Gonsulibus et Senatui Brugensi, salutem »

L’ouvrage renferme d’abord, à Faide de citations de l’Ecriture Sainte et des Pères, ce qui a trait aux devoirs envers les déshérités. Le livre II contient l’exposé des vues de l’auteur et mérite d’être analysé.

Vivès constate que souvent les riches pensent plus à leurs plaisirs qu’aux pauvres, et que, d’un autre côté, c’est un devoir strict pour les Magistrats communaux de pourvoir aux besoins des infortunés, dénués de tout, privés d’instruction religieuse, se trouvant ainsi entraînés à la mendicité, au vagabondage, au vol, à mille débauches, le tout pour le plus grand mal de la société ^4.

22. « Sa vie et ses œuvres, dit encore Mgr Namèche, nous ont montré en lui un chrétien fervent, un fils tendre et reconnaissant, un bon mari, un ami fidèle et sincère, un homme dévoué au bonheur de ses semblables, et cherchant de tous ses moyens à y contribuer. Pacifique, désintéressé, sans ambition, content de luimême et des autres, fuyant le bruit et l’éclat, du reste courageux quand son devoir l’exigeait. Sachant dire la vérité même aux Rois. » {Mémoire sur la vie et les écrits de Jean-Louis Vivès, par A. J. Namèche, mém. couron. de l'Acad. Roy., de Rruxelles, t. XV, 1*^® partie, 1840-1841, p. 8 et 121).

23. Joannis, Lodovivi Vivis Valentini, De subventione pauperum: sivede humanis necessitatibus, librill. Ad senatum Brugensem. Brugis, vi Januarii MDXXVI (in-12, 66 feuillets non paginés, collections de Fauteur). Il modo del sovvenire a poveri di Lodovico Vives novamente tradotto di Latino in volgare. In Venetia del MDXLV (in-12, 76 feuillets paginés au recto. Gollect. de l’auteur). Trafado del socorro de los pobres compuesto en latin por el doctor Jiian-Luis Vivès, traducidoen CastellaUiO por el D'' Juan de Gonzalo. En Valencia, 1781(in-8“, xxxiv-vi, 250 p. (collect. de l’auteur). L’aumônerie de Jean Loys Vives, divisée en deux livres... Traduite du latin en faveur des pauvres, par Jacques Girard de Tournus en Bourgongne. Lyon, mdlxxxiii (in-12, 8 feuillets, 182 p. Bibliothèque nationale, D. 54634). Opéra omnia Valentiæ edetanorum, MDGGLXXXIII. Tom. IV, p. 420 à 494.

24. Un auteur contemporain de Vivès décrit ainsi les maux qui résultent de ces

Il veut que deux sénateurs accompag-nés de quelques secrétaires, parcourent les rues de la ville, pénètrent dans les maisons et tiennent note exacte des malheureux qui y demeurent pour en instruire le Conseil. « Ergo harum omnium domorum singulas bini senatores cum scriba aliquo visant, ac scrutentur. »

Ces notes doivent indiquer les noms des indigents, le nombre de -leurs enfants, la cause de leur misère, la conduite qu’ils tiennent : « Qua vita, quibus moribus ». Que l’on se garde des témoignages fournis par d’autres indigents, ils peuvent être entachés d’envie. « Pauperis testimonium ne recipiatur a paupere ; nam invidia non vacat. »

Les vagabonds sans domicile, incorrigibles, sont suseptibles d’être mis en prison. « Quos senatus hisce exami nandis et exequendis rebus præfecerit, eis assignet potestatem compellendi, coercendi, hactenus ut possint mittere in vincula.. »

On doit surtout s’efforcer de faire sortir ces malheureux de leur triste condition, en leur assurant du travail ; on ne saurait tolérer l’oisiveté parmi les habitants. Il convient naturellement d'avoir égard à l’état de santé, à l’âge, mais il faut éviter que des individus cherchent à surprendre la bonne foi des Magistrats en simulant des maladies ou des infirmités. Tout trompeur démasqué à la suite d’un examen médical, est sévèrement puni.

L’indigent peut recevoir les leçons pratiques lui permettant de se suffire par son labeur. Il ne s’agit du reste, en général, que d’ouvrages faciles : terrassements, charrois, service de messagers, etc.

Il est nécessaire de posséder des ouvroirs ou ateliers destinés à recevoir les pauvres, filant la laine ou voués à d’autres occupations similaires.

vagabonds, de ces faux pauvres : « Vere possem dicere urbes ab bis incensas, flumina infecta, pestem invectam, sécréta regionum sub dole expiscata, et hostibus communicata, tabellas proditionis consilia continentes perlatas, viatores ferro exceptes, rusticorum domos direptas, et incendio datas, pueros teneros a parentibus violenter abductos et in mendicitate institutos. » {Oratio çonira mendicitatem pro nova pauperiim subventione. Per christianum Cellarium Fur- ;nensem. Excudebat Antverpiae in Talpa Henricus Pétri Middelburgensis . Anno MDXXXI. Mense Martio (in-12, 19 feuillets non paginés, collections de l’auteur,

LES THÉORIES EN MATIÈRE d’aSSISTANCE

Il est recommandé aussi de créer des hôpitaux et asiles, tout en évitant avec soin d’y entretenir des gens sains et dispos, véritables frelons-^ qu’il convient d’écarter des maisons hospitalières ; qu’on les en chasse donc. « In hospitalibus qui validi sunt et illie hærent tanquam fuci fruentes alienis sudoribus exeant, et ad opus mittantur... »

Vivès préconise des mesures particulières en faveur des indigents aveugles , ceux-ci peuvent apprendre la musique, tourner différents objets, mettre en mouvement la roue des pressoirs,, les soufflets de forge, fabriquer des corbeilles. Les femmes sont aptes à filer, à mettre le fil en pelotes. « Nec cœcos patiar ociosos, vel sedere, vel obambulare , sunt per multa in quibus se exerceant ; aliiad literas sunt idonei, studeant ; alii ad artem musicam, cantent, puisent fides, inflent tibias ; alii ver tant tornos aut rotulas, alii trahant torcularia , alii agitant folles in ferrariis officinis... »

Il faut que les agents chargés de la police des pauvres s’ingénient à trouver des occupations faciles pour les vieillards, les infirmes. Il n’y a nul individu tellement débile qu’il ne puisse s’occuper un peu. « Infirmis quoque et senibus suggerantur levia^ pro ætate et valetudine, que operentur ; nemo tam est invalidas cui omnino vires desint alicui rei agendæ. »

En ce qui concerne les fous, pas de violences, pas de moqueries, un traitement doux, approprié à la situation de chacun. « Adhibeantur congrua singulis remedia; aliisopus sunt fomenta et ratio victus ; aliis mitis tractatio et comis, ut tanquam feræsensim mansuescant ; aliis institutio ; erunt qui cohertione et vinculis egebunt, sed ita bis utendum ne illi magis per hæc efferentur; quoad ejus fieri possit, tranquillitas in eorum animos invehenda, unde facile judicium redit, ac sanitas mentis. »

Si les hôpitaux ne suffisent point, que l’on ouvre des asiles, supplémentaires, pourvus de médecins et d’apothicaires. Que des aumônes soient en outre distribuées selon les besoins.

Quant aux enfants abandonnés, il convient de les nourrir

25, Vivès les appelle aussi « des sangsues d’hôpital » Repurgatis ejusmodi hospitalium sanguisugis.

jusqu’à six ans, de les envoyer ensuite aux écoles, et de les placer chez de bons maîtres, il ne faut pas lésiner sur ce point essentiel. «In ejusmodi magistris accersendis, magistratus ne sumptibus parcant. »

Que d’une manière générale ces pupilles soient élevés sobrement, formés à la piété chrétienne, apprenant à posséder une saine appréciation des choses de la vie, à lire et à écrire.

Que selon leurs aptitudes on les dirige vers les métiers manuels, l’enseignement et s’ils en sont dignes le sacerdoce. «Postea ex pueris aptissimi quicque ad litteras retineantur in scholâ, futuri aliorum magistri, et seminarium deinceps sacerdotum ; reliqui transeant adopifîcia, ut cujusque fuerit animipronitas... »

En vue de réformer les mœurs et d'arriver à une bonne police, l’auteur veut que l’on nomme deux censeurs, chargés de réprimander et de punir les joueurs, les oisifs, les piliers de cabarets et de tavernes.

Pour tout cela il faut de l’argent ; la charité des fidèles, les revenus des maisons hospitalières bien gouvernées, doivent suffire. Afin d’obtenir ce résultat, que deux curateurs honorables, craignant Dieu, soient désignés, pour chaque établissement, par le Sénat et demeurent responsables envers lui. S’ils remplissent convenablement leurs fonctions qu’on les laisse en charge, sans cela qu’on en choisisse d’autres. « Hospitalibussingulisbini sufîragiis Senatus assignentur curatores, virispectati et in quibus multum valeat respectus Dei ; hi quotannis rationem reddant Senatui administrationis suæ ; si placeat fides, continuetur eis munus ; sin aliter creentur novi. »

Vivès recommande aussi de placer des troncs dans les principales Eglises de la ville.

Si tout cela ne suffit pas, que l’on s’adresse aux riches, que l’on retranche les dépenses municipales superflues ^6, Que les indigents eux-mêmes cherchent à gagner leur vie pour ne point rester trop longtemps à charge à la Cité.

L’auteur s’occupe aussi des prisonniers, des personnes fortunées

26. « Tum Givitas ipsa detrahat aliquid publicis sumptibus : velut solemnibus, epulis, xeniis, lautitiis, congiariis, annuis ludis etpompis quæ omnia ad voluptatem aut superbiam, aut ambitionem, faciunt. »

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