LES THÉORIES EN MATIÈRE DASSISTANCE
tombées dans la misère ; les délégués paroissiaux doivent rechercher les pauvres honteux et les signaler aux magistrats, aux âmes charitables. « Occultas istas nécessitâtes investigabunt et adSenatum ac locupletes homines perferent tacitis nominibus quousque subvenietur. »
Avant de terminer son ouvrage, le savant Espagnol se tourne vers ceux qui réprouvent ces mesures d’assistance et il leur demande quel est le plus inhumain, de celui qui veut que les indigents continuent à croupir au sein de leur misère et de celui qui préconise les moyens de les arracher à leur condition. lise compare au médecin incapable de détruire les maladies sur cette terre mais faisant au moins tous ses efforts pour les guérir : « Itaque agimus nos, sicut ars medica, quæ non adimit morbis hominum generi, sed quoad ejus fîeri potest, sanat. »
Il est d’ailleurs de l’avantage de tout le monde que la pauvreté soit diminuée, le repos et la concorde établis. C’est un gain évident pour la Religion et la Ville.
De plus les riches donnent davantage s’ils sont assurés que leurs libéralités administrées sagement, servent aux seuls vrais pauvres
Au mois de mars 1545, paraît en Espagne un ouvrage qui, sans avoir la notoriété de celui de Vivès, mérite cependant d’attirer l’attention. L’auteur, Frère Juan de Médina, abbé bénédictin, dédie son œuvre au Roi Philippe II ; il recommande d’éviter avec le plus grand soin de placer les véritables pauvres dans la cruelle alternative de mendier ou de mourir de faim. Il fauPdonc
27. Un ouvrage publié à Paris en 1607 veut aussi une police de mendiants, « Aux valides il faut faire nettoyer les rues, et cloaques de la ville, porter les faix et fardeaux, et semblables charges et devoirs. Les invalides sont, ou du tout invalides, décrépits et ineptes à tout service ; Et ceux-là il les faut nourrir suffisamment, avec pain, pthisane, herbes, fruicfs, légumes, voire chair et vestir de mesme. » Il applaudit à la défense aux particuliers de donner directement aux indigents pour lesquels il requiert l’ouverture d’un hôpital public où ils puissent trouver « la vie, l’habit, un mestier et le chastiment. » « Mais, ajoute l’auteur de ce livre, que tout citoyen pieux et chrestien. paye la taxe et aumosne, à laquelle il sera cottisé, pour la nourriture et entretien des pauvres, volontairement et à jour nommé, au bureau estably : autrement qu’il soit tenu pour ingrat envers Dieu et son prochain, et qu’il soit condamné au double à l’amende. » La chimère ou phantosme de la mendicité. Trad. française. A Paris MDGVII, in-8°. 9 feuillets préliminaires, 54 feuillets paginés au recto, un tableau (collections de l’auteur).
16 HISTOIRE DE LA CHARITÉ. lATRODUCTION . CHAPITRE
leur donner à domicile le nécessaire, un jour pour toute la semaine (un dia para toda la semana), à raison de 12 maraveclis par jour pour un homme ; de dix s’il s’agit d’une femme ; de six quand c’est un enfant'^.
Qu’aucun nécessiteux ne soit exclu de cette aumône alorsmême qu’il est étranger ; en cas de maladie qu’il reçoive dè plus^ les soins que nécessite son état.
Les indigents de passage doivent être assistés également et mis en situation de continuer leur route. A moins de preuve du contraire il faut croire sur parole à leur pauvreté
Qu’à moins d’une urgence absolue et impérieuse, cette aumône* hebdomadaire ne soit pas donnée aux individus convaincus de mépriser les préceptes de l’Eglise ou, de notoriété publique,, vivant dans le désordre.
Il convient d’exclure aussi de ces bienfaits la tourbe des paresseux et [des vagabonds pouvant travailler. Les autorités demeurent chargées de les châtier et de les forcer à se suffire par le labeur. « Antes estos deben ser por las Justicias corregidos, y compelidosà que trabajen, y ganen por si de corner. »
Le reliquat des fonds disponibles, après avoir soulagé les vrais nécessiteux et les indigents de passage, sert aux besoins des pauvres honteux, spécialement des miséreux qui ne se trouvent point admis dans les hôpitaux et qui manquent chez eux des remèdes indispensables. Le tout se fait avec le secret nécessaire.
28. De la orden queen algunos pueblos de Espafia se ha puesto en la limosna,. para remedio de los verdaderos pohres. Al muy alto y muy poderoso Principe de Espana, Don Felippe nuestro senor. Fray Juan de Médina, abbad delmonasteriode San Vincente de Salamanca, de la orden de san Benito. Impresso en Salamanca en casa de Juan de Junla à veynte de Março de 1545, In-4, 59 feuillets non paginés ; caractères gothiques. Réimpression avec une introduction étendue à Valladolid 1757, sous le titre de La charidad discreta, practicada con los mendigos, y utilidades que logra la Republica en su recogimiento^ papel escrito por el Rmo' Padre Mro. Fr. Juan deMcdina... El que ahora sale a luz,,.. in-4°, 22 feuillets et 90 pages. Les deux ouvrages de Juan de Médina et de Domingo Sotto, dont il est parlé plus loin, font partie des collections de l’auteur et proviennent de la bibliothèque de M. de Gérando. On lit à leur sujet dans le tome I de la bienfaisance publique, p. xiv : « l’auteur est redevable de ces deux documents très curieux et jusqu’à ce jour inconnus, à l’obligeance de M. Ternaux Compans, qui les a rapportés d’Espagne. »
29. Gap. II, p. 3 3 de la réimpression. Le rédacteur de l’intéressante préface précédant cette réimpression — de orden del Real Hospicio de esta ciudad de Yalladolid — est le trésorier de cet établissement.
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11 est urgent aussi de secourir les enfants orphelins et délais- •sés jusqu’à l’âge où ils peuvent exercer un métier.
Une sépulture décente, en rapport avec leur position, doit être assurée aux individus décédés sans laisser d’argent permettant de pourvoir à ces frais.
Juan de Médina indique les deux moyens qui lui paraissent spropres à recueillir les fonds destinés à ces œuvres multiples. En premier lieu une cotisation volontaire, demandée à tous les habitants, mais minime afin que personne ne puisse la refuser
Secondement les offrandes secrètes, versées dans des troncs placés bien en vue à l’intérieur des églises.
Pour administrer ces ressources sacrées l’auteur propose de faire élire par les autorités locales, de six mois en six mois, des citoyens d’une probité reconnue, l’argent restant confié à un seul receveur chargé de le répartir. Comme il s’agit de sommes peu élevées, le receveur est autorisé, dans ce projet d’organisation^ à ne rendre ses comptes qu’à la fin du mois, en présence du Supérieur ecclésiastique, du Gorregidor ou de ceux en tenant la place.
Pour enseigner aux passants le lieu où ils sont susceptibles de irecevoir l’aumône, de trouver de l’ouvrage, Juan de Médina propose la nomination d’un ou deux alguazils, ces agents empê- ‘Chant aussi de mendier les nécessiteux assistés en leur propre demeure.
Le pieux Bénédictin veut en réalité : suj^primerla mendicité :secourir autant que possible les malheureux à domicile et il se flatte de trouver dans la charité volontaire, bien réglée, des ressources suffisantes pour les aumônes et l’entretien des établissements affectés aux divers genres d’infortune ainsi qu’au renfermement des vagabonds incorrigibles.
A la fin de son œuvre l’auteur énumère les heureux résultats du système ; grâce à ces dispositions les indigents obligés de mendier reçoivent les secours indispensables et ont leur exis-
30. En cas de besoin on pourrait même aviser le receveur qui cesserait alors de -la réclamer (ch. vi, p. 34).
31. Il qualifie les faux pauvres qui extorquent les secours destinés aux vcriitables indigents de voleurs. El mendigo fingido es ladron (p. 10).