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DE L AFFECTATION DES ASILES HOSPITALIERS

lai S. Giovanni a Mare de Naples remonte à la domination des rois normands ; de nombreuses fondations de même nature existent à Milan.

Genève offre l'hospice Notre-Dame du Pont mentionné au xiii*^ siècle. Dès les temps les plus reculés il y a dans les Alpes orientales des Xenodochia pour les pèlerins, entre autres celui de S. Mariœ in Alpibus construit par l'évêque Otto 111 de Bamberg. Les montagnes du Hartz ont en 1257 une petite chapelle appelée B. Mariœ. V., ad pereyrinos.

L'Allemagne du Nord s'occupe des personnes pieuses allant à Aix-la-Chapelle. A Hildesheim, ce pèlerinage a lieu tous les sept ans ; on Tannonce au moyen d'un arbre dressé sur le marché ; en même temps s'ouvre un refuge. L'hôpital in der Leer, près de Coblentz, distribue du pain, du vin, du lard et des légumes. Nous trouvons ensuite à Brunswick, l'hospice devant la porte Saint-Pierre (Gasthaus vor S^ Peters Dore) ; à Cologne, l'asile fondé dans la maison d'un citoyen.

Les statuts du Saint-Esprit de Lubeck ordonnent d'acceuillir, pour une nuit, tous ceux qui se présentent. En 1418, Dietrich von l^yem fonde à Hameln un établissement chargé d'héberger journellement 20 pèlerins. La ville leur fournit de la bière. L'hôpital Saint-Cyriaque à Halle jouit d'une donation spéciale pour les passants ; ils reçoivent en partant un pain de la valeur d'un Pfening, un fromage (ou un hareng) et une mesure de bière. , '

Des bâtiments appelés auberges des pèlerins, auberges des malheureux (Pilgerhaûser, Elendenherbergen) servent aussi parfois de compléments aux asiles charitables en cas d'encombrement. C'est ainsi qu'agit la maison du Saint-Esprit de Lubeck en 1360. Cet annexe a son maître ou hôtelier. Devant la porte on établit un tronc pour recevoir les aumônes : « Vor dem Hause stand ein Armenstock zu milden Gaben fur die Elenden. »

En 131S, Herrmann de Speier lègue un de ses immeubles aux hospices de Francfort pour le transformer en auberge. Le nombre de ces refuges s'élève ensuite à quatre pour cette ville.

l'un a le nom de « Compostell », en raison des nombreux pèlerins qui se rendant du Nord en Galice y reçoivent l'hospilalité.

Situation identique à Cologne, Baie, Limbourg, Augsbourg, Eimbeck, etc.

Certaines de ces maisons ne fournissent qu'un abri, dtf feu, de Teau (Feldkirch, diocèse de Chur) ; souvent aussi du sc^l et des vases de terre destinés à faire cuire les aliments (Lirftbourg).

Le pèlerin ou le voyageur doit demander Tentrée au nom de Dieu. Les gens arrivant en voiture, les jongleurs, les femmes suspectes (verdâchtige Frauen) se voient exclus. Ceux qui, une fois admis, jurent, se disputent, causent du scandale sont renvoyés. 11 est rigoureusement interdit déjouer pour de l'argent. En Allemagne, les asiles n'ouvrent leur porte que vers le soir, une heure avant la tombée de la nuit ; à Mit lien wald, les arrivants sont conduits à la chapelle où ils récitent un patcr et un ave à l'intention des bienfaiteurs.

Partout, on sépare les hommes des femmes. Les vêtements déposés parfois devant la porte des cellules restent à la garde de l'hôtelier. Généralement, après huit heures de repos, les voyageurs sont invités à faire leur lit et à continuer leur route. Dans presque toutes les villes allemandes, des confréries procurent aux pèlerins, mourant loin de leur pays, un enterrement chrétien et des prières (Uhlhorn, op. cit., p. 278 à 283' \

L'hospitalité forcée reste lontemps une lourde charge en Danemark pour ceux qui habitent près des voies publiques ; des dispositions législatives sont prises à cet égard, sans produire l'effet désiré. Marguerite, régente pendant la minorité d'Olaf, puis d'Erik (-{- 1412), met fin à cet état de choses en ordonnant l'établissement, de quatre en quatre milles, d'hôtelleries où les

15. A Paderborn la congprégation des gialheureux (Elcndenbruderschaft^ se composait de prêtres et de laïques ; pour chaque défunt vingt prêtres disaient chacun une messe: « Fur jeden Verstorbenen lesen zwanziK Pricster cine Messe. » Il existe de nombreuses fondations pour achat de cierges despaiwres : « Klendenlichter », brûlant dans les églises et servant aux enterrements. Cologne possédait un cimetière afTccté à la sépulture de ces infortunés, en vieil allemand « Ellendigen Kirchhof » ;un chapelain y était attaché (Uhlhorn, op> cit., p. 284).

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voyageurs obtiennent toutes sortes de vivres au même prix que dans la ville la plus voisine *'\

Il ne faut pas oublier les établissements créés dans le royaume de Jérusalem et les autres principautés franques. Les chanoines du Saint-Sépulcre donnent Fhospitalité aux pèlerins pauvres de tous les pays et la plus grande partie des revenus de ce Chapitre est employée à secourir les nécessiteux et les malades.

En Tannée H 65, Jean de Vurtzbourg estime à deux mille le nombre des gens besoigneux qui chaque jour reçoivent les secours de Thôpital. A Tyr et à Acre, asiles importants ; un voyageur arabe parle avec admiration des soins que les Francs prennent de ces sortes d'établissements. Les couvents des rites orientaux assurent l'hospitalité aux Syriens et aux pèlerins étrangers de leur confession. Le grand monastère Saint-Jacques de Jérusalem s'occupe, notamment, des Arméniens dans la misère ^^.

Ces Xenodochia du Moyen Age ont pour but principal la réception des voyageurs et des pèlerins ; ils n'excluent pas, cependant, tous les autres nécessiteux '^. Leurs portes s'ouvrent parfois aux femmes « gisans d'enfans. » En 1434, on demande k Lille des aumônes pour achever une salle de l'hôpital Saint- Jacques destinée à cet usage : « Pour la grâce de Dieu avoir, chy est commenchié ung dortoir, pourpovres femmes y retraire ; par pitié aydié le à parfaire ^'*. »

Ailleurs on hospitalise des veuves : « povere donne di onesta

16. Hist. de Danemark, par Allen (trad. Beauvois), 2 vol. in-8, Copenha^e, 1878, 2« période, 3« division, 1397-1448, p. 219-220.

17. E. Rey, Les colonies franques de Syrie aux Xll* el XllI* siècles, in-8, 1883. p. 278 4 281.

18. A Giovanni a Mare (Naples) on admet, en petit nombre, les malades de la cité (Carlo Conte, op^cit., p. 136).

19. D' Folet, op. cit.. p. 8. A. Champdieu, près Montbrison, on hospitalise les pauvres sexagénaires (Guigue, Voies antiques, op. cit.. p. 17 et 18). II y a souvent des abus ; lors de ses visites pastorales en Normandie, Eudes Higaud se plaint qu'à Gonesse des serviteurs du roi viennent vivre aux dépens de la maison : «« et etiam servientes domini Régis qui custodiunt forestam de Leonibus et tune inhibimus eis ne ulterius homines hiyusmodi aliquatenus hospitarentur, nisi vellent jacere cum infîrmis. >» {Reg. visil.^ op. cit., p. 413).

fama e di condizione vedovile (Venise). Peregrinis et viduis in Domo Dei infîrmantibus (Nevers). »

Au xiv^ siècle, à Lille, le fondateur de Thôpital Saint-Julien, cité plus haut, prévoit le cas où le nombre des pèlerins n'étant point suffisant pour remplir les lits, on doit recueillir les mendiants manquant d'abri. L'on peut conserver ces hôtes devenus malades le temps nécessaire pour leur guérison -^.

Il serait facile de multiplier ces exemples, mais, nous le répétons, ces refuges ouverts de tous côtés sont de véritables asiles DE NUIT. Est-il besoin d'ajouter que les religieux accueillent les voyageurs en ces annexes des monastères que nous avons maintes fois l'occasion de signaler. Chez les Cisterciens, aussi bien que dans les autres communautés, le custos hospitii est tenu de recevoir ces hôtes cum omni benignUate.

§2. — Les constructeurs de ponts ^ ou Frères pontifes.

Nous venons de voir les efforts tentés en Espagne pour favoriser les pèlerins de Saint- Jacques. Le même mouvement se produit sur tous les points de l'Europe. La question des ponts joue en effet un grand, rôle, surtout lorsqu'il s'agit de fleuves au cours rapide et tumultueux comme le Rhône. Des associations pieuses se créent en vue de réunir les fonds nécessaires à ces constructions longues, difficiles, dispendieuses. On considère alors ces travaux indispensables comme des œuvres pies au

20. o Et se faute y avoit des trespassans, pour les quels li dis hospitaus est ordenés et estavlis principaument, si que dit est, et que li lit dessus dit ne fuissent cascune nuit tout plain des dis trespassans, jou ai ordenei, estaulit et voeil que li povre mendiant degieté, que nus ne viut, gisant es rues et es cheliers, soient hiebreghiet en le dite maison Saint-Juliicn, cascune nuit et toutes les fois que faute y sera des trespassans deseure dis. Et. s'il avcnoit par aventure que maladie persist à aucuns des dis povres hiebreghiés ou dit hospital, par quoi il ne s'en peuscent aler Tendemain, avoec les autres qui laiens aroient esté hiehreghié, jou ordonne, estavlis et voeil qif'il demeurjent en le dite maison, tant et si longhement qu'il sanlera as wardes de le dite maison qu'ils s'en puissent aler par raison, et voeil et ordenne que il soient soustenu des biens de le dite maison tant qu'il y giront malade » (D' Polet, op, cit., p. 79).

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même titre que le soin des malades et le soulagement des pauvres^*.

La légende est mêlée souvent ici à Thistoire au sujet de ces merveilles architecturales dont la hardiesse et la belle ordondance frappent vivement l'imagination populaire. C'est ainsi que prennent naissance les ponts : d'Avignon (xii*' siècle) auquel se lie le nom de Saint-Benezet ; du Saint-Esprit, terminé en 1307; du Rhône à Lyon ^* ; de Nicolas de Campagnac sur le Gardon, etc. A la suite de ces utiles améliorations, une localité sise sur la Durance change son nom sinistre de Maupas en celui de Bon Pas 23.

Ces associations connues généralement sous le nom de Frères pontifes ne nous paraissent pas se rattacher à un centre unique, nous y voyons des confréries indépendantes naissant de besoins locaux 24, elles recueillent les voyageurs malades, prêtent mainforte aux pèlerins, établissent des ponts, des bacs 2'».

Isaac TErmite, Gonzalve d'Amarance,Mafalda, fille de Sanche, roi de Portugal, favorisent ces confréries. L'évêque d'Aberdeen (Ecosse) fait jeter un pont sur la Dée ; l'archevêque de Santander agit de même et les voyageurs peuvent passer sans crainte la rivière d'Eden, furieuse aux jours des grands orages.

En Allemagne, les frères Barthélemites de Mayence prennent soin des pèlerins ayant à traverser des cours d'eau dangereux : « Benoît, évêque de Scarre, dont le souvenir est précieuse-

21. Bulle de Clément III (1191),. confirmation des indulf^ences accordées à la communauté des Frères pontifes d'Avignon ; Clément VU (1383), Eugène IV (1436} indulgences pour la construction et l'entretien du pont du Rhône à Lyon,

22. La plupart des testaments lyonnais du xii* au xiir siècle contiennent des dispositions en faveur du pont du Rhône.

23. Bulle de Clément III : « confirmatio bonorum fratrum Boni passus » (Bruguier-Roure, op. cit., p 24).

24. « Pour moi depuis longtemps, les frères pontifes, dont on trouve des traces dans toutes les contrées du vieux continent, n'étaient plus les rameaux d'un même tronc, les membres d'un môme ordre religieux, hospitalier et militaire, qui aurait été soumis à un grand maître et â des commandeurs. Si je suis parvenu à faire passer ma conviction dans l'esprit du lecteur, ma tâche est terminée »> (Bruguier-Roure, op. cit., p. 65, conclusions).

25. " Telles étaient les occupations continuelles des frères pontifes qui par là contribuèrent à développer quelques branches d'industrie et furent, sous plusieurs rapports, les restaurateurs de l'architecture et du commerce (Grégoire, op. cit., p. 62).

ment inscrit dans les Annales religieuses de la Suède, fait bâtir plusieurs ponts ; c'est de lui qu'un auteur Scandinave dit : in beneficiendo nullus vel ante vel post eum repertus est similis » (Bruguier-Roure, op, cit,^ p. 17-18).

Ces travaux des Frères pontifes et de leurs imitateurs ont la plus étroite relation avec l'histoire des asiles de nuit, car presque toujours un hospice est établi à la tête des ponts d'une certaine importance ou au moins dans le voisinage immédiat.

§ 3. — Les Maisons-Dieu.

Les hôpitaux désignés sous le nom d'Hôtels-Dieu, de Maisons- Dieu, nosocomia, ptocoirophia '^^\ si nombreux au Moyen Age^^, accueillent aussi les voyageurs et les pèlerins, mais accessoirement. Le grand établissement parisien reçoit en 1443 tous les pauvres du Christ (Christi pauperes) : malades, vieillards infirmes, blessés, personnes malheureuses des deux sexes, enfants trouvés, femmes enceintes, de quelque partie du monde qu'ils viennent -^. La maison les réconforte, les soigne, les nourrit. D'une manière générale les administrés sont maintenus jusqu'à leur guérison ou leur décès : « Nec non pauperes et alii supradicti, donec a suis infirmitatibus, vulneribus et languoribus liberarentur aut décédèrent » (P. Denifle, op. cit. y I, nM()6, p. 60-62).

A côté des malades se trouve donc des vieillards ne pouvant

26. « Yves de Chartres se sert du mot Ptocotrophium, qui doit s'entendre d un établissement destiné au soulagement de toutes sortes de pauvres indistinctement, et non de celui de Xenodochinm, qui s'appliquait aux maisons où l'on ne recevait que des pauvres passants » (Merlet, Introd. aux archiv. de Chàteaudun, publiés par Belfort, op. cit.^ p. xi). Il serait plus exact de dire : où Von recevait de préférence les pauvres passants.

27. A Cologne, chaque paroisse a son hôpital ; il en estde môme dans le diocèse de Crémone (Italie). Les hôpitaux ruraux ne sont pas rares dans la Flandre française et l'Artois. Luchaire, Manuel, op. cit., p. 139, en cite dix tondes durant le xii» siècle ; on compte vinjçt-neuf maisons hospitalières à Milan.

2S H In quo pauperes Christi indifferenter rccipiuntur » (Metz, Loredan Larchey, op. cit., p. 26): «« Domus in quû pauperes, languidi, orphani. expositi, pauperes pucrpere. ejifeni et advene undecumque ad ipsum hospitale decurrentes caritatire procurantur »» (1436) : « hospitale Novicastri, Tullen., dioces., depauperatum » (P. Denifle, op. cit., 1. n- 789, p. 371).

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plus gagner leur vie. La coexistence de ces deux éléments à Paris est attestée par les documents, écrit Coyecque {op, cit,^ I, p. 59). Ce fait n*est pas isolé bien qu'il existe évidenmient des différences de détail, selon l'importance des maisons.

Les mères restent l'objet d'une sollicitude particulière. Charles VIII accordant, en 1483, au chapitre et à l'hôpital du Puy, l'autorisation de faire quêter dans tout le royaume (Orrfo/in., XIX, p. 236) a soin de faire remarquer que les « pouvres femmes ençaintes d'enffans, y sont recueillies bien et sollempnellement pour gésir et faire leurs gésines et sont pourveues de leur nécessitez durant leurs dites gésines. »

A Pfullendorf (Allemagne) les secours aux accouchées se prolongent pendant six semaines (Uhlhorn, op, cit,^ p. 218) ; à Grenoble on les reçoit un mois avant leur terme {Inv,, op. cit., p. xi) ; l'évêque de Saint-Malo en fondant l'hôpital de la ville (12S2) n'oublie pas cette catégorie intéressante de malades : « Ego dono in puram eleemosynam, eo intuitu, ut pauperes débiles et hospites reficiantur, mulieres decumbantes in puerperio releveniur ; languentibus necessaria ministrentur^®. »

La Maison-Dieu de Gorbeil, contenant une vingtaine de lits, réserve une salle aux femmes en couches ^ ; celle d'Annonay (1336) a vingt-deux lits : 12 pour les pèlerins qui ne doivent y passer qu'une nuit, 6 affectés aux malades et convalescents, . 4 occupés par les mères. A Romans, un petit asile pour vingt-trois femmes enceintes (en patois : Jacines, Jacinières) existe, au xiii^ siècle, sur ime pile du pont de l'Isère (D*^ Ulys. Chevalier, op. cit., p. 80).

Ces femmes « en gésine » trouvent également les soins nécessaires à Montreuil, Nevers, Villefranche en Beaujolais, Nuremberg, Francfort, Rottweîl, etc. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce mode d'assistance.

En ce qui concerne les incurables, les règlements varient.

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