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CHAPITRE II

l’Europe septentrionale pèchent en sens contraire et la rudesse de leurs ordonnances les rend, en quelque sorte, inexécutables. Un auteur, Richard Burn, écrit à la fin du xviii® siècle : « les peines édictées en Ang-leterre contre le vag-abondage, jusqu’à la fin du règne de la reine Anne, sont dignes des sauvages de l’Amérique ; à l’exception du scalpage, il n’y a guère de cruautés épargnées aux mendiants »

La difficulté consiste à faire une sélection entre les véritables indigents et les faux pauvres qui transforment la mendicité en une industrie lucrative; Bernardo War dit qu’en Espagne il y a trois de ces faux pauvres pour un véritable malheureux ; « ay très vagabundos y holgazanes para un pobre verdadero ; unos y otros piden limosna »

Examinons maintenant les éléments dont se compose cette armée qui tient en échec les gouvernements de l’Europe.

Nous trouvons en première ligne : les malades, infirmes, estropiés, femmes chargées d’enfants ; les familles honnêtes réduites à la misère par les guerres, les invasions, les fléaux de toute espèce : mauvaises récoltes, incendies, naufrages.

Ce sont là les membres souffrants du Christ, le devoir moral delà Société est de les aider à sortir de leur triste situation.

Malheureusement ces infortunés sont trop souvent noyés, dans la tourbe immense de leurs véritables ennemis, les voleurs des pauvres. Cette tourbe comprend de nombreuses catégories d’individus

En consultant les lois, décrets, ordonnances, les ouvrages des vieux auteurs nous voyons défiler devant nous ;

Ces soldats licenciés ou déserteurs, experts en maraude, pillards à main armée.

31. Davesiès de Pontés, Études sur l'Angleterre^ 2® édition, in-I2, 1869, p. 226.

32. Don Bernardo War (d’origine Irlandaise), Obra pia y eficaz modo para remediar la miseria de la gente pobre de Espafia^ in-12, in Valencia, 1750, p. 36 (collection de l’auteur). Plusieurs Acts anglais énumèrent les pseudo-professions de ces rogues and vagabonds. Voir : 39 Eliz., cap. 4, 1597-8 ; 17 Georg, 2, cap. 5, 1744 (Nicholls, I, p. 187 ; II, p. 38).

33. Le liber vagatorum publié au début du xvi® siècle mentionne 28 classes de pauvres ou faux pauvres, Ribton-Turner, op. ciL, chapter xxv, p. 544-546. Christian Paultre, De là répression de la mendicité et du vagabondage en France sous l'ancien régime.^ in-8, 613 p. Paris, Larose et Tenin, 1906, p. 34.

LES LOIS CONTRE LES MENDIANTS

Ces nomades, montreurs d’ours, joueurs de farces, jongleurs, diseurs de bonne aventure, chiromanciens, se prétendant habiles à lire dans les traits du visage ou les lignes de la main .

A la suite marchent les simulateurs, « inventant des moyens diaboliques pour exciter la compassion. Ils se font sur eux, disent les statuts et règlements de Vire, 1661, des ulcères, ils les soignent d’onguents qui les rendent difformes et horribles à regarder ; ils se font enfler comme des balons et se font paroistre comme des malades de Saint-Main, quoi qu’ils soyeiit en une santé parfaite »

La nuit arrive, ces misérables consacrent au jeu, à la boisson, au libertinage tout ce qu’ils extorquent au bon cœur des particuliers

Ils se réfugient souvent alors, à Paris notamment, dans des amas de maisons sordides surnommées par ironie : Cours des miracles^ en raison de la transformation subite des hôtes qui les occupent

Voici maintenant des femmes « ayans enfans entre leurs bras, et à leurs queuës, qui bien souvent ne sont à elles et lesquels elles empruntent et les font mourir de faim et de froid parmi les ruës et églises, où elles aiment mieux caymanderque gagner leur vie à travaillera*^. »

Rumford nous montre en Bavière de ces créatures tellement

34. M.F.C. Notice sur les hospices de Vire, in-12, vi-151 p. Vire, 1857, p. 3. Voir aussi Menier, Tableau de Paris (édition de 1782), tome II, chap. xliv. Mendiants, XLv, Mendiants valides. Ribton-Turner, op. cit., chap. iv, p. 76,

35. Valran, Misère et charité en Provence' au XVIIP siècle, in-8, Paris, 1899, livre I®'', chap. iii, p, 43.

36. « ... Et qui contrefaisant dans les rues, les borgnes, les boiteux, les aveugles et les moribonds, avec des hurlements et des langueurs imaginaires escroquent des aumônes que l’on ne feroit pas sans ces supercheries; mais qui ne sont pas plutôt de retour chés eux, qu’ils se dégraissent, se débarbouillent et deviennent sains et gaillards en un instant, et sans miracle. » (Sauvai, Antiquités de la ville deParis, I, Livre V, Cours des Miracles, p. 511).

37. Bouchel, La bibliothèque ou trésor du droit français. Édition de 1671. Police des pauvres de Paris, tome II, p. 916. — « Des races entières de vagabonds, dit Larochefoucauld-Liancourt, qui sans domicile, sans état, sans famille, propagent avec des femmes qu’ils prennent et quittent tour à tour, avec de» enfants que souvent encore ils enlèvent dans les villages, la plus dangereuse mendicité, réunissent tous les vices, sont l’efîroides campagnes, menacent et attaquent toutes les propriétés et sont, si l’on peut s’exprimer ainsi, la véritable école des scélérats et des voleurs de grands chemins... (Plan de travail du Comité de mendicité, p. 18).

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