‹ Histoire de la charité (volume 5)Chapitre 61 sur 197 · DU PAUPÉRISME DE 1515 A · texte numérisé non relu

DU PAUPÉRISME DE 1515 A

Après quelques alternatives de froid et d’adoucissement de la température, une gelée intense sévit subitement non seulement en France, mais dans l’Europe entière

« Ce qui ajoute au mal, c’est la soudaineté du froid et sa durée de dix-huit jours, puis son retour après dix journées de répit et de dégel, en pleine débâcle. » Le froid reprend en effet le 4 février et dure jusqu’au 3 mars.

Les récoltes sont pour ainsi dire anéanties et une cruelle disette ne tarde pas à se faire sentir dans ce royaume de France déjà si éprouvé par les levées d’hommes et d’argent que nécessite une guerre inaugurée par de constants revers. « On mange du pain de pois, de feuves rouges, de grosses feuves, de pois gris » A Pacy-sur-Eure, les pauvres vont couper les pois et les fèves dans les champs pour les dévorer sur place ; on mange de l’herbe des prés, « des trousses ou fagots de cette herbe sont vendus pour la consommation »

Le port de Marseille est gelé ; en maints endroits, les côtes de la mer ont une ceinture épaisse de glace capable de porter des voitures.

Mais les pertes les plus considérables proviennent de la mort presque générale des arbres fruitiers, des oliviers, des vignes, des châtaigniers, surtout des noyers

18. Tous les documents du temps parlent de ce terrible hiver, nous nous contenterons de citer le travail de M. de Boislisle si précis et si complet : Le grand hiver et la disette deiîOQ, in-8, 127 p. (ext. de la Revue des questions historiques), Paris, 1903.

19. Arch. Eure-et-Loir, t. III, série I,supp. Paroisse de Bailleau-sous-Gallardon.

20. Isambard, La communauté des chirurgiens de Pacy-sur-Eure aux XVIP et XVIIP siècles, p. 39. Dans son sermon sur Taumône le 4® dimanche de carême, Massillon s’écrie ; « Les hommes créés à l’image de Dieu et rachetés de son sang' broutent l’herbe, comme des animaux et, dans leur nécessité extrême, vont chercher à travers les champs une nourriture que la terre n’a pas faite pour l’homme et qui devient pour eux une nourriture de mort. »

21. A l’égard des noyers, ils ont presque tous péri. De Boislisle, Corresp. des Contrôleurs généraux, t. III; n.418, Provence ;n. 669, Intendance de Bordeaux. «En Anjou, froments et une partie des arbres fruitiers sont gelés, surtout les noiers, dont il y en avoit une si grande quantité et qui estoient si puissants, qu’ils égaloient les plus grands chesnes, qui produisoient à la province un revenu considérable » (Gélestin Port, L'hiver en Anjou, in-8, 39 p. Angers, 1880, p. 17 et suivantes). L’hiver de 1788-1789 fut également fort rigoureux et amena une recrudescence de la misère en France.

Telles sont, bien en résumé, les causes diverses qui, de 1515 à 1800, influent sur le paupérisme en Europe.

Exa minons maintenant les mesures prises par les gouvernements pour apporter des remèdes à cet état de choses.

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