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CHAPITRE IV

DE l'AFFECTATION DES ASILES HOSPITALIERS

§ 1^. — Les asiles de nuit pour les voyageurs et les pèlerins K

C'est une grave erreur de considérer les populations du Moyen Age comme immobiles, ne quittant pas Tombre du clocher de leur paroisse. En dépit des difficultés de toute nature : chemins mauvais, brigandage enlevant toute sécurité, des foules, appartenant aux diverses nations européennes, entreprennent les voyages les plus lointains. En dehors des foires et des marchés qui attirent de nombreux négociants, la foi entraîne les pèlerins vers les lieux saints : le tombeau des apôtres Pierre et Paul, les sanctuaires vénérés d'Espagne, de France, d'Angleterre, d'Allemagne.

Mille causes suscitent ces pèlerinages : l'esprit de dévotion,

1. Principaux ouvraj^es consultés : A. délia Porta, Degli islituti di beneficenza, pei poveri e dello spedale maggiore di Como^ in-S, vi-90-165 p., Como, 1802 ; M. Grégoire, ancien évéque de Blois, Rech. hisl. sar les cong. hosp. de Frères pontifes ou constructeurs de pontSy in-8, 64 p., 1818 ; Frédéric Pluquet, Mém. hist. sur V Hôtel-Dieu de Bayeux, in-8, 24 p., Caen, 1825; Regestrum visitationum archiepiscopi rothomagensis {Journal des visites d'Eudes Rigaud), 1248-1269, publié par Honnin, in-4, vi-860 p., Rouen, 1845-1847 ; D'Arbois de Jubainville. Études sur les docum. antérieurs à Vannée tiS5 conservés dans les archives des quatre petits hôp. de Troyes^ in-8, 68 p., Troyes, 1857 ; Dofia Conception Arenal de Garcia Carrasco, La heneficencia^ la filantropia y la caridad memoria, in-8, 123 p., Madrid, 1861 ; D. José Arias Miranda, Reseiïa historicade la beneficencia espanola, in-8, x-164 p., Madrid, 1862 ; P.-A. Michel. Monographie de l'Hôlel- Dieu de Saint-Malô, in-8, 190 p., Saint-Malo, 1874 ; Bruguier-Roure, Les contructeurs de ponts au Moyen Age, in-8, 65 p., 1875 ; Abbé Boutillier, ïnv. somm. archiv. hosp. de Nevers, in-4, Nevers, 1877 ; F. M. J. B., L'hospitalité de nuit à Paris du XIV* au XVI* siècle, in-8, 21 p., 1883; V. Advielle, Ilist. de tordre hosp de Saint-Antoine, première partie fseule parue), in-8, xii-237 p., 1883: H. Hervieu, Inv. sommaire des archiv. hosp. de Bordeaux, in-l. 1885 ; D' H. Folct, Hôp. Lillois disparus, in-8, 86 p., Lille, 1899 ; Abbé Haristoy, Pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Les voies romaines et les étab. hosp. dans le pays Basque, in-8, 103 p., Pau, 1900; Emm. Nicod., L'hospitalisation à Annonay, misères d'autrefois, in-8, 128 p., Annonay, 1903.

raccomplissement d'un vœu, les pénitences qu'imposent les confesseurs ordinaires, fréquemment aussi les inquisiteurs^.

11 est licite, en cas d'empêchement absolu, de charger un tiers de vous représenter dans ces voyages ^, Au moment de la mort, on lègue les sommes nécessaires pour déléguer une personne devant accomplir tel ou tel vœu ^.11 est permis de s'affilier aux confréries ayant ce but pieux, moyennant le versement du prix du voyage que les circonstances ne permettent pas d'entreprendre '\

Cette forme de la dévotion, loin de se ralentir, semble prendre une vigueur nouvelle au xv** siècle ; les cols des Alpes et des Pyrénées livrent passage à un nombre croissant de pèlerins.

Les principaux sanctuaires visités sont, en dehors de Jérusalem et de Rome : Saint-Jacques de Compostelle, Saint-Thomas de Cantorbéry, les trois Rois de Cologne, Notre-Dame de Rocamadour, le Mont Saint-Michel au péril de la mer, Notre-Dame du

2. L. Tanon, Hist. des Irib. de l'Inquisition en France^ in-8, 1893, chap. V, sect. II, § IV, p. 501-512.

3. « Guillemin de Ramcru, en Champaigne, demeurant à Dijon, doil et promet aler et faire le voiaijçe de Saint Jaque en Galice et au Saint Saulvcur d'Eseures pour noble homme Guillaume d'Orge, escuier d'écurie de Mons. de Bourgoigne, bien et loidlmentet dévotement, et faire toutes les solénitez du voiaige etc., pour le prix de vingt et quatre frans d'or etc., paiez réaiment en la présence » (février 1390, Simonnet, op. cit., p. 380).

4. Ilumphrey de Bohun (Anglais) ordonne qu'après son décès on fasse partir un prêtre pour Jérusalem : « Principalement, dit-il, pur madame mamiere, et pur mon seignour mon piere, et pur nous »> (Jusserand, op. cit., p. 232). Dino Rapondi marchand lucquois, bourgeois de Paris (1413) : « Voult et ordonna un pèlerinage estre fait de Paris à Saint-Jaques en Galice par un homme à cheval et pour ce il laissa quarante livres parisis. m « Un autre de Paris à Rome, un autre de Paris « au saint sépulcre de Jhérusalem » pour ce dernier il laissa « quatre vins livres parisis. »» Jean de Noyers, chapelain de Notre-Dame (1415) : « Je vueil ung pèlerinage estre fait à Nostre-Dame de Boulongnc sur la mer... et soit de ce fait marchièà ung homme qui ira depié. » Guillaume de Vaux (1417) : «Je ordonne faire un pèlerinage à Nostre-Dame de Lyance ; d'Amiens un pèlerinage a piè à Nostre- Dame de Boulongnc ; de Paris audit lieu de Lusarches à Saint-Cosme un voyage piez nus » (Tuetey, Test sous Charles VI, op. cit., p. 556, 571-588).

5. Saint-Jacques de l'hôpital à Paris, Bulle Jean XXH (1325) {Inv., p. 19, n*> 326). Dès l'année 1315, Louis X favorise les bourgeois de Paris qui se rendent à Saint-Jacques et leur permet de se réunir en la Maison des Quinze-Vingts pour s'occuper de leurs affaires /nv., p. 2, liasse 5). La Guild de la Résurrection de Lincoln, fondée en 1374 a dans ses statuts que si quelque Irère ou sœur désire faire un pèlerinage à Rome ou à Saint-Jacques de Galice, tous les frères et sœurs doivent l'accompagner aux portes de la ville et lui donner chacun un demipenny i mômes règles, Guild des foulons) (Jusserand, op. cit., p. 227).

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